Le Président rwandais Paul Kagame n’a pas sa place au sommet du G7 de Biarritz contre des inégalités.

Lettre Ouverte

Emmanuel Macron,
Président de la République Française,
Palais de l’Elysée
55, Rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 Paris, France

Objet :
Le Président rwandais Paul Kagame n’a pas sa place au sommet du G7 de Biarritz contre des inégalités.

Excellence Monsieur le Président, 

La plateforme P5, regroupant 5 organisations politiques de l’opposition rwandaise dont les FDU Inkingi, le PDP Imanzi, le PS Imberakuri, Amahoro Congrès du Peuple et le Congrès National Rwandais (RNC) a appris avec consternation que le Président rwandais Paul Kagame, le plus grand dictateur que le Rwanda ait connu, a été invité à siéger avec les représentants des grandes démocraties du monde pour discuter de la lutte contre les inégalités sociales. Le Président Kagame est parmi les rares chefs d‘état qui se vantent publiquement d’avoir cautionné l’assassinat d’un opposant politique, (cas de son ancien Ministre de l’intérieur Seth Sendashonga assassiné à Nairobi au Kenya), qui appellent les citoyens à se débarrasser physiquement de ceux qui menacent le régime ( voir la déclaration de Paul Kagame faite en janvier 2014 après l’assassinat en Afrique du Sud de son ancien chef de renseignement le Colonel Karegeya), et de déclarer dans un meeting public que non seulement ceux qui menacent son régime seront des cibles de disparitions forcées/involontaires mais aussi qu’ils seront fusillés en pleine journée. 

La situation catastrophique à l’intérieur du Rwanda est actuellement caractérisée par de nombreux faits, largement documentés, d’assassinats, de disparitions forcées et involontaires, d’emprisonnement d’opposants politiques réels ou supposés. Human Rights Watch n’a cessé de dénoncer une longue série de disparitions suspectes, d’arrestations pour des motifs politiques (entre autres les cas suivants: Deo Mushayidi, Dr Christophe Mpozayo, Dr Théoneste Niyitegeka, les membres du FDU-Inkingi, ceux qui PS, les journalistes…)et de détentions illégales au Rwanda, en particulier de personnes soupçonnées d’être des opposants ou des détracteurs du gouvernementdont 7 dans le seul mois d’aout 2019, y compris un membre du parti FDU-Inkingi, Mr Eugene Ndereyimana et un journaliste Mr Constantin Tuyishimire. 

Il est fort interpellant de constater que le régime actuel rwandais, dans sa folie oppressive, n’épargne même pas les victimes du génocide des Tutsi, qu’il se targue pourtant d’avoir sauvés, dès qu’ils osent critiquer les dérives oppressives du système de Kigali.

Le Rwanda est considéré par Freedom House (2018) comme un pays non libre avec un score de 23% en termes de respect de droits fondamentaux et seulement 8/40 en termes de droits politiques et civils. Deux dames qui ont osé briguer le poste de Présidence de la République Madame Victoire Ingabire Umuhoza en 2010 et Mademoiselle Diane Rwigara en 2017 ont été jetées en prison. Le Président s’est fait élire sans concurrence réelle en 2010 avec un score de 93% et en 2017 avec un score 99%, comparable à celui atteint par son prédécesseur le General Major Habyarimana en 1988 et seulement possible en Iraq sous Saddam Hussein et en Corée du Nord. 

Sur le plan purement économique, non seulement l’expérience a démontré que seule une démocratie permet à un pays de bénéficier de toute l’énergie et du talent de ses citoyens, ainsi que des progrès issus de l’innovation que le flux d’idées sans contrainte peut créer mais aussi que le manque de démocratie conduit à la mauvaise allocation des ressources nationales puisqu’elle est dictée par les humeurs des dictateurs. De fait l’économie rwandaise est monopolisée par quelques holdings dont Crystal Ventures et Horizon liés ou appartenant au parti au pouvoir dont le chef d’Etat Paul Kagame est le Président.

En l’absence d’une opposition effective le régime manipule les statistiques comme l’a souligné un article paru dans le Financial Times « Rwanda : where even poverty data must toe Kagame’s line » qui démontre comment le régime dictatorial du Président Kagame manipule les statistiques sur la pauvreté pour des faits politiques. Cette falsification des statistiques avait été exposée par le sénateur Tito Rutaremara dans un débat au Sénat en 2018 ; ceci fit aussi objet des discussions durant le 15ième Sommet de l’administration du Président Paul Kagame la même année.

