Décès de Protais Mitali, ancien ministre rwandais, en exil en Belgique

Par Marc Matabaro

L’ancien ministre rwandais Protais Mitali est décédé le vendredi 1er août 2025 en Belgique, à l’âge de 62 ans, des suites d’un cancer qu’il combattait depuis plusieurs années. La nouvelle de sa mort a été confirmée par sa famille, qui a annoncé que les funérailles auront lieu le jeudi 7 août à 14h30, à Overijse, au sud de Bruxelles.

Né en 1963 dans l’ancienne préfecture de Gitarama, Protais Mitali a eu une longue carrière politique au Rwanda. Avant d’entrer dans la vie politique, il a servi comme militaire puis comme député. Il a ensuite occupé plusieurs postes ministériels de haut rang : ministre de la Jeunesse, ministre de la Culture et des Sports, puis ministre du Commerce, de l’Industrie, de l’Investissement, du Tourisme et des Coopératives. Il a également été ambassadeur du Rwanda en Éthiopie jusqu’en 2015.

C’est cette même année que sa carrière diplomatique prend brusquement fin. Relevé de ses fonctions, Mitali quitte le pays pour s’installer en Belgique. En avril 2015, il est accusé par son parti politique, le Parti Libéral (PL), d’avoir détourné plus de 50 millions de francs rwandais. Le ministère des Affaires étrangères le somme alors de régler le contentieux financier, mais Mitali ne répond pas à ces injonctions. Peu après, Interpol publie une notice rouge à son encontre pour détournement de fonds publics et abus de pouvoir. Il devient alors un fugitif officiellement recherché, sans toutefois être arrêté.

Pendant plusieurs années, il disparaît complètement de la scène publique, avant de réapparaître en mars 2019 lors d’un événement du groupe “Ibuka Mémoire & Justice Belgique” au Parlement fédéral belge. Ce retour suscite alors l’attention, d’autant plus que, selon certaines sources, ses relations avec les autorités rwandaises se seraient apaisées. On rapporte qu’il aurait adressé une demande de pardon au président Paul Kagame, bien qu’aucune déclaration officielle ne soit venue confirmer cette démarche.

Parmi les épisodes controversés de sa carrière figure son attitude envers le chanteur Kizito Mihigo. En 2014, alors ministre de la Culture, Mitali est accusé d’avoir publiquement attaqué le musicien, lui-même rescapé du génocide, pour avoir appelé à une mémoire inclusive des souffrances vécues par tous les Rwandais. Après la mort suspecte de Kizito Mihigo en 2020, des écrits posthumes du chanteur désignent Mitali comme l’un de ceux qui l’auraient harcelé et marginalisé.

Sur le plan politique, Mitali aurait exprimé son opposition à la révision de la Constitution rwandaise en 2015, révision qui a permis à Paul Kagame de briguer de nouveaux mandats présidentiels. Il aurait aussi désapprouvé la subordination du PL au FPR, parti au pouvoir, et plaidé pour une participation plus visible des Tutsis de l’intérieur – ceux qui vivaient au Rwanda avant 1994 – dans la gouvernance nationale. Ces positions l’auraient isolé politiquement, voire mis en conflit avec les cercles dirigeants.

Depuis son installation en Belgique, Mitali vivait dans la discrétion. Son décès met un point final à une trajectoire politique marquée à la fois par de hautes responsabilités, des accusations lourdes et une vie d’exil. Il laisse derrière lui une famille endeuillée et une image contrastée dans l’histoire récente du Rwanda.