Lors de la session de l’Examen périodique universel (UPR) consacrée au Rwanda, tenue cette semaine à Genève, Rémy Amahirwa, fils de l’opposante rwandaise Victoire Ingabire Umuhoza, a publiquement interpellé le ministre rwandais de la Justice au sujet de la détention de sa mère et des accusations de détentions arbitraires soulevées par plusieurs pays.
Dans un geste peu habituel, Rémy Amahirwa a assisté à la session annuelle de l’UPR, un mécanisme du Conseil des droits de l’homme des Nations unies dans lequel les États membres examinent mutuellement leur situation en matière de droits humains. Selon lui, au moins seize pays ont évoqué, durant la session, la question des arrestations et détentions arbitraires au Rwanda, ainsi que le cas spécifique de Victoire Ingabire.
Après la session, il a approché le ministre rwandais de la Justice, Emmanuel Ugirashebuja, pour lui demander pourquoi ces préoccupations n’avaient pas été abordées dans la réponse officielle de la délégation rwandaise. Amahirwa a déclaré à BBC Gahuzamiryango qu’il avait ressenti une profonde frustration en entendant les interventions des États sans voir de réponse directe sur le cas de sa mère, ce qui l’a poussé à l’interpeller personnellement.
Victoire Ingabire, ancienne résidente en Europe, était retournée au Rwanda en 2010 pour se présenter à l’élection présidentielle. Peu après son arrivée, elle avait été arrêtée et condamnée pour des accusations incluant la minimisation du génocide et des activités liées à des groupes visant à déstabiliser l’État, des charges qu’elle a toujours rejetées. Libérée en 2018 par grâce présidentielle, elle n’avait toutefois pas été autorisée à quitter le pays ni à rejoindre sa famille à l’étranger. En juin 2025, elle a de nouveau été arrêtée après avoir témoigné dans un procès impliquant certains membres de son parti accusés de complot contre l’État. La Cour suprême a récemment jugé fondée sa plainte pour détention illégale, ouvrant la voie à une audience prévue en mars.
Amahirwa a également dénoncé l’absence de communication avec sa mère, affirmant que la famille n’avait pas eu de contact téléphonique avec elle depuis le 19 juin 2025. Il a indiqué avoir soulevé cette question auprès du président de la Commission nationale des droits de l’homme, Providence Umurungi, qui lui aurait demandé de formuler ses préoccupations par écrit, tout en rappelant que les prisons rwandaises sont tenues de respecter les Règles Mandela des Nations unies garantissant, entre autres, le droit des détenus à communiquer avec leur famille.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Rémy Amahirwa a expliqué qu’il avait participé à la session UPR après un long travail de plaidoyer, et qu’il avait été profondément marqué par la répétition des préoccupations sur les détentions arbitraires. Il a également rapporté que le ministre de la Justice avait exprimé l’espoir que Victoire Ingabire bénéficierait d’un procès équitable, tout en reconnaissant que son expérience passée avec la justice rwandaise l’empêchait de partager cet optimisme.
L’épisode souligne, une fois de plus, la persistance des interrogations internationales sur l’indépendance du système judiciaire rwandais, les conditions de détention et la situation des opposants politiques, alors que Kigali continue d’affirmer que ses réformes judiciaires garantissent des procès équitables et le respect des normes internationales des droits de l’homme.

























