Par ailleurs même si le miracle économique rwandais n’aurait pas été un mirage (cfr. Kagame’s Economic Mirage) le printemps arabe a démontré que le développement économique en l’absence des droits fondamentaux porte en soi des germes d’instabilité. Les manifestations en Tunisie et en Egypte n’étaient pas dues au manque de progrès économiques, mais plutôt au manque d’espace politique. Malheureusement le miracle économique est un mirage et donc très peu à redistribuer équitablement mais aussi le peu qu’il y a est concentré entrain les mains d’une poignée de gens proche du pouvoir. 

Ainsi une étude sur les causes profondes des violences ethniques menée dans 155 pays de 1946 à 2005, basée sur des avis d’experts de près de 100 spécialistes de pays du monde entier supervisée par le professeur Andreas Wimmer à l’UCLA, a identifié le Rwanda- la Syrie – le Soudan comme les pays où il existe la plus grande exclusion politique et économique dans le monde, qui risque de conduire à une guerre civile. 

Le Rwanda est parmi les 15% des pays au monde ou il y a les plus criantes disparités économiques. Leurs prédictions se sont déjà matérialisées dans les cas de la Syrie et du Soudan. L’invitation du chef de l’Etat rwandais au forum du G7 ne fait que l’encourager à suivre la même la voie qui risque de conduire le pays dans un autre cycle de violence politique. 

Le Rwanda ne peut pas être le meilleur modèle d’égalités entre homme et femmes. Même s’il est louable que la représentation des femmes au Parlement soit la plus élevée du monde, il faut savoir que ces députées sont triées suivant leur allégeance à la ligne du Parti au pouvoir et au chef suprême et ne servent que comme vitrine pour une machinerie diabolique de relations publiques. En effet, celles qui osent briguer la place du chef suprême sont jetées en prison comme furent les cas de Madame Victoire Ingabire Umuhoza en 2010 et de Mademoiselle Diane Rwigara en 2017. Et paradoxalement cette majorité de femmes au parlement s’est faite très silencieuse sur les cas de ces deux dames injustement emprisonnées.

Le Rwanda ne peut pas non plus être un modèle de développent politique et économique pour l’Afrique non seulement à cause de sa répression politique mais aussi parce que sa politique de déstabilisation depuis près d’un quart de siècle a rendu la région, pourtant potentiellement la plus riche d’Afrique, l’une des plus pauvres du monde. Par ailleurs, si l’on corrige les chiffres de croissance annoncés régulièrement, en tenant compte des effets des manipulations statistiques signalées plus haut, des pillages des ressources du Congo  et des aides plutôt gracieuses de la communauté internationale, il est certain que la situation de haut risque pour le Rwanda serait mise en évidence.

L’armée rwandaise est accusée d’avoir créé d’ innombrables mouvements de rébellions, dont le tristement célèbre M23, d’être impliquée dans les massacres de 200.000 réfugiés et dans la mort de millions de congolais, dans l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC (S/2002/1146)ainsi que de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et potentiellement crimes de génocide commis en RDC (mapping report). Le Rwanda est jusqu’à ce jour le plus grand exportateur du Coltan alors qu’il ne figure pas parmi les dix producteurs de ce minerai dans le monde. Or l’on sait que la RDC a les plus grands gisements de ce minerai au monde. Et ceci  explique sans doute cela.

Il est très pénible d’apprendre qu’actuellement cette même armée meurtrière, serait autorisée à revenir sur le territoire Congolais pour, soi-disant, éliminer des forces négatives. Il se dit également que ces militaires qui entreraient actuellement en RDC sont dirigés par les anciens commandants de la rébellion M23 formée et financée par le régime rwandais, responsables des crimes de guerres et des crimes contre l’humanité.

Il sied également de rappeler que le régime de Paul Kagame a, actuellement, maille à partir avec nombre de ses voisins immédiats : Uganda, la République Démocratique du Congo (RDC) et le Burundi. Le gouvernement rwandais a ouvert un conflit ouvert avec l’Uganda en fermant la frontière avec ce pays, ce qui a paralysée le fonctionnement de la Communauté Est Africaine alors que le Président Kagame assure sa présidence. Cette situation entrave sérieusement l’essor économique de la région parmi les plus riches du continent africain. 

Notre plate-forme lutte pour l’instauration d’un véritable système démocratique au Rwanda et la restauration d’une politique de bon voisinage avec un souci de réanimer l’intégration économique régionale.  

Une paix durable dans la région des Grands Lacs passe par la paix et la démocratie au Rwanda dans la mesure où le Rwanda reste l’épicentre de l’instabilité régionale.  Et une paix durable au Rwanda ne sera possible que si le régime de Kigali accepte un dialogue franc avec l’opposition et une véritable ouverture politique. Il ne peut donc pas y avoir un développement économique en Afrique Centrale et de l’Est sans adresser le problème d’exclusion socio-politique et d’impunité, conditions sine qua none pour une paix durable.

