Massad Boulos : le Rwanda reconnaît de fait son lien avec le M23

Par Marc Matabaro

Le conseiller principal du président américain Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, a affirmé lors d’un entretien accordé à BBC News que la clause de désarmement contenue dans le récent accord de paix signé entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) « concerne principalement le M23 ». Une déclaration qui laisse entendre que la signature de Kigali acte de facto sa reconnaissance de l’influence qu’il exerce sur ce groupe rebelle majoritairement composé de Tutsis congolais, en guerre contre Kinshasa depuis la fin de l’année 2021.

L’accord a été signé vendredi dernier à Washington par les ministres des Affaires étrangères du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, et de la RDC, Thérèse Kayikwamba, en présence du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Il vise à mettre un terme à une guerre qui, depuis trois décennies, secoue à intervalles réguliers l’est du Congo, une région riche en ressources minières.

Interrogé par l’émission Newshour de BBC World Service, Boulos a confirmé que les dispositions relatives à la reddition des armes s’adressent en priorité au M23. « Oui, tout à fait. Cela vise principalement le M23, mais aussi l’ensemble des groupes armés », a-t-il précisé, soulignant que cette disposition est directement liée aux pourparlers de Doha entre le gouvernement congolais et le M23, sous médiation du Qatar.

Alors que le Rwanda nie toute implication dans le soutien au M23, Boulos a été catégorique : « Il ne fait aucun doute que le M23 bénéficie du soutien du Rwanda. Personne ne le conteste. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons encouragé cet accord de paix. » Il a ajouté que la participation du Rwanda à cet accord signifie clairement une reconnaissance de ce lien. « Leur implication dans cet accord va dans ce sens. Le Rwanda s’est également engagé à soutenir les négociations en cours à Doha. Il est évident qu’il a une influence significative sur le M23, même si ce groupe est composé de Congolais – tout le monde le sait », a-t-il affirmé.

Kigali, pour sa part, justifie son implication dans ce processus de paix par la menace que fait peser le FDLR, un groupe armé hutu rwandais hostile au pouvoir de Paul Kagame, basé dans l’est de la RDC. L’accord prévoit d’ailleurs l’éradication de ce mouvement.

De son côté, Corneille Nangaa, président de l’alliance AFC/M23, a souligné que l’accord de Washington ne couvre qu’« une partie des causes profondes » du conflit, et a réitéré son soutien au processus de Doha, qu’il juge plus adapté pour répondre aux véritables origines de la crise congolaise.

Cet accord a été salué par plusieurs observateurs comme un tournant historique porteur d’espoir pour la paix à l’est de la RDC. Mais il n’échappe pas aux critiques. Parmi elles, celle de l’ancien président congolais Joseph Kabila, qui a dirigé le pays de 2001 à 2019. Il a qualifié l’accord de « pacte commercial » et de « mise en scène diplomatique ». Kabila est actuellement actif politiquement dans des zones sous contrôle du M23, notamment à Goma et à Bukavu. Le Sénat congolais a récemment levé son immunité parlementaire pour lui permettre d’être poursuivi pour des soupçons de collusion avec le M23.

Face à ces critiques, Boulos a répondu : « Il s’agit d’un accord de paix, pas d’un accord commercial. Il est vrai que d’autres accords, notamment économiques, suivront entre les deux pays, mais ce sera dans un cadre distinct. »

Interrogé sur les retombées concrètes pour la RDC, notamment concernant les accusations selon lesquelles les minerais congolais seraient désormais traités au Rwanda, Boulos a précisé que l’accord comprend une composante économique régionale. « Les deux parties se sont mises d’accord, avec notre appui, pour créer un cadre de coopération économique régionale. Le Rwanda, bien que disposant de peu de minerais, héberge déjà plusieurs entreprises minières américaines. Il jouera désormais un rôle central dans la transformation des minerais », a-t-il expliqué.

La RDC accuse depuis des années le Rwanda de piller ses ressources naturelles, ce que Kigali nie catégoriquement.

Massad Boulos a également répondu à ceux qui estiment que cet accord revient à récompenser le Rwanda malgré les accusations pesant sur le M23, notamment de massacres de civils. Il a rejeté fermement cette idée : « Absolument pas. L’élément central de cet accord, c’est le mécanisme conjoint de sécurité auquel les deux États ont souscrit. Rappelons que c’est un accord bilatéral : notre rôle est celui de facilitateur, pas de juge. »

Il a précisé qu’en cas de non-respect des engagements par l’une ou l’autre des parties, des sanctions sont prévues, comme l’a souligné Donald Trump lors de la cérémonie de signature.

Il est prévu qu’un sommet se tienne prochainement à Washington entre les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi, afin de marquer officiellement la mise en œuvre de cet accord.

Un rendez-vous crucial pour l’avenir d’une région marquée par la guerre, les déplacements de populations, et la lutte autour de ses ressources naturelles.