France:Un député interpelle le gouvernement sur le partenariat PSG-Visit Rwanda et l’inaction face à Kigali

Par Marc Matabaro

Aurélien Taché

Le partenariat entre Paris Saint-Germain (PSG) et Visit Rwanda est vivement critiqué alors que la condamnation internationale du rôle du Rwanda dans le conflit en République démocratique du Congo (RDC) s’intensifie. Le député Aurélien Taché a officiellement interrogé la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, soulevant des inquiétudes sur l’association indirecte de la France avec un régime accusé de soutenir les crimes du M23 en RDC.

Depuis 2012, le groupe rebelle M23, soutenu par le gouvernement rwandais de Paul Kagame, est responsable de la déstabilisation du Nord-Kivu, causant des massacres, des déplacements massifs et une crise humanitaire sans précédent. Ce groupe, qui contrôle aujourd’hui Goma et Bukavu, est accusé de crimes de guerre dans sa campagne visant à s’emparer des territoires riches en ressources. En réaction, plusieurs pays occidentaux ont pris des mesures diplomatiques et économiques contre le Rwanda.

Malgré ces accusations, le Rwanda mène une vaste campagne de communication et de relations publiques pour masquer son implication militaire. L’une des stratégies majeures repose sur l’utilisation du sport comme outil de propagande, notamment via des accords de sponsoring avec des clubs européens comme PSG, Arsenal et le Bayern Munich. Ces partenariats offrent au Rwanda une visibilité mondiale et permettent à Paul Kagame d’influencer l’opinion publique en associant son régime au monde du football.

En France, cette stratégie est particulièrement visible à travers le partenariat PSG x Visit Rwanda, qui transforme le club parisien en outil de promotion pour un régime accusé d’alimenter la guerre en RDC. Aurélien Taché critique ce partenariat et demande au gouvernement de clarifier la position de la Fédération française de football (FFF) vis-à-vis de Visit Rwanda, exigeant que la France rompe tout accord avec Kigali tant que ce dernier continue de soutenir le M23.

Alors que l’Allemagne a déjà suspendu sa coopération au développement avec le Rwanda, convoquant l’ambassadeur rwandais à Berlin, la France reste en retrait. Cette position suscite des tensions en Europe. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a récemment déclaré que la réticence de Paris empêchait l’Union européenne d’imposer des sanctions plus sévères contre le Rwanda, soulignant ainsi le poids politique de la France dans ce dossier.

Cette passivité française pourrait s’expliquer par les bonnes relations entre Emmanuel Macron et Paul Kagame, qui se sont renforcées ces dernières années. En parallèle, la présence des forces rwandaises au Mozambique, où elles sécurisent les investissements français dans le secteur gazier, soulève des questions sur les intérêts stratégiques de Paris en Afrique. Cette coopération militaire avec Kigali pourrait expliquer la prudence de la France sur les sanctions contre le Rwanda, au détriment d’une position plus ferme contre l’ingérence rwandaise en RDC.

Alors que le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis ont déjà pris des sanctions contre Kigali, la position de la France est de plus en plus contestée. L’inaction de Paris face aux crimes du M23 et à la guerre en RDC met en lumière un dilemme : défendre ses intérêts économiques et militaires en Afrique ou rejoindre la communauté internationale pour sanctionner un régime accusé de crimes de guerre.