Paris : le concert «Solidarité Congo» maintenu malgré les pressions

Par Marc Matabaro

L’artiste congolais GIMS

Le concert caritatif « Solidarité Congo », destiné à venir en aide aux enfants victimes du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, se tiendra comme prévu le 7 avril à l’Accor Arena de Paris. Cette date, annoncée officiellement par les organisateurs le lundi 24 mars, reste inchangée malgré une polémique croissante liée à sa coïncidence avec le début des commémorations du génocide de 1994 au Rwanda.

Annoncé comme un événement à vocation humanitaire, le concert réunira notamment les artistes Gims, Youssoupha et plusieurs figures de la scène francophone. L’objectif déclaré est de « diffuser un message de paix » et de récolter des fonds en faveur d’associations locales opérant à Goma, ainsi qu’à la fondation « Give Back Charity » de l’artiste Dadju.

Cependant, la date du 7 avril a suscité de vives réactions diplomatiques. L’ambassadeur du Rwanda en France, François Nkulikiyimfura, avait dénoncé début mars une programmation « consternante », rappelant qu’elle intervient le jour d’ouverture des commémorations du génocide de 1994. Ce souvenir national, reconnu à l’échelle internationale, donne lieu chaque année à des cérémonies solennelles. Pour Kigali, la tenue d’un événement festif à cette date constitue un manque de respect à l’égard des victimes.

Dans leur communiqué intitulé « Solidarité Congo est maintenu à la date du 7 avril », les organisateurs expliquent que cette date a été choisie en raison de la « disponibilité des artistes et de la salle », sans volonté politique. Ils insistent également sur le contexte diplomatique actuel, citant la rencontre récente à Doha entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame. « Le maintien de cette date s’impose comme un symbole fort », affirment-ils, en référence à l’espoir d’un apaisement dans la région.

Le retrait de l’Unicef, initialement partenaire de l’événement, a renforcé la polémique. L’agence onusienne a préféré se désengager face à une controverse jugée trop sensible, malgré la nature humanitaire de la démarche.

L’Association des Rwandais de France a pour sa part annoncé une manifestation devant l’Accor Arena. Elle qualifie l’événement de « concert de la honte » et critique particulièrement la présence de Gims, qu’elle accuse d’avoir tenu des propos polémiques dans le passé. L’association considère que la tenue du concert ce jour-là ignore « les mémoires blessées ».

Mais derrière les réactions officielles, plusieurs observateurs soulignent un autre enjeu : l’usage croissant par Kigali de réseaux associatifs en France pour faire avancer son agenda politique et diplomatique. De nombreuses structures se présentant comme apolitiques sont en réalité perçues comme proches du régime rwandais et actives dans le soutien à ses positions, notamment dans les affaires judiciaires ou médiatiques sensibles. Certaines associations pro-Kigali sont au premier rang dans les dépôts de plaintes ou campagnes d’opinion, souvent avec des objectifs peu transparents.

Dans ce contexte, les critiques adressées au concert « Solidarité Congo » ne seraient pas uniquement mémorielles ou morales, mais aussi stratégiques, visant à contrôler le narratif sur les conflits dans la région des Grands Lacs, notamment sur les violences dans l’est de la RDC, où le Rwanda est régulièrement accusé de soutenir les rebelles du M23.

Face aux critiques, les organisateurs du concert ont réaffirmé leur volonté de respecter « tous les peuples et toutes les mémoires ». Ils insistent sur l’urgence humanitaire et la nécessité de mobiliser la solidarité internationale pour les enfants victimes de la guerre.

Le 7 avril, l’Accor Arena sera donc le théâtre d’un événement chargé de significations multiples, entre action caritative, conflit mémoriel et jeux d’influence diplomatique.