
Bruxelles, le 7 juin 2025 — Une cérémonie de commémoration s’est tenue ce dimanche à l’église Saint-Guidon à Anderlecht (Bruxelles), en hommage à plusieurs figures de l’opposition rwandaise assassinées, notamment le Colonel Patrick Karegeya, Stanley Safari, Bamporiki Seif, ainsi que d’autres militants critiques du régime.
L’événement, organisé par le Rwanda National Congress (RNC), visait à honorer leur mémoire et rappeler leur combat pour un Rwanda démocratique et inclusif.
La commémoration a débuté par une messe célébrée par le prêtre Athanase Mutarambirwa, suivie d’une séance de témoignages et d’échanges. Parmi les intervenants figuraient Ali Abdulkarim (vice- coordinateur du RNC), Yvan Kigenza (coordinateur Royaume-Uni), Alexis Rudasingwa (RNC Bruxelles), et Placide Kayumba (FDU-Inkingi, Belgique).
Des figures emblématiques assassinées
• Patrick Karegeya, ancien chef du renseignement extérieur et cofondateur du RNC, a été retrouvé étranglé dans un hôtel de Johannesburg en 2013. Si le gouvernement rwandais a officiellement nié toute implication, les soupçons ont été renforcés par une déclaration du président Paul Kagame, qui a affirmé lors d’un discours officiel:
« Le Rwanda n’a pas tué cette personne — c’est un grand NON. Mais j’ajoute ceci : je souhaiterais vraiment que le Rwanda l’ait fait. Vraiment je le souhaiterais. »
Cette déclaration a provoqué un tollé international, perçue comme une validation implicite de l’assassinat, sinon une revendication déguisée.
• Stanley Safari et Bamporiki Seif, tous deux militants du RNC, ont également perdu la vie dans des circonstances suspectes, notamment en Afrique du Sud, pays devenu un terrain sensible pour les exilés politiques rwandais. Seif, jeune coordinateur du RNC en Afrique australe, est considéré comme victime d’un assassinat ciblé.

Frank Ruhinda, frère de Karegeya, a salué le RNC pour avoir organisé une commémoration inclusive et sans distinction. Il a dénoncé les divisions ethniques instrumentalisées par le régime de Kigali, appelant à une réconciliation sincère et à une mémoire collective :
« Qui s’est réconcilié avec qui, si certains ont le droit de pleurer leurs morts, et d’autres non? »
Victor Safari, fils de Stanley Safari, a rendu un hommage personnel à son père, saluant son humanité, son ouverture et son rejet de toute forme de discrimination. Il a souligné que le véritable obstacle au changement au Rwanda est le refus d’affronter la vérité, aussi amère soit-elle.
Ali Abdulkarim a rappelé que la mémoire des victimes ne devait pas se limiter aux seuls membres du RNC, mais inclure toutes les voix réduites au silence, quelles que soient leurs appartenances. Il a insisté sur la nécessité de reconnaître leur sacrifice comme une étape dans la lutte pour une société rwandaise plus juste et plus unie.

Depuis la fin du génocide en 1994, le Front Patriotique Rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, est au pouvoir. S’il est crédité de la reconstruction économique du pays, son régime est régulièrement accusé de répression systématique, d’assassinats politiques, et de poursuites contre les opposants à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. La déclaration du président Kagame sur Karegeya n’a fait que renforcer les inquiétudes des défenseurs des droits humains et la méfiance de la communauté internationale.
La commémoration s’est conclue sur un appel fort à l’unité et à la solidarité au sein de l’opposition rwandaise.
«Le moment est venu d’imaginer un nouveau Rwanda», a déclaré Frank Ruhinda. «Mais chacun doit se poser cette question : suis-je prêt à en être digne?»



























































