Bruxelles – 25 avril 2025: Le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, entame ce vendredi une tournée diplomatique en Afrique centrale qui le conduira successivement en Ouganda, au Burundi et en République démocratique du Congo (RDC). Ce déplacement, prévu du 25 au 29 avril, s’inscrit dans la volonté de la Belgique de contribuer activement à une sortie de crise dans l’est de la RDC, où la situation sécuritaire et humanitaire reste extrêmement préoccupante. Mais cette initiative s’inscrit également dans un climat régional tendu, marqué par une rupture nette des relations diplomatiques avec le Rwanda.
L’objectif affiché de cette mission est multiple : soutenir les efforts de médiation en cours, notamment ceux facilités par le Qatar ; encourager un dialogue entre les parties au conflit ; renforcer les liens bilatéraux entre la Belgique et les pays de la région ; et réaffirmer l’engagement humanitaire et économique de Bruxelles auprès des populations touchées.
La Belgique a salué l’accord de principe signé le 23 avril à Doha entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC/M23, en vue d’une trêve. Un signal jugé encourageant, bien que fragile, dans une crise qui a déjà déplacé plus de sept millions de personnes en RDC. À Kampala, Bujumbura et Kinshasa, Maxime Prévot devrait porter un message de soutien au processus de désescalade et à la recherche d’une solution politique.
Un climat diplomatique détérioré avec Kigali
Si Kigali ne figure pas sur l’itinéraire du ministre, ce n’est pas par hasard. Le 17 mars dernier, le gouvernement rwandais a annoncé la rupture immédiate de ses relations diplomatiques avec la Belgique, accusant cette dernière de « néocolonialisme » et d’hostilité manifeste dans le dossier congolais. Cette décision faisait suite à une première mesure de Kigali, qui avait suspendu un mois plus tôt toute coopération au développement avec Bruxelles, dénonçant une « instrumentalisation politique » de l’aide.
En réponse, Maxime Prévot a dénoncé une décision « disproportionnée » et regretté l’absence de volonté de dialogue de la part de son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe, qui avait décliné une rencontre à Bruxelles quelques jours plus tôt. « Couper les canaux de discussion ne facilite jamais la résolution des différends », a estimé le ministre belge.
La Belgique réfute également les justifications avancées par Kigali, notamment celles évoquant une prétendue volonté belge de punir le Rwanda pour des raisons historiques. « Notre position est fondée sur le respect du droit international, des droits humains et du droit humanitaire », a rappelé Maxime Prévot. « Elle est partagée par l’ensemble de l’Union européenne et les membres du G7. »
Des sanctions européennes comme point de bascule
Ce climat tendu s’est encore exacerbé avec l’adoption, le 17 mars au matin, par le Conseil de l’Union européenne, de sanctions individuelles contre plusieurs responsables militaires rwandais et membres de l’AFC/M23. Une entreprise rwandaise impliquée dans l’exploitation illégale de ressources naturelles en RDC a également été visée. Il est probable, selon plusieurs observateurs, que la décision de Kigali de rompre ses relations avec Bruxelles soit directement liée à ces sanctions.
En réaction, la Belgique a expulsé les diplomates rwandais présents sur son territoire et mis fin aux accords de coopération bilatérale avec Kigali. Une escalade diplomatique rare entre les deux pays, qui complique la position de la Belgique dans une région où le Rwanda, que les Nations unies accusent de soutenir militairement les rebelles du M23, reste un acteur incontournable.
Malgré cette fracture diplomatique, la Belgique affirme qu’elle poursuivra son action dans la région avec détermination et impartialité. « Nous ne cherchons à favoriser aucun acteur, mais à soutenir les principes de paix, de souveraineté et de justice », précise le cabinet de Maxime Prévot.
À Kampala, Bujumbura et Kinshasa, le ministre belge abordera plusieurs enjeux clés : la fin du soutien extérieur aux groupes armés ; la lutte contre les discours de haine, y compris ceux visant les communautés tutsies ; la résolution du problème des réfugiés ; la réforme des forces armées congolaises ; ainsi que le développement d’une économie transfrontalière formelle, axée sur les filières agricoles, énergétiques et minières.
Par ailleurs, la Belgique insiste pour que la RDC mette fin à toute collaboration avec les FDLR, et qu’elle engage un processus sérieux de désarmement et de réintégration des groupes armés.
Enfin, cette visite est aussi l’occasion pour le ministre belge de rencontrer des acteurs de la société civile, des représentants humanitaires et les populations locales, afin de mieux cerner les besoins sur le terrain et d’orienter les futurs engagements de la coopération belge. Une délégation de journalistes accompagnera le ministre tout au long de sa mission.
Dans un climat régional polarisé et instable, la Belgique tente de maintenir une diplomatie équilibrée, fondée sur le dialogue, la responsabilité collective et le respect du droit. Reste à savoir si cette posture trouvera encore un écho auprès de l’ensemble des partenaires de la région.


























































