RDC-Rwanda : Comment Kigali instrumentalise le génocide pour étouffer les voix dénonçant ses crimes à l’est de la RDC

Par Ben Barugahare

L’artiste congolais GIMS

Le 7 avril 2025, un concert intitulé « Solidarité Congo, soutien aux enfants victimes du conflit à l’est du Congo » est prévu à Paris. Cet événement, destiné à attirer l’attention sur les atrocités commises dans l’est de la RDC, fait l’objet d’une vive opposition de la part de la Communauté Rwandaise de France (CRF), une association proche de Kigali. Sous couvert de défendre la mémoire du génocide contre les Tutsis, la CRF demande à la maire de Paris de reporter le concert, arguant que la date coïncide avec la journée internationale de commémoration du génocide.

Cette demande n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une stratégie systématique du régime de Paul Kagame visant à instrumentaliser le génocide pour museler toute voix critique. Depuis des années, Kigali utilise la mémoire du génocide comme un bouclier pour intimider la communauté internationale, les opposants politiques et même ses voisins. Quiconque ose critiquer le régime ou évoquer son implication dans les crimes commis à l’est de la RDC est aussitôt accusé de banaliser le génocide ou d’encourager la haine contre les Tutsis. Cette tactique permet à Kagame de détourner l’attention des crimes du M23, un groupe armé soutenu par Kigali qui sévit en RDC sous le prétexte fallacieux de défendre les Tutsis congolais. En réalité, le M23 poursuit un agenda caché : faciliter le pillage systématique des ressources naturelles congolaises au profit du régime rwandais.

La lettre de la CRF fait également référence à l’artiste GIMS, tête d’affiche du concert, accusé d’inciter à la haine contre les Tutsis. Cet argument semble davantage relever d’une tentative de discréditer l’événement que d’une préoccupation sincère pour la mémoire des victimes. Le but est clair : empêcher que le concert ne devienne une tribune pour dénoncer les exactions rwandaises en RDC et briser l’omerta autour des crimes du M23.

Cette instrumentalisation du génocide s’accompagne d’une stratégie de communication bien rodée, financée par des fonds importants provenant d’aides internationales et d’une dette croissante. Alors que Kigali se targue d’être un modèle de réussite économique dans la région, cette prospérité de façade masque une réalité plus sombre. Une grande partie du budget rwandais dépend des ressources pillées en RDC et des aides étrangères. Incapable de survivre économiquement sans ces ressources, Kagame a recours à des campagnes de lobbying agressives pour maintenir son image à l’étranger et échapper aux sanctions internationales.

Le choix du 7 avril comme date de ce concert est hautement symbolique. Alors que le monde s’apprête à commémorer le génocide contre les Tutsis, il apparaît clairement que Kigali cherche à monopoliser cette mémoire pour faire taire les dénonciations de ses propres crimes. Cette stratégie du régime rwandais démontre à quel point Kagame redoute que la vérité sur ses agissements en RDC ne finisse par éclater au grand jour.

En utilisant le génocide comme outil d’intimidation, Kigali tente non seulement de réduire au silence les opposants, mais aussi d’étouffer toute tentative d’enquête internationale sur ses crimes. Cette politique de la peur vise à imposer une chape de plomb sur la région des Grands Lacs et à perpétuer l’impunité dont jouit le régime depuis des décennies. Toutefois, à mesure que les voix s’élèvent pour dénoncer ces manipulations, il devient de plus en plus difficile pour Kagame de maintenir son masque de dirigeant modèle et de détourner l’attention de ses ambitions expansionnistes en RDC.