L’État rwandais continue d’étrangler l’éducation

Par NIYITEGEKA Faustin

NIYITEGEKA Faustin

Quelle est la situation de l’éducation au Rwanda ?

Aujourd’hui, on parle beaucoup de réformes dans l’éducation, mais ces changements ne datent pas d’hier. Ils ont commencé juste après le génocide contre les Tutsis en 1994. Pourtant, jusqu’à ce jour, ils n’ont apporté aucun résultat concret. Le ministère de l’Éducation a déjà connu 17 ministres depuis 1994, ce qui signifie que tous les deux ans, un nouveau ministre est nommé.

En juillet 1994, les écoles primaires ont rouvert avec très peu d’enseignants formés, beaucoup ayant été tués ou ayant fui le pays. Les enfants étudiaient souvent sous les arbres, encadrés par des enseignants sans formation pédagogique. Bien que le nombre d’enseignants ait augmenté et que l’économie nationale se soit améliorée, la qualité de l’enseignement reste critiquée. Des salles de classe ont été construites, mais le surpeuplement demeure : certaines classes comptent entre 60 et 90 élèves.

On fait passer les élèves en classe supérieure au nom du slogan “l’éducation pour tous”, même ceux qui obtiennent des résultats aussi faibles que 15 %. Résultat : un élève peut arriver en sixième année de primaire sans savoir lire. Le ministère compte deux responsables principaux (un ministre et un secrétaire d’État), ainsi que plusieurs agences dépendantes comme REB, HEC, NESA, etc. Malgré cela, le niveau d’enseignement est toujours mis en question, et les diplômés ne sont souvent pas à la hauteur des défis du marché du travail.

Peut-on espérer qu’un élève ayant obtenu 15 % soit capable de contribuer au développement du pays ?

Les problèmes au sein du ministère sont nombreux : des enseignants habitent à Nyagatare mais doivent enseigner à Karongi. Leurs salaires sont dérisoires et les mutations pour les rapprocher de leur lieu de résidence ne sont pas facilitées. Les établissements scolaires manquent d’équipements, leur gestion laisse à désirer, et certains directeurs gèrent leur école comme une propriété privée.

Des enseignants non formés exercent encore, alors même que les universités publiques et privées diplôment chaque année des enseignants qualifiés. Mais ces derniers refusent souvent d’enseigner, préférant éviter les faibles salaires. Ce qui est encore plus choquant, c’est que les dirigeants du pays envoient leurs enfants dans des écoles privées, bien équipées et où les enseignants sont bien payés, ou même à l’étranger, en Europe ou aux États-Unis.

Pendant ce temps, l’État continue de prétendre vouloir améliorer les conditions de vie des enseignants, sans poser d’actes concrets. Si l’on compare les salaires, voici ce que montre le Journal officiel :

Salaires des hauts responsables en 2014:

Le salaire de base varie entre 3 et 6 millions de francs rwandais (Frw) par mois. En plus, certains reçoivent 5 millions pour meubler leur logement, 500 000 Frw chaque mois pour le loyer, une voiture, des équipements de communication, l’eau et l’électricité à la charge de l’État. Ce salaire est révisé à la hausse de 10 % tous les trois ans.

Salaires des travailleurs ordinaires de l’État en 2014:

  • Enseignant A2 : salaire net de 44 032 Frw/mois (après déductions).
  • Soldat P6 : salaire net de 52 000 Frw/mois.
  • Policier S3 : 60 000 Frw/mois.
  • Secrétaire exécutif de cellule A2 : 120 000 Frw/mois.
  • Agent de santé A2 : 156 815 Frw/mois.
  • Agent judiciaire A2 : 232 000 Frw/mois.

Même s’il y a eu des augmentations entre-temps, ce déséquilibre salarial extrême entre les hauts dirigeants et les travailleurs de base de l’État n’a pas changé et empêche toute réduction des inégalités. Il est difficile d’envisager une justice sociale alors que de telles disparités existent même entre les fonctionnaires.

Si Kagame et son parti FPR souhaitent réellement un avenir meilleur pour les Rwandais, ils devraient commencer par revaloriser le métier d’enseignant, car aucun développement n’est possible sans une éducation de qualité.