Bruxelles, 24 avril 2025 — Dans un climat régional tendu, le Mouvement Rwandais pour le Changement Démocratique (MRCD-Ubumwe) a pris la parole depuis la capitale belge pour exprimer sa profonde inquiétude face au discours du président rwandais Paul Kagame, prononcé lors de la 31ᵉ commémoration du génocide contre les Tutsi.
Depuis son siège européen, Paul Rusesabagina, président du MRCD et figure internationale de l’opposition rwandaise, a signé une déclaration dans laquelle il dénonce un message présidentiel jugé “outrancier” et inadapté aux exigences de mémoire et de réconciliation. Le discours du chef de l’État rwandais, prononcé le 7 avril à Kigali, aurait, selon le mouvement, ravivé les traumatismes au lieu de les apaiser.
« Ce discours, loin de panser les blessures, a exacerbé la peur parmi les Rwandais », estime le MRCD. L’organisation accuse Paul Kagame de s’être servi de cette tribune mémorielle pour appeler la population à se mobiliser derrière lui contre la Communauté internationale, qu’il accuse désormais d’isolement et de sanctions injustes à l’égard du Rwanda.
Depuis plusieurs mois, Kigali fait face à un durcissement des relations diplomatiques, notamment avec les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne. Une dynamique sanctionnée par la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en février dernier, exigeant le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Dans sa déclaration, le MRCD souligne également que la politique étrangère rwandaise actuelle repose, selon lui, sur une logique d’agression et d’exploitation illégale des ressources naturelles en République démocratique du Congo (RDC), sous couvert de soutien à des groupes armés comme le M23. Plusieurs rapports indépendants, cités par l’organisation, dénoncent des violations graves des droits humains dans les zones sous contrôle rebelle.
Le ton du discours présidentiel du 7 avril, marqué par des expressions telles que “Go to hell”, a particulièrement choqué l’opposition. Pour le MRCD, ces propos traduisent “la frustration d’un régime de plus en plus isolé” et un mépris des principes de droit international.
Au-delà du contexte régional, l’organisation critique la gestion interne du pouvoir à Kigali. Elle dénonce un régime “dictatorial”, indifférent à la réconciliation nationale, concentrant les richesses entre les mains d’une élite, au détriment de la majorité des Rwandais. La suspension récente de plusieurs projets de coopération internationale, pourtant destinés aux populations les plus pauvres, en serait une illustration concrète.
À Bruxelles, Paul Rusesabagina, qui a repris ses activités politiques après sa libération en 2023, appelle à un sursaut démocratique. L’ancien héros de l’Hôtel des Mille Collines, connu pour avoir protégé plus d’un millier de personnes pendant le génocide de 1994, exhorte les forces vives rwandaises à se mobiliser pour un changement pacifique, soutenu par la communauté internationale.
« Plus jamais de génocide », martèle la déclaration du MRCD, qui insiste sur la nécessité d’une commémoration inclusive, du rejet de l’agression contre la RDC, et du soutien aux processus de Nairobi et de Luanda pour ramener la paix dans la région.


























































