Rwanda –France : Rapprochement et son impact sur l’évolution du respect des droits de l’homme

Déclaration N° 8/2021 – Communiqué sur l’évolution des rapports Rwanda – France 

L’ODHR se félicite du pas franchi vers le rapprochement entre la France et le Rwanda. Il souhaite néanmoins que ce rapprochement ne se limite pas uniquement aux intérêts d’ordre politique visiblement affichés par les deux Etats à travers des visites des hauts représentants des pays mais qu’il puisse être une opportunité d’intégrer le respect des droits de l’homme qui continue à constituer le maillon faible la gouvernance au Rwanda.

Des rapports acceptés par les deux parties sur le rôle de la France dans les événements pénibles qui ont endeuillés le Rwanda à partir du 1er octobre 1990 marquent  un tournant non seulement dans les relations avec le gouvernement rwandais dirigé par M. Paul Kagame mais aussi dans la manière de considérer le respect des droits de l’homme par la France au Rwanda. Ces rapports commandités respectivement par le président français  qui a mis en place une commission adhoc et par le président rwandais qui a remis le marché aux mains d’une expertise étrangère après d’autres rapports qui avaient été faits de part et d’autre en France et au Rwanda établissent tous les deux la responsabilité de la France. 

Ce qui est sûr et certain est que le rôle de la France a été déterminant pour empêcher Kagame de prendre le pouvoir en octobre 1990 et c’est en cela que consiste la faute et la responsabilité de la France. C’est de là qu’est née l’inimitié entre Kagame et la France d’alors et d’aujourd’hui. Deux autres faits qui font écho à cette inimitié sont d’ordre juridique. Le fait d’arrêter le chef des rebelles Paul  Kagame à l’hôtel à Paris en 1991 après l’avoir invité officiellement a exacerbé sa hargne et sa fureur contre la France. Enfin, le fait d’avoir autorisé une enquête dite « enquête Bruguière » sur le rôle de Paul Kagame chef de la rébellion dans le crash de l’avion qui a tué deux présidents rwandais et burundais  le 06 avril 1994  et de l’associer au génocide des tutsi et d’autres crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qui en ont suivi est impardonnable à ses yeux dans ses relations actuelles et à venir n’en déplaise son passage en France pour une conférence qui est d’actualité. 

La France et le Rwanda ont rapporté la seule responsabilité de la France dans les évènements survenus au Rwanda mais n’ont pas relevé la responsabilité d’autres acteurs clés sur le terrain dans le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et d’autres violations graves du droit humanitaire. Ces acteurs sont bien connus mais les plus connus sont le gouvernement rwandais à l’époque, la rébellion dirigée par le Front patriotique rwandais (FPR) de M. Paul Kagame et l’armée ougandaise sans oublier les puissances internationales qui soutenaient matériellement la rébellion. 

L’ODHR est inquiet par rapport aux conséquences de cette omission et à l’impact de la reconnaissance de cette responsabilité désormais reconnue sur les dénonciations faites par des organisations internationales et ONGs locales des droits de l’homme sur des violations des droits de l’homme par le régime de Paul Kagame. Tous ces crimes sont partiellement poursuivis et vont rester impunis même s’il n’appartient pas à la France seule de considérer cette situation.  La dénonciation des violations graves du droit humanitaire au Rwanda et en République démocratique du Congo qui ont été commis depuis le 1er octobre 1990 contre des citoyens rwandais par l’Armée patriotique Rwandaise (APR)  et continuent d’être commis par Rwanda Defense Forces (RDF) et le parti Front Patriotique Rwandais (FPR) est un motif suffisant pour être ennemi du Rwanda malgré que les victimes pour lesquelles cette intervention est faite sont rwandaises. Faut–il taire ces crimes pour être en bon terme avec le pays ?

L’ODHR est aussi gravement inquiet pour les violations continues des droits humains régulièrement dénoncées parmi lesquelles les disparitions et exécutions sommaires, les restrictions de l’espace politiques et de la société civile dénoncées dans des rapports des missions diplomatiques et des organisations internationales des droits de l’homme et particulièrement  à travers l’Examen Périodique Universel dans sa session du 25 janvier 2021.  Des violations continues des droits de l’homme observées et régulièrement dénoncées sans suite positive malgré de bons textes d’instrument des droits de l’homme dans certaines situations dénotent une certaine culture d’impunité et une faiblesse dans la bonne gouvernance prônée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans les protocoles  relatifs aux droits civils et politiques et socio-économiques et culturels ainsi que dans les instruments de l’organisation internationale de la Francophonie. 

L’ODHR demande au gouvernement Français, au-delà des relations bilatérales strictement politiques avec le gouvernement de Kigali, de demander au Président rwandais M. Paul Kagame d’investir dans la construction du respect des droits de l’homme et de l’ouverture de l’espace politique et de la société civile. Le respect du droit à la vie et à la dignité humaine et , de manière générale, la  garantie des droits humains est un investissement durable de premier plan qui aura un impact positif véritable et durable sur l’image belle et bonne du pays  et sur le développement économique, social  et environnemental du Rwanda à moyen et long terme. 

Pour l’ODHR

Laurent MUNYANDILIKIRWA.

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