Paris, le 19 septembre 2025 – La famille de Protais Zigiranyirazo, ancien haut responsable rwandais et beau-frère du président Juvénal Habyarimana, a dénoncé la décision du maire d’Orléans de retirer, à la dernière minute, l’autorisation d’inhumation de leur proche dans cette ville, au motif de risques de troubles à l’ordre public.
Dans un communiqué signé par leur avocat Philippe Meilhac, la famille qualifie cette décision de « brutale » et « incompréhensible », estimant qu’elle porte atteinte à leurs droits fondamentaux. Le Conseil d’État ayant validé la mesure sans audience préalable, la famille annonce son intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme et de déposer des recours en annulation.
Le poids d’un passé judiciaire et politique controversé
Arrêté en 2001 et jugé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Protais Zigiranyirazo avait été acquitté en appel en 2009, après quatre années de procès. Les juges avaient alors estimé que le procureur s’était « gravement fourvoyé dans l’évaluation des preuves ». La défense souligne le caractère définitif et contraignant de cette décision, relevant du principe de chose jugée.
Mais la figure de Zigiranyirazo reste controversée dans l’histoire rwandaise. Préfet de Ruhengeri dans les années 1970, il est soupçonné par certains chercheurs et témoins d’avoir joué un rôle dans les violences ayant accompagné la chute de la Première République de Grégoire Kayibanda, renversée par le coup d’État de Juvénal Habyarimana en 1973. Plusieurs responsables politiques de l’ancien régime, arrêtés et transférés à la prison de Ruhengeri, y sont morts dans des conditions jamais totalement élucidées. Ces épisodes nourrissent encore aujourd’hui des récits divergents au sein de la société rwandaise.
Poursuites pour diffamation annoncées
Le communiqué de la famille met en garde contre ceux qui continueraient à présenter Zigiranyirazo comme l’un des planificateurs du génocide de 1994. Considérant qu’il s’agit d’une atteinte à l’honneur du défunt, ses héritiers affirment qu’ils engageront toutes les procédures en diffamation jugées nécessaires contre les médias, associations ou personnalités politiques qui ravivent ces accusations.
Divisions au sein de la diaspora rwandaise
Au-delà de la controverse judiciaire, cette affaire ravive les fractures profondes entre les Rwandais, tant à l’intérieur du pays que dans la diaspora. Pour certains, Zigiranyirazo demeure l’incarnation d’un système politique responsable de divisions ethniques et régionales. Pour d’autres, son acquittement au TPIR illustre au contraire le triomphe du droit et la nécessité de respecter les décisions de justice, même lorsqu’elles contredisent les récits dominants.
La famille conclut en affirmant qu’elle restera vigilante pour faire respecter la mémoire de Zigiranyirazo, tout en rappelant que « l’autorité de la chose jugée » interdit de remettre en cause son acquittement.

























































