L’ancien président congolais Joseph Kabila a annoncé son intention de retourner prochainement en République démocratique du Congo, en commençant par l’Est du pays. L’information, confirmée par RFI et Jeune Afrique, suscite de nombreuses interrogations sur ses motivations réelles et les conséquences politiques de ce retour.
Après cinq ans de silence, Kabila était brièvement réapparu dans les médias en février dernier, dénonçant une situation sécuritaire explosive et une crise généralisée dans les institutions du pays. Dans une déclaration écrite, il affirme vouloir contribuer à la recherche de solutions.
Ce retour intervient alors que le Qatar tente de relancer des pourparlers entre le gouvernement de Kinshasa et le mouvement rebelle M23, soutenu par l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, un ancien proche de Kabila. Kinshasa accuse d’ailleurs l’ex-président d’être l’un des soutiens occultes de ce groupe armé.
Félix Tshisekedi, son successeur à la tête de l’État depuis 2019, a récemment déclaré que « Kabila est le véritable cerveau derrière l’insécurité actuelle ». Ce dernier a rejeté ces accusations, assurant que s’il soutenait effectivement le M23, la situation serait « bien différente ».
Officiellement, Kabila avait quitté le pays après les élections de décembre 2023 pour des raisons académiques à Johannesburg. Mais ses déplacements à l’étranger ont toujours suscité la méfiance du régime Tshisekedi, notamment en raison de ses liens présumés avec les chefs rebelles.
L’annonce de son retour agite la classe politique congolaise. Kabila conserve un poids considérable, surtout dans sa région du Katanga, mais pourrait aussi se diriger vers le Nord-Kivu, en zone partiellement contrôlée par le M23. Pour Olivier Kamitatu, porte-parole de l’opposant Moïse Katumbi, le choix de revenir dans l’Est n’est pas anodin. Il y voit un message politique fort.
Si Kabila venait à afficher son soutien à l’AFC/M23, cela fragiliserait les efforts de paix en cours. Cela donnerait aussi du crédit aux accusations de Kinshasa, qui le tient pour responsable de la résurgence du conflit dans l’Est. À l’inverse, s’il adopte une posture de médiateur, son influence pourrait favoriser un rapprochement entre les rebelles et le gouvernement.
Des analystes rappellent qu’un accord politique secret aurait lié Tshisekedi à Kabila lors du transfert de pouvoir en 2019, mais que cet accord aurait été rompu. Corneille Nangaa, aujourd’hui dans le camp rebelle, l’a confirmé, ce que dément catégoriquement le camp présidentiel.
Le retour de Kabila pourrait donc reconfigurer les équilibres politiques en RDC. Reste à savoir s’il entend relancer sa carrière, jouer un rôle d’arbitre ou appuyer un nouveau projet politique. Son choix d’atterrir à l’Est en dit long, mais son véritable objectif reste, pour l’instant, entouré de mystère.


























































