Rwanda : Le départ de son ambassadeur à l’ONU soulève des questions sur sa diplomatie

Par Ben Barugahare

L’ambassadeur du Rwanda aux Nations Unies, Ernest Rwamucyo, a annoncé la fin de son mandat pour le 25 mars 2025, dans une lettre officielle adressée à ses homologues diplomatiques. Cependant, aucune communication officielle n’a été faite depuis Kigali, laissant planer des doutes sur les raisons exactes de son départ.

On ignore s’il s’agit d’une démission volontaire, d’un limogeage ou d’une simple rotation diplomatique décidée par Kigali. Ce silence du gouvernement rwandais est d’autant plus intrigant que ce départ intervient à un moment où Rwanda fait face à une intensification des pressions internationales en raison de son implication dans le conflit en RDC.

Le mandat de Rwamucyo à l’ONU a coïncidé avec une série de revers diplomatiques pour Kigali, notamment sur la question du soutien aux rebelles du M23 dans l’est de la RDC. Malgré les efforts de Kigali pour minimiser ces accusations, plusieurs pays ont déjà pris des sanctions contre des responsables rwandais, notamment les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l’Allemagne, tandis que l’Union européenne se prépare à sanctionner dix individus liés aux actions du Rwanda en RDC. De son côté, la Belgique envisageait d’agir, mais Kigali a préemptivement suspendu sa coopération au développement avec Bruxelles, tentant ainsi d’éviter une annonce officielle de sanctions.

Dans ce contexte tendu, la performance diplomatique de Rwamucyo à l’ONU a été vivement critiquée, y compris par des observateurs proches du régime rwandais. Un tweet d’un compte X souvent favorable à Kigali, a reconnu que le Rwanda, le M23 et leurs alliés ont été surpassés sur le plan diplomatique. Il a particulièrement critiqué l’ambassadeur rwandais, le jugeant peu convaincant et inefficace dans ses prises de parole, ce qui aurait nuis à la défense des intérêts du Rwanda au Conseil de sécurité de l’ONU.

Quelques jours avant son annonce, Rwamucyo avait tenté de détourner l’attention des critiques en accusant le Canada d’instrumentaliser la question congolaise pour protéger ses intérêts miniers en RDC, notamment en lien avec la Conférence PDAC 2025 sur l’exploration et l’exploitation minière. Cette sortie, loin d’inverser la tendance, a semblé confirmer la fébrilité diplomatique de Kigali face à l’isolement croissant du Rwanda sur la scène internationale.

Avant son affectation à New York en 2023, Ernest Rwamucyo avait occupé plusieurs postes diplomatiques prestigieux, notamment comme ambassadeur du Rwanda au Japon, en Inde et au Royaume-Uni. Il avait également travaillé pour des institutions économiques internationales comme le PNUD à New York et occupé plusieurs postes stratégiques au sein du gouvernement rwandais. Pourtant, malgré son expérience, il semble ne pas avoir réussi à freiner la détérioration de l’image du Rwanda au sein de l’ONU.

Alors que les pressions internationales s’intensifient et que la communauté internationale exige le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, le départ de Rwamucyo pourrait marquer un tournant dans la stratégie diplomatique de Kigali. Mais en l’absence de communication officielle du gouvernement rwandais, les véritables raisons de ce changement restent floues.