Rwanda : Témoignage de Mutarambirwa Théobald sur la Répression Politique et son Engagement pour la Démocratie

Par Ben Barugahare

Le militant rwandais Mutarambirwa Théobald, membre du parti d’opposition P.S. Imberakuri, a récemment partagé un témoignage poignant sur son parcours de persécution politique, son arrestation arbitraire et son combat pour la démocratie et les droits humains au Rwanda. Dans un message adressé à ses compatriotes le 20 mars 2025, il revient sur les épreuves qu’il a traversées, sa détention, et réaffirme son engagement en faveur de l’égalité, la liberté et la justice pour tous les Rwandais.

Mutarambirwa Théobald fait partie de ces opposants rwandais qui ont été victimes de la répression du régime du Front Patriotique Rwandais (FPR-Inkotanyi), dirigé par le président Paul Kagame. Il rappelle que cette répression s’est intensifiée lors des élections présidentielles de 2010, lorsque le FPR a refusé de voir Me Bernard Ntaganda, candidat du P.S. Imberakuri, participer librement au scrutin. Accusé d’être une menace pour le régime, Ntaganda avait été arrêté et emprisonné, tandis que plusieurs militants de son parti ont dû prendre la fuite.

Contraint à l’exil, Mutarambirwa Théobald s’est d’abord réfugié en Ouganda, avant de s’installer en République Démocratique du Congo (RDC) en 2011, où il espérait y trouver une vie plus stable. Comme de nombreux exilés rwandais, il s’est enregistré en tant que réfugié auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) et de la Commission Nationale pour les Réfugiés (CNR) en RDC. Mais cette situation n’a pas duré. En 2019, sous la pression des autorités rwandaises, l’armée congolaise FARDC a mené des rafles dans les camps de réfugiés, accusant ces exilés d’être affiliés à des groupes rebelles.

Plus de 2 200 réfugiés rwandais, y compris Mutarambirwa, ont été capturés et expulsés vers le Rwanda le 16 décembre 2019. Dès son arrivée sur le sol rwandais, il a été séparé des autres et directement incarcéré, accusé de six infractions graves : appartenance à un groupe armé illégal, terrorisme à des fins politiques, affiliation à une organisation terroriste, complot contre l’État, propagation de fausses informations visant à nuire au gouvernement rwandais à l’étranger et participation à des activités terroristes.

Aucune de ces accusations n’était fondée sur des preuves tangibles, et il a été jugé devant la chambre de la Cour du Rwanda en charge des crimes transnationaux (HC/ICC), qui l’a condamné à cinq ans de prison. Ses appels ont été rejetés, confirmant une décision motivée politiquement plutôt que juridiquement. À travers ce témoignage, Mutarambirwa Théobald insiste sur le caractère injuste et oppressif du système judiciaire rwandais, qui instrumentalise la loi pour réprimer les voix dissidentes.

Il rappelle que son seul tort a été d’être membre d’un parti d’opposition pourtant légalement reconnu par l’État rwandais, le P.S. Imberakuri, enregistré officiellement depuis le 22 juillet 2009. Le programme du P.S. Imberakuri, sous la direction de Me Bernard Ntaganda, repose sur trois valeurs fondamentales : l’Amour (Urukundo), la Justice (Ubutabera), et le Travail (Umurimo). Mais dans un État où l’opposition est systématiquement muselée, il est impossible d’exercer librement son engagement politique sans subir harcèlement, arrestations et persécutions.

Mutarambirwa Théobald affirme toutefois qu’il ne renoncera jamais à son combat. Malgré la douleur et les souffrances qu’il a endurées, il reste convaincu que le Rwanda a besoin d’un changement profond basé sur la vérité, la démocratie et la réconciliation nationale. Il appelle tous les Rwandais à revendiquer leurs droits et à lutter pour un avenir où la liberté d’expression et la démocratie seront garanties. Il rappelle que le changement n’est possible que si chacun prend conscience de l’importance de la justice et du respect des droits fondamentaux.

“La vérité ne brûle pas, même dans le feu”, affirme-t-il, soulignant qu’aucune oppression ne peut étouffer indéfiniment la soif de justice et de liberté d’un peuple. Mutarambirwa conclut son témoignage par un appel à l’unité et au courage :

“Chercher, c’est pouvoir. Là où il y a une volonté, il y a toujours un chemin. Nous devons tous jouir des mêmes droits dans notre pays, car c’est une vérité fondamentale et un principe indiscutable.”

Il invite ses compatriotes à ne pas céder à la peur, mais à continuer à se battre pacifiquement pour leurs droits et la dignité du peuple rwandais.

Le témoignage de Mutarambirwa Théobald illustre le sort tragique de nombreux opposants rwandais, pris dans l’engrenage répressif du régime de Paul Kagame. Son parcours, marqué par l’exil, la persécution et l’incarcération, met en lumière les défis immenses auxquels est confrontée l’opposition rwandaise. Toutefois, son courage et sa résilience témoignent également d’une volonté inébranlable de voir émerger un Rwanda où la démocratie, la liberté et l’État de droit ne seront plus de vains mots.