RDC-Ouganda : Kabila en quête d’un rôle dans la crise congolaise

Par Frank Steven Ruta

Joseph Kabila a récemment effectué une visite discrète à Kampala, à l’invitation du président ougandais Yoweri Museveni. Ce déplacement, survenu à la mi-mars, a coïncidé avec la présence de Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et aujourd’hui à la tête de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), un groupe politique suspecté d’être proche des rebelles du M23. Selon un article publié par Africa Intelligence le 18 mars 2025, Kinshasa s’inquiète depuis plusieurs semaines des liens entre ces acteurs et leurs implications potentielles dans la crise sécuritaire en RDC.

Le gouvernement de Félix Tshisekedi suit de près les mouvements de l’ancien président congolais, qu’il soupçonne de jouer un rôle dans l’insurrection du M23 à l’est du pays. Depuis son départ du pouvoir en 2019, Kabila s’est tenu à l’écart de la scène politique, mais son exil postélectoral de 2023 semble prendre fin. Son séjour à Kampala, avant de rejoindre Nairobi où il possède une résidence, renforce les spéculations sur son implication dans les affaires politiques et sécuritaires congolaises.

Les détails de ses entretiens à Kampala restent flous, mais Africa Intelligence rapporte que des sources proches de l’ancien chef d’État affirment qu’il aurait discuté de la situation politique et sécuritaire de la RDC avec Museveni. Ce dernier joue un rôle central dans la dynamique régionale et a, par le passé, été accusé de soutenir le M23, notamment en offrant un refuge à ses dirigeants.

Le séjour simultané de Corneille Nangaa dans la capitale ougandaise alimente les soupçons. Leader de l’AFC et perçu comme le porte-voix politique du M23, Nangaa n’a jamais totalement rompu ses liens avec Kabila. Si leur rencontre à Kampala n’a pas été confirmée, Kinshasa craint un rapprochement entre les anciens alliés, qui pourrait renforcer la position du M23 dans le conflit en cours.

L’Ouganda, historiquement accusé d’abriter des chefs rebelles, reste une plaque tournante pour le M23. Africa Intelligence souligne que son leader militaire, Sultani Makenga, y a longtemps trouvé refuge et y aurait même installé des membres de sa famille. Cette proximité alimente les tensions avec Kinshasa, qui soupçonne Kampala de jouer un double jeu.

Malgré une coopération officielle entre l’Ouganda et la RDC dans la lutte contre les Forces démocratiques alliées (ADF), la méfiance règne. Fin février, le général Christian Ndaywel, chef d’état-major des forces terrestres congolaises, s’est rendu à Bunia pour discuter avec ses homologues ougandais. La rencontre aurait été marquée par des tensions, notamment en raison de l’absence de certains hauts gradés ougandais.

Cette situation illustre les difficultés persistantes entre Kinshasa et Kampala, où la présence des rebelles et les intérêts politiques et économiques s’entremêlent. Alors que Tshisekedi peine à contenir l’insécurité, Kabila semble vouloir se repositionner comme un acteur incontournable du paysage congolais. Son message, exprimé récemment dans une tribune publiée par le South African Sunday Times et lors d’une interview à la télévision namibienne NBC News, est clair : il se dit prêt à « servir le pays».

Reste à savoir si ce retour sur la scène politique est une tentative sincère de contribuer à la stabilisation du pays ou une manœuvre pour retrouver une influence perdue.