Le gouvernement rwandais poursuit sa diabolisation de Victoire Ingabire pour étouffer l’opposition

Par Ben Barugahare

Victoire Ingabire

Le gouvernement rwandais continue sa campagne de diabolisation contre Victoire Ingabire Umuhoza, une figure de l’opposition, qu’il accuse à nouveau de liens avec les FDLR et de promotion d’une idéologie génocidaire. Ces accusations, portées par le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr. Jean-Damascène Bizimana, lors d’une session parlementaire le 5 mars 2025, démontrent une fois de plus la stratégie du régime de Paul Kagame pour étouffer toute voix dissidente sous couvert de la lutte contre la division ethnique.

Ingabire, de retour d’exil aux Pays-Bas en 2010, avait exprimé son intention de se présenter aux élections présidentielles, un acte qui lui a valu la répression immédiate du régime. Dès son arrivée, son passage au Mémorial du Génocide de Kigali, où elle a posé des questions sur le sort des Hutus victimes de violences, a été interprété comme une négation du génocide des Tutsis. Cette instrumentalisation de l’histoire par le gouvernement rwandais a servi à justifier son arrestation et sa condamnation pour des motifs fallacieux de “négationnisme” et de “complot contre l’État”.

Les accusations du régime de Kigali contre Ingabire ne sont pas nouvelles. En 2010, son procès a été marqué par le témoignage controversé de Tharcisse Nditurende, un ancien officier des FDLR, qui aurait affirmé qu’elle entretenait des liens avec ce groupe. Or, il est bien connu que les procès des opposants au Rwanda sont orchestrés par l’État, et les témoignages obtenus sous pression. En 2013, Ingabire a été condamnée à 15 ans de prison, une sentence qui visait uniquement à faire taire l’une des rares voix politiques capables de défier le pouvoir de Kagame.

En 2018, elle a été libérée par une grâce présidentielle, mais le gouvernement rwandais tente aujourd’hui de réécrire cette histoire en affirmant qu’elle n’a jamais demandé de pardon et qu’elle reste dangereuse. Pourtant, depuis sa sortie de prison, Ingabire n’a cessé de réclamer un dialogue national inclusif, appelant à un climat politique plus ouvert, ce qui constitue une menace directe pour le régime autoritaire de Kigali.

Le ministre Jean-Damascène Bizimana, fidèle à la rhétorique du gouvernement, a cherché à lier Ingabire à des mouvements armés en dressant une continuité entre son engagement passé et ses activités actuelles. En affirmant qu’il n’y a “aucune différence entre Ingabire de DALFA et Ingabire de la FDLR ou du RDR”, il poursuit une stratégie de criminalisation de l’opposition, assimilant toute critique du gouvernement à une tentative de déstabilisation du pays.

Le régime de Kagame, qui se présente comme un modèle de développement et de stabilité, utilise sans relâche la carte du génocide pour justifier la répression politique. En 2019, il a accusé Ingabire d’avoir organisé une réunion secrète dans le district de Kirehe, où elle aurait recruté des membres sur des bases ethniques. Cette accusation grotesque s’inscrit dans une campagne de diffamation où tout adversaire politique est dépeint comme un extrémiste dangereux.

L’histoire s’est répétée avec d’autres figures de l’opposition comme Diane Rwigara, emprisonnée après avoir tenté de se présenter contre Kagame en 2017, ou encore Paul Rusesabagina, enlevé et condamné dans un procès dénoncé par la communauté internationale. Kigali cherche à museler toute contestation, en utilisant des accusations fabriquées pour discréditer ses opposants.

La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a une fois de plus attaqué Ingabire en mars 2024, affirmant qu’elle n’était ni une opposante politique, ni une militante des droits de l’homme, mais une criminelle incorrigible. Cette déclaration illustre parfaitement la propagande du régime, où toute critique est assimilée à un complot contre l’État.

Le cas de Victoire Ingabire montre comment le gouvernement rwandais instrumentalise la justice pour écraser l’opposition. En la maintenant sous surveillance et en renouvelant périodiquement les accusations à son encontre, Kigali cherche à empêcher tout débat politique réel. Pendant ce temps, Paul Kagame, soutenu par des campagnes médiatiques coûteuses et une communication soignée, tente de projeter une image d’homme fort et modernisateur.

Mais derrière cette façade se cache un régime où la répression politique est systématique, où la peur est un outil de gouvernance et où l’opposition politique est traquée, arrêtée ou contrainte à l’exil. L’acharnement contre Victoire Ingabire illustre une dictature qui redoute toute alternative politique et qui, après près de 30 ans au pouvoir, n’a aucune intention d’ouvrir l’espace démocratique.