Rwanda-Pays-Bas : Devons-nous cacher nos enfants ?

Alfred Gasana

Le 12 juin 2024, Alfred Gasana a été proposé comme ambassadeur du Rwanda aux Pays-Bas. Cette nomination suscite d’importantes préoccupations parmi les observateurs des droits de l’homme. Les critiques du régime de Kagame vivant aux Pays-Bas sont particulièrement inquiets, craignant le passé criminel de Gasana marqué par des actes de violence et d’intimidation.

Le 18 juin 2024, la Commission des affaires étrangères, de la coopération et de la sécurité a tenu une audience avec Alfred Gasana pour examiner son dossier. Les rapports de la Commission ont ensuite été soumis à l’Assemblée plénière du Sénat rwandais.

Le 20 juin 2024, l’Assemblée plénière du Sénat rwandais a approuvé Alfred Gasana en tant qu’ambassadeur du Rwanda aux Pays-Bas. Les sénateurs ont validé sa nomination après avoir examiné le rapport de la Commission des affaires étrangères, de la coopération et de la sécurité, qui soulignait que son dossier montrait qu’il possédait l’expérience nécessaire pour remplir ses fonctions.

Né dans la région de Ndiza, dans le centre du Rwanda, dans la préfecture de Gitarama, Alfred Gasana a occupé plusieurs postes clés tout au long de sa carrière. Il a été maire de la commune de Nyakabanda dans la préfecture de Gitarama de 1997 à 2001, période au cours de laquelle il aurait joué un rôle significatif dans les massacres de civils hutus pendant la guerre dite des « insurgés ». Entre 2001 et 2003, il a dirigé la région de Ndiza, unifiant les communes de Nyakabanda, Nyabikenke et Buringa. En 2003, Gasana est entré au Parlement en tant que député du parti FPR-Inkotanyi et a présidé la Commission politique.

La carrière de Gasana est marquée par des accusations graves. De 2011 à 2021, il a été directeur général de la sécurité intérieure au sein des Services nationaux de renseignement et de sécurité (NISS). Pendant cette période, de nombreuses personnes ont été tuées ou portées disparues, y compris Augustin Habimana, ancien représentant du Rwanda au Burundi, qui a disparu en mai 2013 alors qu’il se trouvait à Kigali. Habimana, qui avait également dirigé les services de renseignement intérieur avant d’être nommé ambassadeur au Burundi, aurait été ramené au Rwanda par Alfred Gasana après avoir fui au Kenya. Depuis lors, Habimana est porté disparu.

Un autre incident impliquant Alfred Gasana concerne Aphrodice Matuje, qui a disparu il y a deux ans après avoir passé trois ans en détention dans un camp militaire à Kami, en périphérie de Kigali. Dans une vidéo publiée sur YouTube avant sa disparition, Matuje avait exprimé des inquiétudes pour sa sécurité, affirmant que son domicile était entouré par des agents de sécurité et qu’il avait refusé une demande d’Alfred Gasana de surveiller les opposants politiques. Matuje n’a pas été vu depuis.

Il est particulièrement préoccupant de noter qu’Alfred Gasana n’hésite pas à s’en prendre aux enfants. Aphrodice Matuje, dans ses interviews avec le journal Umurabyo et dans une vidéo envoyée avant sa disparition, a raconté comment il avait été détenu avec ses jeunes enfants de moins de 5 ans dans une cave de la police à Remera, connue sous le nom de Metropolitan, pendant plus d’un mois. Rappelons que c’est dans cette même station de la police métropolitaine que le chanteur Kizito Mihigo a été tué en 2020.

Le cas le plus tragique concerne deux enfants qui ont été tués dans le village de Kavune, cellule de Ninzi, secteur de Kagano dans le district de Nyamasheke. Leurs corps ont été retrouvés sur les rives du lac Kivu à 11 heures du matin le 6 janvier 2020. Ces enfants étaient Murasa Valentin, 9 ans, élève en troisième année à l’école primaire Saint Nicolas de Nyamasheke, et son jeune frère Iganze Ntwali Shalom, 6 ans, élève en première année dans la même école.

Les parents de ces enfants sont Dusenge Jeannette et Nzeyimana Zacharie. Zacharie avait été enlevé en 2019 et détenu à Kami pendant près de trois ans avant d’être libéré en 2021. Nzeyimana Zacharie, qui travaillait en indépendant et possédait une pharmacie à Rusizi, ville de Kamembe, avait été arrêté en plein jour par la police, qui avait affirmé vouloir l’interroger. Depuis, il n’avait plus été vu jusqu’à sa libération en 2021, sans jamais avoir été présenté à la justice, après avoir été informé qu’il avait reçu une grâce présidentielle.

Dusenge Jeannette était responsable des travaux du conseil dans le district de Nyamasheke. Elle avait cherché à connaître le sort de son mari, allant jusqu’à rencontrer le général James Kabarebe, qui lui avait dit : « Rentre chez toi et ne l’attends plus. »

Les meurtres de ces enfants visaient à faire pression sur leur père, Nzeyimana Zacharie, pour qu’il accepte de collaborer avec les services de renseignement dirigés par Alfred Gasana. Les informations fournies par Aphrodice Matuje indiquent que ce cas des habitants détenus à Kami provenait des districts de Nyamasheke et Rusizi était sous la responsabilité d’Alfred Gasana.

Un parent vivant aux Pays-Bas, d’origine rwandaise, a exprimé ses inquiétudes concernant l’arrivée d’Alfred Gasana aux Pays-Bas à notre journal. Il a déclaré : « Comment un homme qui donne des ordres pour tuer des enfants ne serait-il pas effrayant? » Il a poursuivi : « Où allons-nous cacher nos enfants maintenant? » Il a conclu en disant : « Nous allons demander aux autorités néerlandaises de ne pas permettre à Alfred Gasana de devenir ambassadeur ici car il est terrifiant. »

Les inquiétudes des parents rwandais vivant aux Pays-Bas sont compréhensibles, compte tenu des graves accusations qui pèsent sur Alfred Gasana. L’implication de cet homme dans des actes de violence et d’intimidation, y compris contre des enfants, soulève de sérieuses questions sur la sécurité et le bien-être des citoyens rwandais à l’étranger.