L’Angola pousse Kinshasa vers des pourparlers direct avec le M23

Par Frank Steven Ruta

Angola pousse Kinshasa vers des pourparlers avec le M23 sous pression régionale

Le gouvernement angolais a annoncé son intention de négocier avec le groupe armé M23 en vue d’établir un dialogue direct avec les autorités de la République démocratique du Congo (RDC). Cette initiative intervient dans un contexte de pressions croissantes sur Kinshasa, alors que le président Félix Tshisekedi a maintes fois réaffirmé son refus catégorique de dialoguer avec ce mouvement, qualifié par lui de groupe terroriste et instrument du Rwanda.

Tina Salama, porte-parole du président Tshisekedi, a réagi avec prudence à l’annonce angolaise, déclarant sur le réseau social X que Luanda allait entreprendre “des actions en lien avec la médiation”. Elle a ajouté que Kinshasa attendait de voir comment cette démarche allait être mise en œuvre.

Cette déclaration intervient après une visite éclair du président Tshisekedi en Angola, où il s’est entretenu en tête-à-tête avec son homologue João Lourenço. Ce dernier, qui joue le rôle de médiateur dans la crise entre la RDC et le Rwanda depuis plusieurs années, avait récemment fait savoir qu’il comptait se retirer de cette mission afin de se concentrer sur ses nouvelles responsabilités à la tête de l’Union africaine.

Depuis des mois, les pourparlers entre Kinshasa et Kigali sont au point mort, notamment en raison du refus du président Tshisekedi de reconnaître le M23 comme un interlocuteur légitime. Cette position a bloqué à plusieurs reprises les efforts de paix engagés dans le cadre des processus de Luanda et de Nairobi.

Pendant ce temps, la pression internationale s’intensifie. L’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne et plusieurs États occidentaux ont exhorté le Rwanda à retirer ses troupes de l’est de la RDC, où elles sont accusées de soutenir activement le M23. De leur côté, les organisations régionales africaines telles que la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont demandé à Kinshasa d’engager des pourparlers avec le groupe rebelle.

Le M23, qui se présente comme un mouvement de défense des droits des Tutsis congolais, revendique un dialogue avec Kinshasa tout en poursuivant son avancée militaire. Derrière cette façade, le groupe sert en réalité de bras armé au régime de Paul Kagame, poursuivant un agenda qui va bien au-delà des revendications identitaires et qui vise à assurer à Kigali un contrôle stratégique sur les ressources minières de l’est congolais.

Les précédents accords de cessez-le-feu, signés sous l’égide de l’Angola, ont échoué à maintes reprises, chaque camp accusant l’autre de ne pas respecter les engagements pris. L’annonce d’un éventuel dialogue direct à Luanda pourrait donc être perçue comme une avancée. Cependant, les précédents historiques montrent que l’écart entre les accords négociés sur la scène diplomatique et leur mise en œuvre sur le terrain demeure un obstacle majeur à toute solution durable.

Dans ce contexte, la RDC se retrouve dans une position délicate. En acceptant d’entamer des discussions avec le M23, Kinshasa risque d’être perçu comme cédant à la pression internationale et reconnaissant implicitement la légitimité du groupe. En revanche, un refus catégorique pourrait prolonger indéfiniment le conflit, au détriment des populations civiles qui continuent de payer le prix des ambitions géopolitiques de Kigali et des guerres par procuration que mène le régime de Paul Kagame dans la région.