À peine cinq jours après la signature, le 27 juin 2025 à Washington, d’un accord de paix censé mettre fin à plus de deux ans de guerre entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, un rapport confidentiel du Groupe d’experts de l’ONU vient briser l’élan diplomatique. Révélé par le journal belge De Standaard, ce rapport accuse Kigali de poursuivre une stratégie d’occupation militaire et de mise sous tutelle économique de l’Est congolais, en totale contradiction avec les engagements pris à Washington.
Le document, dirigé par la juriste belge Mélanie De Groof, cite des sources internes à l’armée et au gouvernement rwandais affirmant que « l’objectif ultime de Kigali est le contrôle du territoire et des ressources naturelles congolaises ». Une stratégie qui s’appuie sur l’installation d’un État parallèle par le M23, soutenu militairement et logistiquement par Kigali, et déjà solidement implanté à Goma, Bukavu et dans plusieurs zones minières stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Les experts des Nations unies révèlent que des postes de gouverneurs, de maires, les services de police, de douane, de migration et d’exploitation minière sont désormais entre les mains du M23, qui administre les territoires conquis avec la bénédiction du Rwanda. L’occupation est qualifiée d’« agressive », appuyée par des forces rwandaises déployées sur le terrain, en première ligne des combats. Des images de drones, des photos, des vidéos authentifiées ainsi que des témoignages de terrain ont permis de documenter cette implication directe.
Le rapport est formel : « Une semaine avant l’attaque de Goma, des responsables rwandais ont indiqué au groupe d’experts que le président Paul Kagame avait pris la décision de prendre immédiatement le contrôle de Goma et Bukavu ». Ces propos contredisent de manière éclatante la position officielle du gouvernement rwandais, qui continue de nier toute présence militaire sur le sol congolais.
Avant même la publication de ce rapport, une polémique inattendue avait éclaté à Kigali. Le sénateur Evode Uwizeyimana, juriste de formation et ancien opposant rallié au FPR, a tenté, comme d’autres fidèles du régime, de discréditer l’accord de paix signé par le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe. Invité sur la chaîne publique RBA, il a dénoncé un texte « imposé », un « fourre-tout », allant jusqu’à affirmer que « le Rwanda a été piégé » par des clauses contraignantes. Il a accusé les signataires de ne pas avoir soumis l’accord au Parlement, avant de glisser, presque involontairement, vers une remise en cause plus grave : « Mais le Rwanda signe un accord de retrait… Le Parlement savait-il seulement que nous étions en guerre ? »
Ce lapsus politique en dit long sur le malaise grandissant au sein du pouvoir. En voulant défendre la ligne dure du régime, Evode Uwizeyimana a révélé l’implication militaire directe du Rwanda en RDC, que les autorités rwandaises tentent pourtant de camoufler depuis des mois. Sa sortie a été rapidement recadrée par les médias d’État, mais elle a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, où les internautes rwandais débattent ouvertement de la stratégie réelle de Kigali dans les Kivus.
Pour de nombreux observateurs de la région, l’accord de Washington n’est qu’un écran de fumée. Paul Kagame, affaibli par la pression internationale et l’usure d’une guerre coûteuse, aurait accepté de signer pour gagner du temps et éviter de nouvelles sanctions, tout en poursuivant discrètement son objectif : s’assurer un contrôle économique et militaire durable sur les provinces de l’Est congolais. Kigali parie aussi sur un changement de cap politique à Washington en cas de retour d’une administration démocrate, moins engagée sur le dossier congolais.
En attendant, la situation sur le terrain reste explosive. L’armée congolaise, affaiblie, ne parvient pas à reprendre le contrôle des territoires. Les déplacés continuent de fuir, les ONG alertent sur une crise humanitaire de grande ampleur, et la communauté internationale reste silencieuse face à ce qui ressemble de plus en plus à une annexion déguisée.
Ce rapport de l’ONU ne laisse plus de place au doute : la paix signée à Washington est pour l’instant lettre morte. Le Rwanda et le M23 poursuivent leur avancée méthodique, au mépris du droit international et des engagements publics. Et pendant ce temps, les minerais du Congo continuent d’alimenter une guerre sans fin, entre ambitions géostratégiques et intérêts économiques croisés.


























































