Kagame et la Crise Soudanaise

Le dimanche 11 août 2024, à Kigali, lors de la cérémonie d’investiture du président Paul Kagame, le général Abdel Fattah al-Burhan du Soudan a été présenté parmi les invités d’honneur, suscitant des acclamations de la part du public présent au stade Amahoro. Cette apparition intervient quelques semaines après que Burhan ait survécu à une attaque de drones lors d’une cérémonie de remise de diplômes militaires dans l’est du Soudan.

Général Burhan, président de transition du Soudan, dirige un pays en proie à un conflit intense depuis plus d’un an, un des plus violents actuellement en Afrique. Son voyage à Kigali fait suite à celui de son rival, le général Mohamed Hamdan Dagalo, qui s’était rendu dans la capitale rwandaise en janvier de cette année.

Dagalo, ancien adjoint de Burhan, commande désormais les Forces de Soutien Rapide (RSF), un groupe militaire qui contrôle une grande partie de Khartoum et de l’ouest du Soudan. Depuis le début des hostilités entre les deux généraux en avril 2023, plus de dix millions de personnes ont été déplacées. De nombreux efforts de médiation, soutenus par les États-Unis, l’Union africaine et l’ONU, n’ont jusqu’à présent pas réussi à instaurer une trêve.

Selon un analyste politique de la région, les parties impliquées cherchent activement à obtenir le soutien de pays africains pour renforcer leurs positions. Dans ce contexte, Burhan et Dagalo multiplient les rencontres diplomatiques.

En janvier, après sa rencontre avec Paul Kagame, Dagalo a déclaré avoir expliqué les causes du conflit soudanais au président rwandais, et a souligné la compréhension de Kagame de leurs objectifs pour l’avenir du Soudan. Il a également exprimé son espoir que l’expérience et l’expertise du Rwanda pourraient aider à rétablir la paix dans leur pays.

Sept mois après Dagalo, c’est au tour de Burhan de se rendre à Kigali. Le bureau de la présidence rwandaise a confirmé que Kagame a accueilli le général soudanais lors de l’investiture. Les détails de leurs discussions n’ont pas été divulgués.

Timothy J. Oloo, professeur de sciences politiques au Kenya et en Tanzanie, a qualifié la présence de Burhan à Kigali de « grande opportunité ». Dans un communiqué, il a souligné l’importance de rencontrer, au même endroit, vingt chefs d’État africains. Selon lui, Burhan espérait obtenir des soutiens parmi les dirigeants présents, en particulier de Kagame, qui joue un rôle important dans la politique africaine.

Les tentatives précédentes de cesser le feu par le biais de négociations n’ont pas abouti. Après avoir survécu à l’attaque, Burhan avait déclaré à l’AFP : « Nous ne reculerons pas, nous ne déposerons pas les armes, et nous ne négocierons pas. » Cependant, sous la pression des États-Unis, son gouvernement a accepté de participer à des pourparlers avec Dagalo, en posant toutefois certaines conditions préalables.

Ces négociations préliminaires ont eu lieu à Jeddah, en Arabie Saoudite, avec Tom Periello, l’envoyé spécial américain, en préparation des discussions prévues à Genève à partir du mercredi 14 août. Cependant, aucun accord n’a été trouvé à Jeddah, et l’avenir de ces pourparlers reste incertain.

Les États-Unis tentent de convaincre le gouvernement de Burhan d’abandonner ses conditions préalables, mais cette incertitude alimente le pessimisme quant à une possible trêve. Bien que Periello se rende à Genève, la participation de Burhan aux pourparlers reste incertaine, tandis que la participation de la RSF est attendue.

Oloo souligne que Burhan compte principalement sur le soutien des chefs d’État africains, « car de nombreux pays le considèrent comme le véritable président du Soudan », bien qu’il ne contrôle actuellement qu’une partie du pays. Les dernières informations indiquent que les forces de la RSF avancent vers la ville de Port-Soudan sur la mer Rouge, où se trouve le gouvernement de Burhan.

Après la révolution de 2019 qui a renversé le président Omar al-Bashir, Burhan a été chargé de diriger la transition vers un gouvernement civil. Cependant, en 2021, il a dissous le Conseil de Transition et en a formé un nouveau, un acte perçu par ses détracteurs comme un coup d’État. Cela a entraîné des manifestations continues et des troubles dans le pays.

En mars 2023, Dagalo a déclaré à la télévision que le coup de 2021 « était une erreur », une déclaration faite après des semaines de tensions croissantes avec Burhan, qui accusait les RSF de se comporter comme une armée indépendante. Après des semaines de tensions, des combats violents ont éclaté à Khartoum, Omdurman, El-Fasher, et Port-Soudan, opposant les RSF aux forces gouvernementales.

Selon l’Association des médecins du Soudan, plus de 40 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit, dont plus de 20 000 lors de combats, 16 000 en raison de la famine et du manque de soins médicaux, et d’autres pour diverses raisons liées à la guerre.