L’avocat canadien Christopher Black est décédé le 5 juin 2025, à l’âge de 75 ans. Connu pour sa défense acharnée de figures controversées devant les tribunaux pénaux internationaux, il laisse derrière lui le souvenir d’un homme de conviction, critique inlassable de l’ordre juridique international tel qu’il s’est structuré après la Guerre froide.
Christopher Black, né le 16 janvier 1950, s’était fait un nom au Canada comme avocat pénaliste à Toronto, principalement au service des plus démunis. Membre du Barreau du Haut-Canada, il a fait ses études à l’Université McMaster puis à la Osgoode Hall Law School. Dans les années 1990, il participe à la fondation du Conseil des travailleurs au chômage à Toronto, témoignant de son engagement social et politique, qu’il affirmera plus tard par son adhésion au Parti communiste du Canada.
C’est à la fin des années 1990, avec l’intervention de l’OTAN en ex-Yougoslavie, que Christopher Black s’intéresse au droit international. Il tente en 1999, avec d’autres juristes, de poursuivre l’Alliance atlantique pour crimes de guerre, une démarche qui, bien qu’infructueuse, marque le début de son combat contre ce qu’il appelle « l’instrumentalisation du droit par les puissances occidentales ». Il développe une analyse critique du droit international public, qu’il considère comme façonné par l’hégémonie des États-Unis et utilisé pour justifier des guerres impérialistes sous couvert d’humanitarisme.
Ses écrits et ses prises de position tranchées attirent l’attention de certains accusés devant les tribunaux internationaux. En 2000, après l’arrestation en Belgique d’Augustin Ndindiliyimana — ancien chef de la gendarmerie rwandaise accusé de crimes pendant le génocide de 1994 — c’est tout naturellement vers lui que se tourne le général pour assurer sa défense devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Christopher Black décline d’abord la proposition avant de l’accepter, convaincu par l’argumentation de son futur client.
Son approche devant le TPIR s’inscrit dans la droite ligne de ses convictions. Plutôt que de se cantonner à une stratégie juridique classique, il choisit d’attaquer frontalement la légitimité du tribunal lui-même. Il considère que le TPIR a été mis en place non pour rendre une justice impartiale, mais pour légitimer la prise de pouvoir militaire du Front patriotique rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, avec l’appui des États-Unis et du Royaume-Uni. Selon lui, le tribunal fonctionne sur la base d’une justice à sens unique, exonérant de toute responsabilité les vainqueurs du conflit.
Éloquent, incisif, souvent provocateur, Christopher Black s’est distingué tant dans les prétoires que dans les tribunes publiques. Ses interventions, parfois polémiques, ont été saluées par ceux qui dénonçaient un déséquilibre fondamental dans la justice internationale post-conflit. Il n’a jamais cessé de plaider la présomption d’innocence de Ndindiliyimana, qui sera finalement acquitté, un dénouement que Black considérait comme une victoire symbolique contre ce qu’il qualifiait de « justice de vainqueur ».
Il ne s’est pas limité au cas rwandais. Il a été membre actif du Comité international pour la défense de Slobodan Milošević, l’ancien président yougoslave jugé par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye. Il y côtoie notamment l’avocat français Jacques Vergès, avec qui il partage une certaine vision du droit comme champ de lutte politique.
John Philpot, avocat et confrère de longue date, a rendu hommage à son collègue dans un message adressé à ses proches et aux membres de la communauté juridique internationale : « Chris était éloquent devant le Tribunal et en public. Il a expliqué que le TPIR avait été créé pour faire de la propagande afin de justifier la prise de pouvoir au Rwanda par le FPR. Il a toujours insisté sur la présomption d’innocence de son client. Augustin Ndindiliyimana a prévalu ! »
La disparition de Christopher Black marque la fin d’un parcours atypique dans le paysage juridique international. Sa voix, souvent discordante mais toujours passionnée, aura marqué les débats sur le rôle de la justice dans les conflits contemporains. Pour ses soutiens, il restera une figure de résistance intellectuelle face à l’usage stratégique du droit dans les relations internationales. Pour ses détracteurs, un défenseur de causes indéfendables. Mais tous s’accordent à reconnaître en lui un avocat d’exception, fidèle à ses principes jusqu’au bout.

























































