Le 5 février 2025, le procès de Sylvain Sibomana, activiste politique rwandais, s’est poursuivi à Kigali. Le parquet l’accuse d’avoir tenté de renverser le gouvernement en collaboration avec la figure de l’opposition Victoire Ingabire. Lors de son audience, Sibomana a fermement nié toutes les accusations et a rejeté l’affirmation selon laquelle il aurait été le coordinateur du parti d’opposition DALFA-Umulinzi, fondé par Victoire Ingabire Umuhoza.
Le parquet rwandais considère Sibomana comme le principal accusé parmi les dix personnes poursuivies, l’incriminant de cinq infractions contre la sûreté de l’État, tandis que les autres ne font face qu’à deux chefs d’accusation. Tout au long de sa défense, Sibomana a dénoncé les nombreuses irrégularités procédurales dans son inculpation et a remis en question la légitimité des preuves avancées contre lui. Il a soutenu que ces prétendues preuves—documents, enregistrements téléphoniques et argent liquide saisis lors d’une perquisition nocturne—avaient été obtenues illégalement.
L’un des principaux éléments des accusations portées contre lui concerne sa participation présumée à des formations supposées destinées à déstabiliser le gouvernement du président Paul Kagame. Selon le parquet, Sibomana, sous le pseudonyme de « Grace », aurait travaillé à un plan visant à renverser le régime. En réponse, il a expliqué que ces formations, inspirées du livre Blueprint for Revolution de l’activiste serbe Srdja Popovic, portaient sur la résolution non violente des conflits. Il a précisé avoir été informé de ces formations par une certaine Assumpta, une connaissance sur Facebook.
Le parquet maintient que ces formations ont été organisées sous les directives de Victoire Ingabire, avec Boniface Nzabandora comme intermédiaire. Sibomana a toutefois pris ses distances avec Nzabandora, affirmant qu’il le connaissait à peine avant l’affaire. Le fait que Nzabandora ait ensuite remis aux services de sécurité des enregistrements des séances de formation, tout en restant libre, suscite de nombreuses interrogations sur son rôle dans cette affaire.
Un autre point de controverse concerne l’utilisation de pseudonymes par les participants à ces formations. Sibomana a expliqué que cette décision avait été imposée par les organisateurs et qu’elle ne visait en aucun cas à cacher des activités illégales. Il a insisté sur le fait que ces formations avaient pour but d’éduquer les citoyens sur leurs droits et d’encourager un engagement civique pacifique, et non d’inciter à une insurrection.
Les échanges au tribunal se sont intensifiés lorsque le parquet a interrogé Sibomana sur son rôle dans l’organisation de la « Journée Ingabire », un événement annuel en hommage à Victoire Ingabire. Sibomana a confirmé avoir envoyé des messages pour encourager la participation, en insistant sur le thème de la journée : « Que chaque Rwandais soit respecté ». Il a rejeté toute accusation de subversion, affirmant que cette initiative visait uniquement à sensibiliser sur les libertés politiques.
L’un des éléments les plus débattus du procès a été l’opération “Tinyuka Udahungetwa Ugahungeta”, que le parquet a présentée comme un appel à la rébellion. Sibomana a expliqué qu’il s’agissait plutôt d’une initiative visant à informer les citoyens sur leurs droits et à les encourager à s’engager politiquement sans crainte. Il a souligné que de nombreuses injustices au Rwanda persistent parce que les gens ont peur de s’exprimer.
Son avocat, Me Gatera Gashabana, a démonté les accusations du parquet en arguant qu’aucune preuve concrète ne démontrait une intention de déstabiliser l’État. Il a souligné que le fait de discuter, lors de formations, de problèmes comme les expulsions forcées, la fiscalité abusive et la brutalité policière ne constituait pas un crime. Selon Me Gashabana, ces préoccupations sont légitimes et doivent être abordées par la société civile.
Un moment clé du procès a eu lieu lorsque le juge a confronté la défense sur le rôle de Sibomana dans l’organisation des formations. Le parquet a soutenu qu’en tant que prétendu coordinateur de DALFA-Umulinzi, il avait organisé ces sessions dans le but d’ébranler le gouvernement. La défense a répondu que ce parti avait été fondé en 2019 alors que Sibomana était encore en prison, ce qui rendait impossible sa participation en tant que coordinateur.
La situation est encore compliquée par le rôle controversé de Boniface Nzabandora. Bien qu’il ait reconnu avoir organisé ces formations pour le compte de DALFA-Umulinzi, il n’est pas poursuivi. Au lieu de cela, il est devenu le principal témoin du parquet après avoir secrètement enregistré les sessions et remis les enregistrements aux forces de sécurité. Ses actions ont alimenté les soupçons d’une possible infiltration gouvernementale au sein des cercles d’opposition.
Le procès, qui doit se poursuivre jeudi avec le témoignage de Nzabandora, met en lumière la répression systématique des voix dissidentes au Rwanda. Alors que le président Paul Kagame continue de nier toute accusation d’autoritarisme, l’affaire Sibomana renforce les inquiétudes concernant la répression des opposants politiques.
























































