Goma, 24 avril 2025 — La liberté de la presse subit une pression sans précédent dans les territoires contrôlés par le M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Plusieurs mois après la prise de Goma, Bukavu et d’autres localités stratégiques, le groupe rebelle renforce sa mainmise sur l’information locale, suscitant l’inquiétude des organisations de défense des journalistes.
Selon Reporters sans frontières (RSF), le M23 a mis en place une véritable stratégie de contrôle médiatique dans les zones sous son autorité. Le 23 février dernier, à Bukavu, environ soixante journalistes et responsables de médias ont été convoqués par la cellule de communication du mouvement. Ils se sont vu imposer une série de directives strictes : interdiction de diffuser les propos des autorités congolaises, obligation de présenter les avancées du M23 sous un jour positif, et instruction de remplacer le terme « occuper » par « libérer » dans toute couverture des événements.
Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23, sollicité par RSF pour réagir à ces révélations, n’a donné aucune réponse.
« De nombreux reporters fuient aujourd’hui les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, redoutant pour leur sécurité », alerte Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. « Ils sont confrontés à des menaces, à des enlèvements, parfois retenus pendant plusieurs jours. Ce contrôle croissant de l’information s’apparente à de la propagande pure et simple. »
Depuis février, plusieurs journalistes critiques à l’égard du M23 ont été visés. Deux responsables de médias au Nord-Kivu, qui ont requis l’anonymat, ont été enlevés et séquestrés pendant une dizaine de jours. Un autre journaliste a confié à RSF être victime de pressions directes pour rejoindre la communication du groupe rebelle, tandis que certains reçoivent des messages anonymes menaçants après avoir cessé toute activité médiatique dans les localités tombées aux mains du M23.
Les attaques contre les médias s’accompagnent de la destruction d’infrastructures : au moins 26 stations de radio ont été pillées ou fermées entre janvier 2024 et janvier 2025 dans le Nord-Kivu, selon les données de RSF.
Déjà classée 123e sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2024, la République démocratique du Congo voit ainsi sa situation médiatique se détériorer davantage dans un climat de guerre d’information imposée par les groupes armés.
RSF appelle le M23 à respecter le droit fondamental à l’information et à cesser ses attaques contre la presse indépendante.


























































