RDC-Rwanda : signature d’un accord à Washington sous l’égide du Département d’État américain

Par Marc Matabaro

Washington, vendredi 25 avril 2025 — Sauf changement de dernière minute, les ministres des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Thérèse Kayikwamba Wagner, et du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, devraient signer ce vendredi après-midi au Département d’État américain une Déclaration de principes censée marquer une étape vers la reprise du dialogue entre Kinshasa et Kigali. La cérémonie est organisée sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio, en poste depuis janvier 2025, et de le secrétaire adjoint Christopher Thomas Landau . La signature officielle est prévue à 14h00, suivie de rencontres bilatérales distinctes : la ministre congolaise sera reçue à 14h45, puis le ministre rwandais à 15h30. À l’heure actuelle, les détails du texte n’ont pas encore été publiés.

La déclaration attendue ne constitue pas un accord juridiquement contraignant mais vise à poser les bases d’une normalisation diplomatique entre les deux pays, dans un contexte marqué par une guerre persistante dans l’est du Congo. Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement la rébellion du M23, ce que le régime de Paul Kagame dément régulièrement. Le mouvement rebelle, désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), contrôle plusieurs territoires riches en ressources, notamment en lithium, un minerai stratégique pour la transition énergétique mondiale.

Le 24 avril, Kigali a confirmé être en discussions avec les États-Unis au sujet d’un accord potentiel sur les minéraux critiques. Cette initiative coïncide avec l’intérêt croissant de Washington pour les chaînes d’approvisionnement alternatives au monopole chinois sur les métaux stratégiques. Dans une déclaration accordée à la BBC, Massad Boulos, envoyé spécial de Donald Trump pour l’Afrique, a révélé que plusieurs entreprises américaines ont manifesté leur intérêt pour l’exploitation des ressources minières congolaises, à la suite de sa récente visite dans le pays. Selon lui, la participation économique accrue des États-Unis pourrait contribuer à la stabilisation de l’est du Congo, ravagé par trois décennies de conflits. Boulos a toutefois lancé une mise en garde directe au Rwanda : les États-Unis pourraient investir dans le pays voisin, mais à condition que Kigali retire ses troupes de la RDC et cesse son soutien au M23. « Notre mission est de promouvoir les intérêts des États-Unis et notre vision de partenariat international », a-t-il déclaré.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large, alors que la RDC et l’AFC/M23 viennent de signer, le 23 avril 2025, une déclaration conjointe issue de pourparlers facilités par l’État du Qatar. Ce document, signé à Kinshasa par Papy Mbubi Kangwiji pour la RDC et à Goma par Lawrence Kanyuka pour l’AFC, engage les deux parties à observer une trêve immédiate, à rejeter tout discours de haine, et à entamer un dialogue sur les causes profondes du conflit et les modalités d’un règlement durable. Cette avancée, bien que symbolique, survient alors que les États-Unis ont imposé des sanctions, en février, contre James Kabarebe, actuel secrétaire d’État rwandais à l’Intégration régionale, accusé de soutenir le M23. Lawrence Kanyuka, porte-parole du mouvement, est également visé par ces sanctions, ainsi que plusieurs de ses sociétés enregistrées au Royaume-Uni et en France.

Ces éléments illustrent le double objectif poursuivi par Washington : d’un côté, encourager une désescalade régionale par des initiatives diplomatiques, et de l’autre, sécuriser l’accès américain aux ressources stratégiques de la région, en particulier le lithium, le cobalt et le coltan. Ce positionnement place les États-Unis en interlocuteur incontournable, tout en les exposant à des accusations de prioriser leurs intérêts économiques au détriment des impératifs de justice ou de sécurité locale.

À Kinshasa, cette Déclaration de principes attendue avec Kigali suscite des réactions partagées. Des voix critiques craignent qu’elle ne soit utilisée comme un levier politique pour légitimer le Rwanda sur la scène internationale sans réel engagement sur la cessation du soutien au M23. À Kigali, cette ouverture est vue comme une opportunité de sortir de l’isolement diplomatique croissant, alors que les appels internationaux au retrait du M23 et des RDF se multiplient.

Aucune information n’a encore été communiquée sur un éventuel calendrier d’application, des mécanismes de suivi, ou des mesures concrètes à mettre en œuvre. Si Washington entend faire de cette déclaration un prélude à une coopération trilatérale renforcée avec la RDC et le Rwanda, les incertitudes restent nombreuses quant à la sincérité des engagements et à la capacité réelle des acteurs à transformer le geste politique en processus de paix durable. Pour l’heure, les lignes de front demeurent actives, les enjeux miniers explosifs, et la confiance entre les protagonistes fragile.