La République du Congo a annoncé avoir annulé l’accord qui permettait à des sociétés rwandaises d’exploiter des terres agricoles sur son territoire. Le gouvernement congolais évoque l’inexécution du projet dans les délais convenus, alors que cet accord avait soulevé des réserves au sein de la population congolaise et suscité des inquiétudes chez le voisin d’en face, la République démocratique du Congo.
L’annonce a été faite vendredi 6 juin par Thierry Moungalla, porte-parole du gouvernement congolais, au cours d’un point presse. Selon lui, « la date limite du 8 décembre 2024 est désormais dépassée sans que les entreprises rwandaises concernées aient entamé leurs activités », ce qui a motivé la décision de mettre un terme définitif à cette entente.
L’accord, signé en 2022, portait sur la mise à disposition de vastes parcelles dans la région de Bouenza, au sud du pays, à des fins agricoles et pastorales. Le terrain en question s’étendait sur 11 084 hectares, 52 ares et 53 centiares, selon les informations publiées en avril 2024 par Les Échos du Congo Brazzaville. Il avait été octroyé pour une durée initiale de 20 ans, renouvelable, à la société Eleveco-Congo S.A.S., une filiale du groupe Crystal Ventures, bras économique du Front patriotique rwandais (FPR), le parti au pouvoir à Kigali.
Le ministre congolais des Affaires foncières, Pierre Mabiala, avait délivré ces autorisations au nom de l’État. C’est également lui qui a notifié leur annulation aux parties prenantes, à travers une correspondance officielle, selon les propos de M. Moungalla.
L’ambassade du Rwanda à Brazzaville, via une déclaration disponible sur son site, avait défendu ce partenariat comme étant une initiative relevant de la « coopération Sud-Sud », dans le cadre du développement partagé entre nations africaines. Kigali affirmait être disposé à collaborer avec Brazzaville pour stimuler la croissance du secteur agricole congolais. Interrogé à ce sujet par BBC Gahuzamiryango, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a répondu qu’il n’avait « rien à déclarer ».
La décision congolaise intervient dans un contexte régional tendu. Radio France Internationale (RFI) rappelle que Kinshasa avait exprimé ses réserves concernant cet accord foncier, notamment en ce qui concerne la zone économique spéciale de Maloukou, à environ 70 kilomètres au nord de Brazzaville, sur la rive du fleuve Congo faisant face à la capitale de la RDC. Ce secteur stratégique avait également été confié à Crystal Ventures.
Les inquiétudes de Kinshasa se fondent sur un climat diplomatique déjà fragile. La République démocratique du Congo accuse depuis plusieurs années le Rwanda de soutenir activement la rébellion du M23, responsable de graves violences et de l’occupation de plusieurs zones dans l’est congolais, dont les villes de Goma et Bukavu. Ces accusations sont étayées par des rapports d’experts des Nations unies et soutenues par plusieurs capitales occidentales. Kigali dément toute implication dans ce conflit.
Malgré ce contentieux, les relations bilatérales entre le Rwanda et le Congo-Brazzaville restaient jusqu’ici marquées par une entente cordiale. En juillet 2023, lors d’une visite officielle à Kigali, le président congolais Denis Sassou-Nguesso avait été décoré de la médaille Agaciro par son homologue rwandais Paul Kagame, en reconnaissance de son « leadership remarquable et de son engagement pour une Afrique stable et prospère ».
La fin de l’accord foncier pourrait marquer un tournant discret dans la coopération entre les deux pays, sur fond de rivalités régionales et de recomposition des alliances stratégiques en Afrique centrale.

























































