Rwanda : Paul Kagame menace ouvertement Kinshasa lors des 31 ans de la prise de pouvoir par le FPR

Par Ben Barugahare

Ce 4 juillet 2025, à l’occasion des 31 ans depuis que le Front Patriotique Rwandais (FPR) a pris le pouvoir à Kigali, le président Paul Kagame a prononcé un discours aussi solennel qu’agressif. Lors d’un dîner d’État au Kigali Convention Centre, en présence de l’élite politique, militaire et diplomatique du pays, le chef de l’État s’est livré à une attaque verbale frontale contre la République démocratique du Congo et certains de ses alliés, qu’il accuse de chercher à déstabiliser le Rwanda.

Après avoir remercié ceux qui ont participé à la « libération » du Rwanda en 1994, Kagame a très vite élargi son propos pour dénoncer ce qu’il considère comme une coalition internationale contre son pays. Il affirme que des armes, des mercenaires venus d’Europe, et des soldats africains ont été envoyés en RDC pour soutenir un gouvernement qu’il qualifie de complice de génocidaires. « Ils ont soutenu un régime qui tue son propre peuple, tout en protégeant ceux qui ont massacré le nôtre. »

Selon lui, ces opérations n’avaient rien à voir avec la lutte contre la rébellion du M23, mais visaient directement le Rwanda. Il a évoqué ce qui aurait été découvert à Goma et à Bukavu comme preuve de cette hostilité dissimulée. « Ce n’était pas une guerre contre un mouvement armé, c’était une tentative d’agression contre le Rwanda », a-t-il insisté.

Dans un passage particulièrement remarqué, Paul Kagame a affirmé que son pays était prêt à aller jusqu’au bout si nécessaire : « Nous avons les capacités d’aller nous battre jusqu’à 2 000 kilomètres d’ici, si jamais nous sommes obligés de le faire. » Une déclaration sans équivoque, qui fait clairement référence à la distance entre Kigali et Kinshasa, la capitale congolaise, et qui sonne comme une menace directe adressée au président Félix Tshisekedi.

Le président rwandais est également revenu sur le retrait récent des troupes de la SAMIDRC, déployées par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), notamment de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie et du Malawi. Il affirme que ces forces étrangères ont été contraintes à battre en retraite après s’être rendu compte qu’elles ne pouvaient pas affronter le Rwanda. « Ce que vous avez vu n’était qu’une fraction de ce que nous pouvions faire. Nous leur avons laissé un passage pour rentrer. Elles auraient pu y laisser la vie si elles avaient choisi de résister. »

Enfin, Paul Kagame a conclu son discours par une mise en garde sans détour : toute tentative d’agression contre le Rwanda recevra une réponse implacable. « Je ne cherche pas à faire peur, je dis simplement la vérité. Ceux qui ont d’autres intentions verront bien ce qu’il en coûte. »

Ce discours intervient moins de dix jours après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Mais les mots du président rwandais rappellent que, derrière les documents diplomatiques, la méfiance reste profonde, et que Kigali ne renoncera à rien en matière de sécurité et de projection militaire, y compris loin de ses frontières.