
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont réunis le lundi 24 février à Bruxelles pour discuter des combats en cours dans l’est de la République démocratique du Congo et du rôle du Rwanda dans le soutien au M23. Une première série de sanctions a été adoptée, notamment la suspension du dialogue politique avec Kigali en matière de sécurité et de défense. Toutefois, une deuxième vague de sanctions, visant une entité rwandaise et neuf responsables impliqués dans les violences au Kivu, a été bloquée par le Luxembourg.
Le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Xavier Bettel, a exercé son droit de veto, arguant que la priorité devait être donnée aux négociations en cours, notamment la réunion entre la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), prévue le 28 février. Cette position a provoqué une vive réaction de plusieurs États membres de l’UE, qui plaidaient pour des sanctions immédiates afin de contraindre Kigali à cesser son ingérence militaire en RDC. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, s’est dit particulièrement déçu de cette décision, rappelant que la suspension de l’accord de coopération entre la Commission européenne et le Rwanda sur le commerce des matières premières était pourtant une nécessité.
Le Luxembourg entretient des relations économiques étroites avec le Rwanda, notamment à travers le projet de Kigali Financial Centre, qui ambitionne de faire du pays une place financière majeure en Afrique. Ce partenariat semble avoir pesé dans la décision de Xavier Bettel, qui s’est opposé seul aux sanctions. Pourtant, plusieurs rapports indiquent que Kigali finance en grande partie sa croissance économique grâce aux ressources pillées en RDC et à l’endettement massif. La soi-disant réussite économique du Rwanda repose donc sur une structure artificielle, soutenue par des aides internationales et l’exploitation illégale des minerais congolais.
Sur le plan diplomatique, la pression s’accentue également sur Kigali. Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a annoncé le 25 février que le Royaume-Uni suspendra la majorité de ses aides au Rwanda, en réaction à la prise de Goma et de Bukavu par le M23 et les forces de défense rwandaises. Londres a dénoncé ces actions comme une violation inacceptable de la souveraineté de la RDC et a exigé l’arrêt immédiat des hostilités. La suspension concerne plusieurs domaines, notamment l’aide financière bilatérale, les formations militaires et les activités commerciales, à l’exception des programmes humanitaires destinés aux plus pauvres.
Les États-Unis ont également pris des mesures. Dans un communiqué du Trésor américain daté du 20 février, Washington a désigné James Kabarebe, ministre rwandais de la Coopération régionale, et Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, comme responsables clés de l’expansion du mouvement rebelle en RDC. James Kabarebe est accusé de jouer un rôle central dans l’organisation militaire du M23 et dans l’exploitation des ressources minières du Kivu, tandis que Lawrence Kanyuka est présenté comme un acteur majeur de la propagande et de la coordination politique du groupe armé. Les sanctions américaines incluent un gel de leurs avoirs et des sanctions contre deux sociétés de Kanyuka basées à Londres et Paris.
Face à cette pression internationale, Kigali a réagi en annonçant, le 18 février, la suspension du reste de son programme d’aide bilatérale avec Bruxelles pour la période 2024-2029 en anticipation aux sanctions belges. Selon le gouvernement rwandais, cette décision a été prise en raison de la « campagne agressive » menée par la Belgique aux côtés de la RDC pour entraver l’accès du Rwanda aux financements internationaux.
La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a quant à elle renouvelé l’appel de la RDC à la communauté internationale pour une intensification des sanctions contre Kigali et ses supplétifs du M23. Elle a exigé l’imposition d’un embargo immédiat sur les minerais illicites exportés par le Rwanda et la suspension de sa participation aux opérations de maintien de la paix des Nations unies.
La résolution 2773 des Nations unies, adoptée sous le Chapitre VII de la Charte, condamne explicitement le M23 et son soutien militaire par le Rwanda. Cette résolution, juridiquement contraignante, constitue un cadre clair pour orienter la réponse internationale. Thérèse Kayikwamba Wagner insiste sur la nécessité d’appliquer cette résolution avec fermeté afin d’enrayer les violations du droit international et de garantir l’intégrité territoriale de la RDC.
Alors que le M23 continue de progresser dans l’est de la RDC, causant des milliers de morts et des déplacements massifs de population, la communauté internationale est face à une impasse. Paul Kagame, qui tente de maintenir l’image d’un Rwanda prospère et stable, voit son régime de plus en plus isolé. L’exploitation illégale des ressources congolaises constitue l’un des derniers piliers économiques de son régime, alors que la dette du pays s’alourdit et que l’aide internationale devient incertaine. La survie économique du Rwanda repose ainsi sur la continuation de ce pillage, au détriment de la paix et de la stabilité dans la région.
























































