RDC: l’armée congolaise bombarde l’aérodrome de Walikale-centre et détruit un avion utilisé par les rebelles

Par Marc Matabaro

Walikale, 27 mars 2025 – Quelques heures après la publication d’un communiqué des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dénonçant la poursuite des offensives du M23/AFC et de l’armée rwandaise en dépit de l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral, une frappe aérienne a visé ce jeudi matin l’aérodrome de Kigoma à Walikale-centre. Selon plusieurs sources locales, un aéronef utilisé pour ravitailler les rebelles a été détruit, de même qu’un véhicule stationné sur le site.

Les frappes ont été menées en deux temps : d’abord par un drone, puis par un avion de chasse Sukhoï-25, aux alentours de 10 heures. L’aéronef ciblé, qui venait d’atterrir, assurait depuis plusieurs jours des navettes entre les positions rebelles pour acheminer hommes et matériel, en soutien aux forces du M23/AFC et des forces rwandaises, présents à Walikale depuis la chute de la cité aux mains des rebelles la semaine dernière.

Selon une source présente dans la zone, « l’avion s’apprêtait à décoller lorsqu’il a été surpris par des tirs de drone, suivis par des frappes de l’avion Soukhoï. Un véhicule a également été détruit à côté de l’aéronef ». Bien que le bilan humain ne soit pas encore connu, plusieurs témoins évoquent des pertes matérielles importantes. Il s’agit de la seconde frappe sur cet aérodrome, déjà ciblé samedi dernier, au lendemain de l’arrivée de ce même avion.

Ces frappes interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Dans un communiqué daté du 26 mars (n°10), le général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC, dénonçait la poursuite du renforcement des positions rebelles à Walikale, Walungu, Minembwe et Fizi, malgré les déclarations du M23/AFC annonçant leur redéploiement. Les FARDC affirmaient alors s’abstenir d’initiatives offensives afin de donner une chance aux processus de paix, mais se réservaient le droit de réagir pour protéger les populations.

Le mouvement rebelle avait en effet déclaré, le 23 mars, vouloir « repositionner » ses forces pour permettre l’apaisement, une annonce saluée par Kigali. Toutefois, sur le terrain, les FARDC affirment constater un renforcement logistique des rebelles. Selon les autorités militaires congolaises, ces renforts ont transité exclusivement par voie aérienne en raison de l’enclavement de la zone.

Ce jeudi 27 mars, alors que la situation sur le terrain s’envenime, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit à New York pour une session consacrée à la situation en RDC. Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, présentera un rapport couvrant les événements depuis fin novembre 2024. L’Angola, la RDC et le Rwanda seront présents à cette réunion. Kigali sera représenté par son ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe.

Sur le terrain, la tension demeure palpable. Selon des sources sécuritaires, les FARDC ont également renforcé leur présence dans les localités de Boboro (à 24 km de Walikale) et Biruwe, où une base militaire constitue désormais un point stratégique avancé. L’activité du drone congolais a été signalée toute la matinée dans les environs de Walikale, marquant une présence militaire soutenue.

Jusqu’à l’heure actuelle, ni les FARDC ni le M23/AFC n’ont publié de communication officielle à la suite des frappes de ce 27 mars. Cependant, les images et témoignages recueillis sur place tendent à confirmer la destruction de l’aéronef, considéré comme un maillon essentiel de la logistique rebelle.