Concert «Solidarité Congo» : une lettre ouverte dénonce les pressions de Kigali en France

Par Marc Matabaro

Le concert « Solidarité Congo », prévu le 7 avril 2025 à l’Accor Arena de Paris, continue de susciter un vif débat à la croisée de la solidarité humanitaire, des tensions géopolitiques et de la mémoire. Alors que l’Association Communauté Rwandaise de France (CRF), perçue comme proche du régime de Kigali, a réclamé l’annulation ou le report de l’événement en raison de sa coïncidence avec le début des commémorations du génocide des Tutsis, plusieurs organisations issues des diasporas rwandaise et congolaise ont répliqué par une lettre ouverte adressée à la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Datée du 18 mars 2025, cette lettre souligne le risque d’une instrumentalisation politique de la mémoire du génocide par le régime rwandais. Ses signataires, parmi lesquels figurent des partis d’opposition rwandais en exil, des associations de la société civile et d’anciens responsables politiques, dénoncent une tentative d’ingérence étrangère visant à imposer un contrôle sur les expressions de solidarité envers les victimes du conflit à l’Est de la RDC.

Liberté d’expression contre pression diplomatique

Les auteurs de la lettre affirment soutenir pleinement la mémoire des victimes du génocide de 1994, mais regrettent son usage systématique à des fins politiques par Kigali. Ils dénoncent une stratégie d’influence, orchestrée via certaines associations comme la CRF, qui ne représenteraient pas la pluralité des voix rwandaises en France. Le concert « Solidarité Congo » n’a, selon eux, aucun lien avec le génocide, et vise uniquement à soutenir les enfants victimes d’un conflit armé toujours actif dans la région du Kivu, où le mouvement rebelle M23 – soutenu, selon plusieurs rapports onusiens, par le Rwanda – continue d’affronter l’armée congolaise.

« Empêcher ce concert reviendrait à céder aux pressions d’un régime étranger qui tente de museler toute voix discordante », lit-on dans la lettre. Elle rappelle que la liberté d’expression et de réunion est garantie par la législation française, ainsi que par la Convention européenne des droits de l’homme.

Une tentative de créer un précédent ?

La lettre met également en lumière le caractère ciblé de la contestation menée par la CRF. Les signataires s’interrogent sur le fait que de nombreux événements culturels auront lieu en France le 7 avril sans susciter la moindre objection. Pourquoi, demandent-ils, ce concert précis dérange-t-il ? Pour eux, l’objectif est clair : empêcher toute action de soutien public à la cause congolaise, dans un contexte où la responsabilité du Rwanda dans la déstabilisation de l’Est du Congo est de plus en plus documentée.

« Accepter cette demande créerait un précédent dangereux, où une association agissant pour le compte d’un régime étranger pourrait dicter l’agenda culturel et social français », avertissent les signataires. Ils exhortent la maire de Paris à garantir que ce concert puisse se tenir librement, en refusant toute forme de censure imposée par des considérations étrangères.

Une mobilisation transnationale

Parmi les signataires figurent notamment le Comité des FDU-Inkingi en France, le Gouvernement rwandais en exil (GREX), l’Ishema Party, ainsi qu’un large éventail d’associations issues de la société civile franco-rwandaise et franco-congolaise. Des personnalités comme l’ambassadeur Jean-Marie Ndagijimana, ancien ministre des Affaires étrangères du Rwanda, ou encore le chercheur Pierre-Célestin Bakundacyicaro, apportent également leur soutien à cette initiative.

Cette mobilisation illustre un phénomène de plus en plus visible en France : la présence active de réseaux associatifs liés au régime rwandais, qui utilisent les leviers juridiques, médiatiques et politiques pour orienter le débat public et peser sur les agendas culturels. Ce phénomène, déjà dénoncé dans d’autres dossiers – y compris contre des journalistes ou chercheurs critiques de Kigali – est ici mis en lumière par la réaction organisée de plusieurs diasporas.

Le 7 avril prochain, l’Accor Arena ne sera pas seulement le théâtre d’un événement musical et humanitaire. Il deviendra, malgré lui, un espace de confrontation symbolique entre mémoire, diplomatie et libertés fondamentales.