Par Mukundente Ariane

Pour ce vendredi de gratitude, j’ai le plaisir de vous présenter Rujindiri Bernard, le célèbre musicien-poète de la musique traditionnelle rwandaise, roi de la Cithare (inanga) ici et en audio version française

et en Kinyarwanda:

La plupart d’entre nous se rappelle des moments magiques vécues chaque jour au Rwanda entre 21h00 et 23h00. Radio Rwanda y présentait l’émission ‘’Igitaramo’’. C’était un rendez-vous journalier pour toute la famille où l’on écoutait des chansons, poèmes et danses traditionnelles rwandaises. Les instruments de musique traditionnelle (les inanga, ikembe, umuduri…) y étaient à l’honneur.

C’est durant ces trop courts moments que nos oreilles pouvaient savourer le son de la Cithare telle que maniée par les mains expertes de Rujindiri. Un artiste légendaire qui parvenait à égayer nos soirées, surtout celles des vieux qui savaient apprécier la mélodicité de ce genre de musique ‘’umurya w’inanga’’.

Mais qui est Rujindiri Bernard? La date précise de sa naissance reste inconnue, mais il serait né dans les années 1900, dans l’ancienne Commune de Masango à Gitarama. C’est son père, Mahwehwe, qui lui aurait appris l’art de la Cithare. Rujindiri a vécu à la Cour Royale sous le règne des Rois Musinga et Rudahingwa. Il était chargé de divertir le Roi et les courtisans de son entourage.

Tandis que la plupart des interprètes instrumentalistes de son époque chantaient des airs guerriers, il s’attardait plutôt, dans un langage poétique, à exprimer la vie quotidienne et les hauts faits de la Cour Royale. Son morceau le plus populaire est ‘’imitoma’’

une chanson d’amour sans pareille. Parmi ses autres morceaux d’intérêt, on peut citer : Rwamwiza, Amararo, Rushya…etc.

Le génie de Rujindiri dans sa façon de jouer ‘’inanga’’ a donné à cet instrument une noblesse qu’aucun autre musicien n’a jamais pu égaler. Dans presque toutes ses chansons, Rujindiri était accompagné par son beau-frère Semahe et de sa femme Nyirashirambe. C’est ainsi que sa musique est de nature hétérophonique puisqu’elle compte plusieurs variations pour un même morceau. Ce genre de musique est caractéristique de la musique vocale de l’ethnie Twa qui présente son lot de musiciens hors pairs.

Le talent particulier de Rujindiri a attiré l’attention de Jos Gansemans, un chercheur qui a étudié son art en profondeur. Il a remarqué que la façon de jouer ‘’inanga’’ de Rujindiri est unique en son genre. Il le qualifie ainsi de plus grand joueur d’Inanga de l’histoire de la région des Grands-Lacs. Gansemans a compilé les chansons du grand interprète dans un disque qui s’intitule ‘’Rujindiri maître de l’inanga, musique de l’ancienne cour du Rwanda.’’

Ses chansons sont très appréciées du public et sont utilisées par la Radio Rwandaise et par d’autres artistes qui en tirent des revenus directs. En effet , sur le site Web d’Amazone, on peut voir que quelqu’un exploite bel et bien les chansons de Rujindiri et en tire un profit :

Pourtant Rujindiri a des descendants qui ont déclaré en 2017 à la Radio de la BBC qu’ils vivaient dans des conditions difficiles dans le village de Twa à Kamonyi alors que des inconnus profitent de cet héritage qui ne leur appartient pas.
Sa fille Kayitesi Anastasie et son petit-fils Nibigira Aimable Kalisa, des héritiers directs de Rujindiri, devraient pourtant recevoir des revenus provenant de l’utilisation de sa musique. Ils ont bien essayé de réclamer leur dû mais on leur a répondu que ces chansons faisaient partie du patrimoine national. Et la même année, la radio VOA a contacté Rwanda Academy of Language and Culture (RALC) sur le même sujet : on leur a répondu que la famille de Rujindiri devait s’adresser à la branche de la ‘’Propriété intellectuelle’’ de RDB pour résoudre leur problème.
On peut l’affirmer: la fille de Rujindiri ne devrait pas avoir à vivre dans le besoin en considération des revenus que les chansons de son père génèrent. L’État devrait se préoccuper de leur situation et les aider à recevoir leur dû. Car s’est assurément une fierté d’avoir un père talentueux comme Rujindiri qui a marqué l’histoire du Rwanda et de toute la région des Grands-lacs par son interprétation inégalée d’ ‘’inanga’’. Sa famille est assise sur une mine d’or mais ce d’autres qui en profitent. Considérant les difficultés administratives les empêchant de réclamer ce qui leur revient de droit, RALC devrait effectuer les démarches auprès de RDB en leur nom. Ce serait une façon de remercier Rujindiri pour tout ce qu’il a accompli pour notre pays grâce à son talent dont certains tirent encore indûment des bénéfices pécuniaires.
Rendons hommage à cette légende qu’est Rujindiri Bernard ayant su mettre en valeur la musicalité de l’inanga. Ce maître incontesté de l’Inanga a réussi à créer des émotions et des frissons chez ses auditeurs avec une énergie sans nulle comparaison en montrant qu’on peut maîtriser un instrument de musique et en faire quelque chose de formidable. Un musicien surdoué comme Rujindiri a poussé le maniement de l’Inanga à son plus haut niveau. Un autre fils du Rwanda qui entre au grand panthéon des musiciens du Rwanda.
Rujindiri Bernard, yubahwe.

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