Nous considérons donc que l’invitation de Paul Kagame à la réunion du G7 est un mauvais signal que les chefs d’état et de gouvernement, tous issus de pays démocrates, adressent aux dictatures de la région et du monde. Nous considérons qu’il faudrait plutôt une position plus ferme envers des régimes qui veulent écraser leurs peuples, s’approprier l’essentiel des ressources, et se  maintenir au pouvoir contre la volonté de leur peuple ( voir le changement forcé de la constitution rwandaise en 2015 pour permettre à Paul Kagame de régner jusqu’en 2034 !!). Ceci permettrait d’enclencher une dynamique qui tire les systèmes de gouvernance de la région vers le haut et non l’inverse. 

Dans un souci de faire sortir le Rwanda de l’impasse politique dans lequel le régime actuel l’a installé, notre plate-forme politique a formulé le 20 juillet 2018, à l’adresse du Président Paul Kagame, une demande de dialogue, réitérée le 13 novembre 2018. Jusqu’à ce jour, la réponse de Kigali reste une logique de fuite en avant en matière de chasse aux opposants en particulier et des réfugiés un peu partout dans le monde.

Notre plate-forme politique est convaincue que ce n’est qu’avec le soutien des hommes et des femmes de bonne volonté, guidés uniquement par les vrais principes de vérité et de justice, que cette démarche de dialogue pourra aboutir, au bénéfice d’une paix et d’un développement durables dans la région. Le but ultime recherché est d’instaurer un système où les changements de pouvoir s’opèrent désormais dans la paix et non plus dans les bains de sang.

C’est dans cet esprit que nous sollicitons des autorités membres du groupe G7, un soutien à notre démarche de demande de dialogue avec le régime de Kigali. Nous sommes disposés à exposer en détails notre programme politique de sortie de la crise rwandaise et régionale dans des rencontres, à la convenance des personnes habilitées.

En vous remerciant d’avance de l’attention que vous voudrez réserver à la présente, veuillez croire, monsieur le Président, à l’expression de mon profond respect.

Fait à Londres le 19 Août 2019,

Justin Bahunga 

Président du Comité directeur de la Plateforme P5 

E-mail : infovp2@fdu-rwanda.com ; info@fdu-rwanda.com

_____________________________________________________________

1 Pour plus de détails voir : http://www.fdu-rwanda.com/fr/memorandum-de-la-plateforme-politique-p5-sur-la-situation-des-droits-de-lhomme-au-rwanda/

2https://www.hrw.org/fr/news/2019/08/15/rwanda-deux-disparitions-appellent-des-enquetes-credibles

3https://www.france24.com/fr/20190813-rwanda-manipulation-statistiques-pauvrete-economiques-financial-times ; http://www.rfi.fr/afrique/20190814-rwanda-chiffres-pauvrete-denonces-le-financial-times;

4https://www.eurekalert.org/pub_releases/2009-04/uoc–ser041609.php

5https://www.un.org/press/fr/2002/cs2382.doc.htm

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17 COMMENTS

  1. Ce que vous dites n’aurait de sens que si tous les participants au G7 n’étaient pas impliqués dans les guerres destructrices de l’Afrique.
    Il est remarquable que vous en appeliez à un boureau pour être jugé de paix

  2. Tout peuple pour se développer doit passer de l’ état de nature à l’l’état de culture, bravo Me le président Paul Kagame, En Haïti on aimerait bien en avoir 1 million de Paul Kagame !

  3. Cher François,
    Je souhaite à ton pays Haïti un président qui ne vente pas l’économie en falcifiant les statistiques; qui ne passe pas la moitié de son temps dans ses avions personnels qu’ il loue à l’état pour des voyages inutiles rien que pour satisfaire son égo démesuré.
    Le Haïti a donc besoin d’un président qui met en avant son peuple et non pas son clan; bref…, un président qui ne prêche pas l’ apartheid dans son propre pays; un président qui ne se vente pas de pratiquer une sorte de « justice parallèle »; un président qui ne bat pas les reccords dans les morts et assassinats de ses congénères jours (plus de 6 millions de morts au Rwanda et en RDC). Voilà le président qui va bientôt siéger au G7….., là où il va recevoir d’autres missions d’éliminer encore plus de noirs.
    Si tu souhaites un tel président à la tête de ta nation tu es toi-même un sanguinaire et dictateur potentiel.

