Le Rwanda et l’Union Européenne : Une Impasse sur la Nomination d’un Envoyé Spécial pour la Région des Grands Lacs

Le Président Kagame et Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne

En juin 2024, le Rwanda a réussi à bloquer la nomination de Bernard Quintin, un diplomate belge, comme représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs. Ce blocage s’inscrit dans un contexte de relations tendues entre Kigali et Bruxelles, exacerbées par les critiques belges sur l’ingérence rwandaise en République démocratique du Congo (RDC).

Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, devait initialement nommer ce représentant spécial mi-juin. Cependant, face à l’opposition du président rwandais Paul Kagame, qui a exprimé son désaccord dès avril lors d’une conversation téléphonique avec Emmanuel Macron, la procédure a été prolongée jusqu’au 5 juillet. Un e-mail informant les États membres de ce report a été envoyé le 14 juin, et la question sera abordée lors du conseil des ministres des affaires étrangères européens le 23 juin à Luxembourg.

L’opposition de Kigali s’explique en grande partie par les tensions historiques entre la Belgique et le Rwanda, particulièrement en ce qui concerne l’implication belge en RDC, où le Rwanda est militairement engagé auprès des rebelles du M23. En 2023, la Belgique avait refusé l’agrément de Vincent Karega, choisi par Kigali comme ambassadeur à Bruxelles, ce qui a encore aggravé les relations entre les deux pays.

Le processus de sélection pour le représentant spécial a été critiqué pour son manque de transparence et d’efficacité. Plusieurs sources diplomatiques à Bruxelles ont exprimé leur frustration face à la capacité du Rwanda à influencer une décision interne de l’UE, un acte perçu comme une atteinte à la souveraineté diplomatique de l’Union. Un diplomate européen a déclaré que « laisser un pays tiers dicter notre conduite envoie un très mauvais message ».

La situation souligne les difficultés de l’UE à maintenir une position unifiée et efficace face aux défis diplomatiques complexes de la région des Grands Lacs. L’échec de cette nomination est perçu comme une humiliation et un signal de faiblesse, nécessitant une réévaluation des procédures de sélection et de la manière dont l’UE gère ses relations avec les acteurs régionaux influents comme le Rwanda.

Les relations entre l’UE et le Rwanda, bien que marquées par des coopérations dans divers domaines comme la sécurité régionale et le développement économique, restent fragiles et sujettes à des tensions récurrentes. Le blocage de cette nomination illustre les défis persistants et les contradictions inhérentes aux relations de l’UE avec des régimes autoritaires.