Le Parlement européen exige la libération immédiate de Victoire Ingabire au Rwanda

Par Marc Matabaro

Bruxelles, 10 septembre 2025 – Le Parlement européen a adopté une résolution commune condamnant avec fermeté l’arrestation de l’opposante rwandaise Victoire Ingabire, survenue le 19 juin dernier à Kigali. Accusée de « formation d’un groupe criminel » et de « préparation à inciter au désordre public », l’ancienne prisonnière politique nie catégoriquement ces accusations, que les eurodéputés qualifient de politiquement motivées.

Une figure de l’opposition ciblée

Présidente du parti DALFA-Umurinzi, Victoire Ingabire est l’une des voix les plus critiques du régime de Paul Kagame. Déjà condamnée en 2010 à l’issue d’un procès jugé inéquitable par la Cour africaine des droits de l’homme, elle avait été graciée en 2018 après huit années de détention. Son arrestation actuelle s’inscrit, selon le Parlement européen, dans un climat de répression généralisée visant les opposants, les journalistes et les militants de la société civile.

Les eurodéputés rappellent qu’au moins cinq membres de son ancien parti FDU-Inkingi sont morts ou portés disparus depuis 2017. Ils dénoncent également les menaces persistantes contre les médias et les restrictions sévères imposées à la société civile au Rwanda.

Un moment d’émotion à Strasbourg

La séance a été marquée par un moment symbolique : deux des enfants de Victoire Ingabire étaient présents dans l’hémicycle au moment de l’adoption de la résolution. Leur présence a renforcé l’émotion autour du débat, donnant un visage humain à la répression politique au Rwanda et rappelant l’impact direct des persécutions sur les familles.

Des violations répétées des droits fondamentaux

Dans sa résolution, le Parlement « exprime une vive inquiétude face au schéma d’abus » et demande la libération immédiate et inconditionnelle de Victoire Ingabire ainsi que de toutes les autres figures politiques emprisonnées pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux. Il exige aussi que les charges à caractère politique soient abandonnées.

Les eurodéputés soulignent que le procès en cours de Mme Ingabire est entaché de graves irrégularités. Ils exhortent Kigali à autoriser l’équipe juridique choisie par l’opposante, à reconnaître la compétence de la Cour africaine des droits de l’homme et à se conformer pleinement à ses décisions, notamment l’ordonnance de 2019 sur les réparations.

Pression accrue sur Kigali

Le texte adopté appelle les autorités rwandaises à mettre fin au harcèlement et aux arrestations arbitraires visant les opposants et les journalistes, à garantir la liberté de la presse, et à créer un véritable espace de débat démocratique. Il demande aussi des enquêtes indépendantes sur les assassinats et disparitions non élucidés de figures de l’opposition.

Le Parlement invite par ailleurs les délégations de l’Union européenne et des États membres à Kigali à suivre de près les procès et à rendre visite aux détenus arbitraires. Il demande à la Commission européenne de revoir les programmes de coopération, notamment ceux qui soutiennent les institutions judiciaires rwandaises, lorsqu’elles sont impliquées dans des violations graves des droits humains.

Enfin, la résolution insiste pour que tout dialogue politique et toute aide de l’UE au Rwanda soient conditionnés au respect des droits de l’homme, de la démocratie et des standards de procès équitable.