Rwanda : inquiétudes autour de l’état de santé de Paul Kagame, l’armée dénonce une “fake news” tandis que les discours extrémistes se libèrent

Par Marc Matabaro

Le Président rwandais, Paul Kagame

Kigali, 24 Juin 2025— Le silence prolongé du président Paul Kagame suscite de nombreuses interrogations au Rwanda et à l’étranger. Après près de trois semaines sans apparition publique du chef de l’État, un communiqué, attribué de manière anonyme aux autorités militaires rwandaises, annonçant une grave détérioration de son état de santé, a circulé sur les réseaux sociaux. Ce texte a été rapidement qualifié d’“information mensongère” par les Forces de défense rwandaises (RDF), qui ont dénoncé une “fake news”.

Jusqu’à présent, aucun commentaire officiel n’a été émis par la présidence ou d’autres institutions gouvernementales pour confirmer ou infirmer les rumeurs concernant la santé du président. L’un des opposants notoires à son régime, David Himbara — ancien conseiller économique de Kagame aujourd’hui exilé — affirme pour sa part que le président serait hospitalisé en Allemagne dans un état grave. Ses déclarations, largement relayées en ligne, alimentent un climat de spéculations et d’inquiétudes.

La dernière apparition publique connue de Paul Kagame remonte au 6 juin, lorsqu’il avait reçu à Kigali une délégation de l’établissement chrétien Hope Haven. Depuis, aucune activité officielle du président n’a été signalée, un fait inhabituel dans un pays où la communication autour de la figure présidentielle est habituellement très rigoureuse et régulière.

Cette absence prolongée intervient dans un contexte national tendu, où les discours extrémistes — notamment à caractère ethnique — semblent regagner du terrain sur les réseaux sociaux, dans une atmosphère d’impunité préoccupante.

Certains jeunes Rwandais, identifiés comme proches du régime ou issus de la communauté tutsie, se livrent à des propos d’une violence extrême, affirmant sans détour souhaiter la mort du président Kagame dans le but de déclencher un “nouveau génocide” contre les Hutus. Des propos filmés, diffusés en ligne, et pour lesquels aucune sanction officielle ne semble avoir été prise à ce jour. Bien au contraire, ces discours semblent tolérés, voire encouragés, dans certains milieux proches du pouvoir.

À l’inverse, lorsqu’un jeune Hutu évoque les massacres commis par le FPR Inkotanyi — mouvement dirigé par Kagame durant la guerre civile rwandaise — ces paroles sont souvent réprimées, jugées comme une incitation à la haine ou une atteinte à l’unité nationale. Cette asymétrie dans le traitement des discours renforce un sentiment d’injustice et ravive les blessures d’un passé jamais complètement cicatrisé.

Des voix critiques, au Rwanda comme à l’étranger, s’inquiètent de ce deux poids, deux mesures. Le climat actuel, où l’on criminalise les mémoires concurrentes tout en laissant se répandre des appels au massacre, met à mal les fondements mêmes de la réconciliation nationale prônée depuis 1994.

Les autorités rwandaises n’ont pas encore commenté cette montée de tensions verbales ni les craintes de certains observateurs face au relâchement apparent du contrôle des discours haineux sur les plateformes numériques.

À défaut de transparence sur l’état de santé du chef de l’État et de réaction officielle face à la dérive de certains discours communautaires, la méfiance continue de s’installer. Elle renforce le sentiment que les institutions rwandaises ne répondent plus de manière équitable aux inquiétudes de l’ensemble de la population, quel que soit son groupe d’origine.

Dans ce contexte instable, beaucoup redoutent que le silence du sommet de l’État, conjugué à la radicalisation rampante sur les réseaux sociaux, n’ouvre la voie à des scénarios dangereux pour la stabilité du pays.