Les Élections au Rwanda : Un Examen Critique de la Domination de Kagame et du FPR

Filip Reyntjens, Professeur émérite à l’Université d’Anvers

Les récentes élections présidentielles et législatives au Rwanda, tenues le 15 juillet, ont une fois de plus marqué la victoire écrasante de Paul Kagame, avec 99,18 % des voix. Ce scrutin a également enregistré un taux de participation impressionnant de 99,86 %, bien que le vote ne soit pas obligatoire. Dans une analyse publiée par Filip Reyntjens, professeur émérite de droit et de politique à l’Université d’Anvers, sur African Arguments, il est suggéré que ces résultats sont le fruit d’une manipulation soigneusement orchestrée par la commission électorale.

Le scrutin du 15 juillet 2024 rappelle les élections de l’ère du parti unique avant 1990, qualifiées de « sans risque » par Alain Rouquié en 1978. Une modification constitutionnelle en 2015 a permis à Kagame, élu pour un deuxième et dernier mandat en 2010, de se présenter pour un mandat supplémentaire de sept ans en 2017, suivi de deux mandats de cinq ans, prolongeant ainsi potentiellement son règne jusqu’en 2034, quarante ans après avoir pris le pouvoir en 1994. Deux autres candidats ont participé à cette élection, obtenant respectivement 0,50 % et 0,32 % des voix.

Les missions d’observation internationales antérieures, de l’Union européenne en 2003 et du Commonwealth en 2010, avaient relevé des intimidations, des bourrages d’urnes et des procédures de comptage opaques. En 2017, aucune observation internationale formelle n’a eu lieu, bien que des irrégularités notables aient été observées par des responsables américains. Les données des observateurs indépendants étant absentes cette fois-ci, il est difficile de juger de la liberté de choix des électeurs et de la transparence du comptage.

Des preuves anecdotiques montrent que des personnes ont été contraintes d’assister aux rassemblements électoraux de Kagame. Un témoin anonyme a décrit comment des individus ont été réveillés et emmenés à pied sur de longues distances pour assister aux réunions de campagne. Ce phénomène pourrait expliquer le taux de participation presque universel. En outre, les électeurs ont exprimé leur choix en apposant leur empreinte digitale à côté du nom des candidats, une pratique qui pourrait avoir mis en doute la confidentialité du vote.

Les élections législatives ont également été entachées de manipulations flagrantes. Les résultats partiels publiés le 17 juillet différaient significativement des résultats provisoires du 18 juillet, avec une augmentation inexplicable des voix pour le FPR tandis que les autres partis perdaient des voix. Cette manipulation a eu des conséquences dramatiques pour des partis tels que le DGPR, le PDI et le PS-Imberakuri, dont les résultats sont passés en dessous du seuil de 5 % nécessaire pour obtenir des sièges au parlement. La commission électorale nationale a cependant décidé de « redresser » les résultats pour maintenir une apparence de pluralité, accordant ainsi des sièges à ces partis malgré leur score inférieur au seuil requis.

D’autres résultats suspects concernent l’élection de femmes députées dans les cinq circonscriptions provinciales, où les candidates soutenues par le FPR ont remporté des majorités écrasantes. La domination du FPR est également masquée par la présence de catégories « spéciales » de députés, sans affiliation visible, qui servent à obscurcir la mainmise du FPR sur le parlement.

Bien que Kagame ait déclaré à plusieurs reprises ne pas souhaiter une carrière politique, il a récemment annoncé son intention de se représenter, citant la confiance que lui accordent les Rwandais. En réalité, aucune figure du FPR n’ose afficher des ambitions présidentielles, rendant difficile et incertaine la succession de Kagame.

Bien que la commission électorale ait affirmé que plus de 1 000 observateurs ont été accrédités et qu’une mission d’observation de la Communauté d’Afrique de l’Est ait été déployée, aucun rapport n’était disponible au moment de la rédaction de cet article. Les observateurs internationaux ont exprimé des critiques, l’Index on Censorship qualifiant ironiquement le raz-de-marée de Kagame de « gênant pour d’autres dictateurs ».

Ces élections reflètent une réalité politique au Rwanda où la démocratie semble être sacrifiée au profit de la stabilité apparente et du contrôle politique. Le régime de Kagame continue de consolider son pouvoir, laissant peu de place à une véritable opposition ou à une transition démocratique significative.