  4. Ne perdez pas votre temps, cher Monsieur Bahunga en vous adressant au gouvernement français, car, le faire, serait faire preuve de naïveté. Vous, vous ne connaissez pas les Français ? Ou bien vous voulez nous blaguer. La France n’est qu’une démocratie de façade (confère la gestion de la crise des gilets jaunes, confère aussi l’absurdité qu’a consisté à confier le secrétariat général du machin francophonie au Rwanda). Avec tout ça, vous décidez de recourir à cette France là pour obtenir la démocratie chez vous ? Quand même ! Vous pouvez vous adresser aux 6 autres puissances de ce groupe, de grâce, pas à la France !

  5. c’est fou quand même, vous êtes opposants politique, je supposé c’est de bonne guerre.
    mais pourquoi le Rwanda selon vous ne doit pas être invité ?? je comprends que ça vous emmerder de voir le président parmi les grands de ce monde, mais au fond,, soyez plutôt fier que votre pays participé, il fut un temps où les kayibanda, Habyarimana, même bizimungu n’avaient pas droit au chapitre. svp soyez un opposant constructif pas comme les autres qui faisaient la pluie et le beau temps hier à Kigali puis du coup sont devenus des opposants comme par la baguette magique. reconnaître que après le génocide, p.kagame a su canalisé les énergies des rwandais pas dans le vengeance plutôt vers la reconstruction, ne vous empêcher pas à gardé vos convictions politiques .

  6. Veritablement il devrait s’en ficher il a fait des actes dont les africains sont fiers de grace laissez le travailler .Il suffit de faire un sondage pour lui signifier sa premiere place parmi les presidents africains .VIVENT L’AFRIQUE ET LES CONTINENTS OPPRIMES

  7. Décidement le Président Kagame aime la Table d’honneur! cette fois-ci il est en Namibie et visite les usines de traitement du diamant, sans doute pour chercher un marché pour ses diamants made in DRC. Il a sans doute prolongé son mandat à la tète de l’Union Africaine pour se faire inviter au G7 à Paris. Au fait quand ce Monsieur visitera le Rwanda?

  8. Décidement le Président Kagame aime la Table d’honneur! cette fois-ci il est en Namibie et visite les usines de traitement du diamant, sans doute pour chercher un marché pour ses diamants made in DRC. Il a sans doute prolongé son mandat à la tète de l’Union Africaine pour se faire inviter au G7 à Paris. Au fait quand ce Monsieur visitera le Rwanda?

  9. Le chien aboit et la caravane passe. On ne peut pas faire d’omelettes sans casser des oeufs. Paul kagame est un patriote qui n’a de soucis que le deloppement de son pays et l’épanouissement de son peuple et c’est cela seul qui compte. Il a l’obligation de contrôler et mettre hors d’état de nuire tous ceux qui veulent constituer un obstacle au bonheur collectif. Et c’est ça même le respect des droits de l’homme.
    Bravo à Paul kagamé et si tous les chefs d’État africains se comportaient comme lui, l’Afrique sortirait de « la boue ».

  10. Mr komera, vous avez peut être raison, j’ai du mal à vous comprendre. mais soyons réaliste, si vous vous étiez revenu au Rwanda en 1994, avec autant des cadavres dans les rues, vous pensez que vous aurez eu des meilleurs résultats ?? puis je vous propose de voir Kigali et même le Rwanda en 1994, et le pays actuel. Il n y a pas des photos. cest le jour et la nuit. Électricité, infrastructures, routes, téléphone, internet, fonctionnements administratives, même les nombres d’écoles est plus élevés certe pas de meilleurs qualités, ect…..

  11. Un président n’est fort que son peuple est volontairement derrière lui. Question: le Peuple Rwandais est-il volontairement derrière Kagame, dit homme fort du Rwanda?
    Kagame a été invité par le Président Macron. Il ne s’est donc pas invité. C’est le même Macron qui lui remis les clefs de l’OIF alors que celui-ci n’avait rien demandé.
    Par courtoisie, Kagame a positivement donné suite aux invitations du Président Macron.
    Par conséquent, il faut centrer les commentaires sur les invitations du Président français et nullement sur Kagame.
    Il faut reconnaître que le cas Kagame est un cas sui generis dans les annales des relations internationales.
    Il a pu, sans être démasqué ou démenti par qui que ce soit, sauf The Financial Time et quelques rapports anonymes de certains agents de la BM, faire croire avec succès au monde entier que le Rwanda sous Kagame est un modèle en matière de la performance économique et sociale, le tout alors que les faits flagrants infirment littéralement ses assertions. C’est du jamais vu dans les annales de l’histoire de l’Afrique Moderne.
    Certains ignorants l’encensent parce qu’ils avalent et reproduit moutonnement les jérémiades glanées dans les bistrots de leurs pays ou dans certains journaux opérant pour le compte du régime Kagame en France et ailleurs.

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