Rwanda: Un ambassadeur controversé nommé chef de la diplomatie à un mois des éléctions

Le 12 juin 2024, le Président Paul Kagame a effectué des changements significatifs au sein du Cabinet et des agences gouvernementales, nommant Olivier Nduhungirehe comme Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale, en remplacement du Dr Vincent Biruta. Cette décision intervient à peine un mois avant les élections présidentielles et législatives prévues pour le 15 juillet.

Olivier Nduhungirehe, ancien ambassadeur du Rwanda aux Pays-Bas, fait actuellement l’objet d’une enquête par les procureurs belges pour diffamation, calomnie et intimidation, et est mis en cause dans l’enquête « Rwanda Classified ». Un jour après que l’enquête a révélé l’ampleur du système de répression au Rwanda, des députés néerlandais ont demandé au gouvernement de le convoquer.

Olivier Nduhungirehe a été le fer de lance de la lutte du gouvernement rwandais contre « Rwanda Classified », une investigation menée par Forbidden Stories en collaboration avec 17 médias et impliquant plus de 50 journalistes du monde entier. L’enquête, qui épingle le gouvernement rwandais pour divers abus contre les droits de l’homme, a personnellement mis en cause Nduhungirehe, qui a pris cela comme une affaire personnelle, multipliant les attaques sur tous les fronts.

Nduhungirehe a précédemment servi comme Ministre d’État au sein du Ministère des Affaires Étrangères chargé de la Communauté de l’Afrique de l’Est de septembre 2017 à avril 2020, avant d’être limogé pour avoir mis en avant ses intérêts personnels avant ceux du pays. La veille de son limogeage, il avait osé tenir tête sur les réseaux sociaux à un groupe de fanatiques l’accusant de rendre hommage publiquement à son frère Hutu, assassiné par les troupes de Kagame en avril 1994 durant le génocide. En tant que Hutu, il n’avait pas le droit de rendre hommage à son frère durant la commémoration du génocide, un privilège réservé aux seuls Tutsi.

Son prédécesseur, Vincent Biruta, doyen des ministres de Kagame, a été nommé nouveau Ministre de l’Intérieur, en remplacement d’Alfred Gasana, qui a été nommé ambassadeur du Rwanda aux Pays-Bas. Alfred Gasana est accusé d’avoir participé aux massacres de civils Hutu dans la commune de Nyakabanda à la fin des années 1990 et d’être impliqué en 2011 dans la disparition forcée d’Augustin Habinama, ancien ambassadeur du Rwanda au Burundi.

Outre la nomination de Nduhungirehe, Yusuf Murangwa a été nommé Ministre des Finances et de la Planification Économique, remplaçant le Dr Uzziel Ndagijimana. Murangwa était auparavant Directeur Général de l’Institut National de la Statistique du Rwanda (NISR). À ce poste, Murangwa a été remplacé par Ivan Murenzi, qui était le Directeur Général adjoint.

Par ailleurs, Consolee Uwimana, Vice-Présidente du parti au pouvoir FPR, a été nommée Ministre de la Promotion du Genre et de la Famille, remplaçant le Dr Valentine Uwamariya, qui a été transférée au ministère de l’Environnement avec une capacité similaire. Dr Jeanne d’Arc Mujawamariya, auparavant Ministre de l’Environnement, a été transférée au Ministère de la Fonction Publique et du Travail.

Parmi les autres nouveaux membres du cabinet, Olivier Kabera a été nommé Ministre d’État au sein du Ministère des Infrastructures et Linda Mutesi Rusagara, qui était la Directrice Générale du Fonds de Développement Agaciro, a été nommée Ministre d’État en charge de la Mobilisation des Ressources et de l’Investissement Public.

Le Président Kagame a également apporté des changements au Service National de Renseignement et de Sécurité (NISS) où Aimable Havugiyaremye, ancien procureur de la République accusé de torture contre Paul Rusesabagina, a été nommé Secrétaire Général, remplaçant le Général Joseph Nzabamwita, qui a été transféré au Bureau du Président où il servira comme Conseiller Principal en Sécurité. La nomination de Nzabamwita à ce poste laisse penser, selon les analystes, à une manœuvre visant à le rendre plus disponible pour coordonner efficacement les activités de renseignement dans la région, notamment en République Démocratique du Congo, où les troupes rwandaises sont déployées en soutien aux rebelles Tutsis du M23.

Ces changements dans le gouvernement rwandais, qui interviennent à un mois des élections présidentielles et législatives, montrent selon certains analystes que le résultat des élections est déjà assuré sans surprise et que les personnes nommées aujourd’hui continueront d’occuper leurs postes même après les élections, que Kagame est certain de remporter vu que tous les candidats capables de l’affronter ont été écartés.

Le plus grand défi que rencontrera Olivier Nduhungirehe sera de gérer certains piliers du régime rwandais qui sont théoriquement sous ses ordres comme le Général James Kabarebe, Ministre d’État pour la Coopération Régionale, et d’autres généraux ambassadeurs comme Dan Munyuza, Charles Karamba, et Charles Kayonga.

Les nominations controversées d’Olivier Nduhungirehe et d’Aimable Havugiyaremye au sein du gouvernement rwandais soulèvent des questions sur la direction future de la politique étrangère et de la sécurité du pays. Les enquêtes en cours contre Nduhungirehe pour diffamation, calomnie et intimidation, ainsi que son implication dans des affaires de droits de l’homme, jettent une ombre sur sa capacité à représenter efficacement le Rwanda sur la scène internationale. La nomination de figures impliquées dans des abus passés pose également des questions sur l’engagement du gouvernement rwandais envers la justice et les droits de l’homme. Ces changements montrent une fois de plus la consolidation du pouvoir par Kagame et la marginalisation de toute opposition potentielle, laissant peu de place à un véritable débat démocratique avant les élections imminentes.