Concert “Solidarité Congo” : le préfet de police de Paris menace d’interdiction en cas de non-report

Par Ben Barugahare

Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, a annoncé ce jeudi 27 mars 2025 avoir demandé aux organisateurs du concert Solidarité Congo, prévu le 7 avril à l’Accor Arena, de reporter l’événement à une date ultérieure. Faute de quoi, il enclenchera une procédure d’interdiction pour raisons de sécurité. Dans un message publié sur le réseau X, le préfet précise que cette décision est motivée par les « risques de troubles à l’ordre public » liés au maintien du concert le jour même de la commémoration du génocide des Tutsis au Rwanda.

Depuis plusieurs semaines, le concert fait l’objet d’une vive controverse. Officiellement caritatif, l’événement vise à soutenir les enfants victimes du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. Mais sa programmation le 7 avril, date hautement symbolique pour la communauté rwandaise, a provoqué de nombreuses protestations. Plusieurs associations rwandaises basées en France, dont la Communauté rwandaise de France (CRF), Ibuka France ou encore Tubeho Family, ainsi que l’ambassade du Rwanda à Paris, ont demandé l’annulation ou le report du concert, dénonçant un manque de respect envers la mémoire des victimes du génocide de 1994.

Ces associations, qui se présentent comme représentatives de la mémoire rwandaise, sont en réalité composées quasi exclusivement de membres de l’élite tutsie en exil, très proches du régime de Paul Kagame. Selon plusieurs sources de la diaspora, elles reçoivent des consignes directes de l’ambassade du Rwanda à Paris et agissent en coordination avec elle. Leur posture systématique contre tout événement solidaire envers les victimes congolaises serait motivée par une ligne politique claire : empêcher que soient évoqués publiquement les crimes commis par le M23, soutenu par Kigali, sous peine de voir l’image du régime rwandais écornée.

Dans cette logique, évoquer les victimes congolaises revient à accuser implicitement le Rwanda. C’est pourquoi toute tentative d’organiser une initiative de soutien aux populations de l’Est de la RDC – même à vocation humanitaire – est immédiatement combattue par ces réseaux, mobilisés sur le terrain diplomatique, juridique et médiatique.

Le 25 mars, la Ville de Paris, après avoir été saisie par ces associations et par l’ambassadeur du Rwanda François Nkulikiyimfura, avait relayé leur demande auprès du préfet. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a estimé que le concert, bien que louable dans son objectif, risquait de provoquer des tensions communautaires et des troubles à l’ordre public.

Mais cette démarche a suscité une réponse ferme. Le 18 mars, une coalition d’opposants rwandais et d’associations congolaises de France a adressé une lettre ouverte à la maire de Paris. Signée par le FDU-Inkingi, le Gouvernement rwandais en exil, Jambo ASBL, AMIZERO, et d’autres acteurs de la société civile, la lettre accuse ces associations pro-Kagame de manipuler la mémoire du génocide pour faire taire toute critique du régime rwandais, notamment concernant son rôle dans la guerre actuelle en RDC.

Les signataires dénoncent une ingérence étrangère dans les affaires culturelles françaises, et rappellent que la liberté d’expression et de réunion est protégée par le droit français et européen. Ils estiment que l’interdiction d’un événement caritatif sur pression d’un régime étranger créerait un précédent dangereux. « Aujourd’hui, ces mêmes stratégies sont utilisées pour empêcher les artistes d’exprimer leur solidarité envers les populations de l’Est de la RDC, victimes d’atrocités dont la responsabilité du régime rwandais est de plus en plus documentée et condamnée par la communauté internationale », rappellent-ils.

Le contexte régional ajoute à la tension. Depuis 2022, Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le groupe rebelle M23, responsable de graves violations des droits humains dans le Nord-Kivu. Des rapports indépendants confirment cette implication. La guerre à l’est de la RDC, et les alliances régionales qui s’y greffent, trouvent ainsi un prolongement dans les mobilisations communautaires en France.

Pour les organisateurs du concert Solidarité Congo, il ne s’agissait que d’un geste de solidarité envers des enfants victimes de guerre. Mais pour Kigali et ses relais, toute action qui évoque la souffrance congolaise devient une menace politique. La décision finale du préfet est attendue dans les prochains jours. En l’absence de report, l’interdiction du concert pourrait être officialisée avant la fin du mois.