Madame Victoire Ingabire Umuhoza, femme politique rwandaise, est l’une des fondatrices du parti FDU-Inkingi, qu’elle a dirigé de 2006 à 2019. Figure emblématique de la lutte pour la démocratie au Rwanda, elle s’était présentée à l’élection présidentielle de 2010, mais n’avait pas pu y participer en raison des nombreux obstacles érigés contre sa candidature. Cette exclusion avait d’ailleurs marqué le début d’une longue période d’épreuves : elle fut arrêtée, jugée et condamnée à 15 ans de prison, qu’elle purgea en grande partie à la prison centrale de Kigali. Après huit années d’incarcération, elle fut libérée en 2018 grâce à une grâce présidentielle.
En 2024, la justice rwandaise a rejeté sa requête en réhabilitation, qui lui aurait permis de se présenter à la présidentielle de juillet de la même année. Une décision interprétée par de nombreux observateurs comme une preuve supplémentaire du manque d’indépendance du pouvoir judiciaire et de la mainmise du président Paul Kagame sur toutes les institutions du pays.
Depuis sa libération, Mme Ingabire dirige le parti d’opposition DALFA–Umurinzi et continue de plaider pour la liberté, la justice et la réconciliation nationale. Cependant, le 19 juin 2025, elle a de nouveau été convoquée par la justice dans une affaire concernant des personnes accusées d’avoir lu un livre intitulé « Comment renverser un dictateur sans prendre les armes ». À l’issue de cette convocation, elle a été arrêtée et placée en détention.
Son arrestation a été largement condamnée, car elle symbolise une fois encore la répression systématique de la dissidence politique au Rwanda. Lire un livre ou regarder un film ne saurait constituer une infraction, encore moins une tentative de renversement de l’État. Le droit rwandais, tout comme les principes universels de justice, ne reconnaît pas le délit d’« opinion » ou les « crimes hypothétiques ». Un juge doit statuer sur des faits, non sur des suppositions ou des idées.
Victoire Ingabire, lauréate de plusieurs distinctions internationales, est aujourd’hui perçue par beaucoup de Rwandais comme une voix courageuse et porteuse d’espoir. C’est d’ailleurs pour cette raison que son arrestation a suscité des manifestations pacifiques dans plusieurs capitales, notamment Bruxelles, Paris et Londres, où des citoyens et organisations de défense des droits humains ont exigé sa libération immédiate et dénoncé le musellement de l’opposition au Rwanda.
Cette nouvelle arrestation montre à quel point la démocratie reste fragile au Rwanda, où critiquer le pouvoir revient encore à risquer sa liberté.

























































