30e Anniversaire de la Libération du Rwanda : Entre Commémoration et Controverses

Le jeudi 4 juillet 2024, le Rwanda a célébré le 30e anniversaire de la « libération » lors d’une cérémonie qui s’est tenue au stade Amahoro à Kigali, récemment rénové après deux ans de travaux. Les festivités ont débuté par un défilé militaire, reflétant l’importance symbolique de cette journée pour le régime rwandais.

Les célébrations ont principalement attiré les habitants de la capitale, Kigali, venus de tous les quartiers. Parmi eux, certains ont exprimé à La Voix de l’Amérique leur perception de cette journée comme une renaissance, tandis que d’autres ont souligné les défis persistants pour améliorer la qualité de vie des Rwandais.

Dans son discours, le président Paul Kagame a affirmé que le Rwanda est en paix et le restera quelles que soient les circonstances. Il a rappelé que la paix est un choix fait par les Rwandais eux-mêmes, insistant sur l’importance de vivre en harmonie. Ce discours intervient dans un contexte de tensions persistantes avec les pays voisins, la République Démocratique du Congo et le Burundi.

Kagame a aussi mis en avant les avancées en matière d’infrastructures, citant le stade Amahoro rénové comme symbole de progrès, et a souligné l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Il a insisté sur le fait que le gouvernement œuvre pour tous, sans discrimination, et que la politique ne doit pas être un outil de division ou de violence.

Cependant, les opposants politiques accusent Paul Kagame et son parti au pouvoir de ne pas tolérer la dissidence, d’exclure ceux qui ne partagent pas leur vision et de les maltraiter. Dans son discours, Kagame a également évoqué les détracteurs à l’étranger qui, selon lui, tentent de perturber les efforts du Rwanda, mais il a affirmé que ces forces ne réussiraient pas.

Kagame, qui se représente pour un quatrième mandat, a exhorté la jeunesse, qu’il qualifie de « génération de la libération », à poursuivre les efforts entamés il y a 30 ans. Il a déclaré : « Les jeunes, en particulier ceux nés ces 30 dernières années, ce pays est le vôtre. Protégez-le et faites-le prospérer. Nous avons commencé ce travail il y a 30 ans, et nous comptons sur vous pour continuer. »

Il a encouragé les jeunes à s’exprimer, à participer et à apprécier les efforts déployés, des valeurs qu’il considère essentielles pour les générations futures de Rwandais. Il a conclu en affirmant que la véritable libération commence lorsque les bruits des armes se taisent.

Lors de cette journée, La Voix de l’Amérique a recueilli des témoignages à l’extérieur des célébrations officielles. Un résident de Nyamirambo, un quartier de Kigali, a exprimé son ignorance des événements historiques, illustrant le décalage entre les commémorations officielles et la réalité vécue par certains citoyens. D’autres, réunis autour d’un cordonnier réparant des chaussures usées, ont partagé leur connaissance limitée de cette journée historique, tout en soulignant les difficultés économiques persistantes.

Victoire Ingabire Umuhoza, politicienne de l’opposition et leader du parti non reconnu DALFA-Umulinzi, n’a pas assisté à la cérémonie, invoquant des contraintes horaires difficiles pour les citoyens invités au stade Amahoro. Elle a suivi les événements à la télévision et sur les réseaux sociaux. Bien qu’elle reconnaisse l’importance historique de cette journée, elle critique Kagame pour avoir davantage adressé son discours aux étrangers qu’aux Rwandais.

Ingabire partage l’avis du président sur la nécessité de la paix sans recours à la violence, mais souligne que certains objectifs de libération fixés par le FPR Inkotanyi n’ont pas encore été atteints. Ingabire accuse Kagame de ne pas résoudre le problème des personnes menant des activités politiques en exil et de ne pas permettre à ceux qui sont au pays, comme son parti DALFA-Umulinzi, de mener des activités politiques au Rwanda. Selon Ingabire, aucune solution politique ne sera trouvée tant que le problème des réfugiés à l’étranger ne sera pas résolu. Elle appelle le gouvernement rwandais à prendre l’initiative d’engager des discussions avec les Rwandais en exil afin que, après 62 ans d’indépendance, aucun Rwandais ne soit considéré comme un ennemi du pays. Elle estime que le président Kagame devrait encourager la jeunesse à rechercher la paix plutôt qu’à se battre.