Le gouvernement rwandais dirigé par le FPR n’a-t-il vraiment aucune intention de rouvrir les églises?

Par Faustin Niyitegeka

Le Rwanda est un pays où le christianisme domine largement, représentant environ 90 % de la population. Pourtant, lors d’un échange avec la presse à la fin du mois de novembre, le président Paul Kagame a déclaré qu’il n’ouvrirait aucune église. Selon lui, les lieux de culte ne contribuent en rien à résoudre les problèmes du pays, ne créent pas d’emplois et n’apportent aucune aide face à la faim, à la pauvreté, à l’insécurité ou aux autres difficultés qui touchent la population.

Pour le président Kagame, les églises n’apportent aucun bienfait réel. Il est allé jusqu’à dire que le christianisme serait une forme de manipulation héritée de la colonisation, et que ce qui compte vraiment, c’est de cultiver la terre et d’élever du bétail. Cette déclaration soulève des questions, car plutôt que de réconforter les Rwandais, elle semble se moquer de leur situation. Conseiller aux gens de cultiver la terre devient absurde quand on sait que beaucoup ont été dépossédés de leurs terrains par l’État. Ces derniers mois, plusieurs familles ont été déplacées de force, certaines se trouvant même au bord du suicide. Les informations récemment diffusées sur le secteur de Ndego, dans le district de Kayonza, illustrent bien cette détresse qui gagne différentes régions du pays.

Le président a aussi affirmé que ceux qui veulent prier n’ont qu’à le faire sur leur téléphone. Pourtant, il avait été annoncé que de nouvelles lois allaient punir les personnes organisant des cultes en ligne, notamment sur YouTube, tant que les églises resteraient fermées. Il y a là une contradiction évidente. Dire que la prière est une forme de colonisation est également discutable, surtout si l’on considère l’apport historique des églises au Rwanda : elles ont enseigné la lecture et l’écriture, et elles ont construit de nombreuses écoles dans tout le pays, parmi lesquelles le Groupe scolaire Rwaza, Nyundo, Zaza, Gahini, et bien d’autres. Ces établissements ont joué un rôle majeur dans l’éducation de la population. Les missions religieuses ont également créé des centres de santé qui ont contribué à améliorer la vie des Rwandais.

Fermer les églises et interdire la prière constitue aussi une violation de la Constitution, qui garantit à chaque citoyen la liberté de pensée et de religion (article 37). Mais rien de tout cela n’étonne vraiment, car les régimes autoritaires ont tendance à restreindre ce type de libertés.

Les églises sont-elles vraiment le problème le plus urgent du pays ? Avant de s’attaquer aux lieux de culte, il faudrait d’abord répondre aux besoins essentiels : assurer la sécurité alimentaire, fournir de l’eau potable, et développer les infrastructures dont la population manque cruellement. En réalité, les églises jouent souvent un rôle apaisant. Elles offrent un espace de réconfort dans un pays marqué par de nombreuses tragédies. Elles soutiennent également les efforts liés à la santé mentale, un domaine encore fragile au Rwanda. Les pasteurs et les responsables religieux sont souvent les premiers recours pour accompagner les personnes traumatisées, une aide précieuse dans un pays où la réconciliation reste un processus long et difficile.

La prière permet aussi aux gens de se retrouver et de renforcer les liens sociaux. Interdire ces rassemblements revient à isoler les citoyens encore davantage. Le christianisme a par ailleurs contribué à la réinsertion sociale : prêtres et pasteurs interviennent dans les prisons, encouragent la confession, le repentir et la transformation personnelle. Cela facilite le travail de la justice et apaise certaines tensions. Mais un régime autoritaire ne peut pas reconnaître cette valeur, car il redoute tout espace indépendant capable d’apporter soutien et cohésion à la population.