Dushimirimana Antoinette en état d’arrestation, son mari a disparu ou s’est enfui?

Par The Rwandan Lawyer

Récemment, il a été rapporté que le youtubeur Shyaka Gilbert et son épouse Dushimirimana Antoinette ont tenté de fuir le pays mais ont été interceptés par la police avec l’intention de traverser la frontière de Gatuna alors que selon leur version, ils allaient faire part à un enterrement dans la région. Le mari a réussi à leur échapper mais la femme a été arrêtée et relâchée une semaine plus tard. L’Ofiice Rwandais d’Investigation, RIB, a récemment déclaré l’avoir à nouveau arrêtée la femme parce qu’elle avait tentée de quitter illégalement le pays prétendument pour rejoindre son mari qui serait en Ouganda. Shyaka est-il vraiment en Ouganda ? Quelles sont les charges retenues contre sa femme ? Le présent article s’efforce d’analyser ce genre de questions.

Dushimirimana Antoinette, qui a porté de graves accusations dans une vidéo YouTube populaire le mois dernier, est actuellement détenu et fait l’objet de poursuites pour avoir tenté de traverser illégalement la frontière. Selon la Direction de l’immigration et de l’émigration, la femme a été appréhendée le 29 septembre après avoir tenté d’entrer en Ouganda via une route frontalière non répertoriée avec son mari. Ce compte diffère de ce qui a été largement diffusé sur les réseaux sociaux. Fin août, des informations ont fait surface sur Twitter, Facebook et YouTube selon lesquelles le YouTuber Gilbert Shyaka, qui gérait la chaîne « Ijwi ry’Imfubyi », avait disparu. Une dame connue sous le nom de Dushimirimana Antoinette a fait surface dans une vidéo YouTube populaire quelques semaines plus tard, vers le 23 septembre, prétendant être la femme de Shyaka. La dame a déclaré qu’elle avait envoyé au président Paul Kagame une lettre l’appelant à l’aider à retrouver son mari, qui avait disparu et avait été kidnappé par les forces de sécurité. La dame a déclaré qu’elle aussi avait été  » kidnappée  » et torturée par les mêmes ravisseurs, détaillant les aspects horribles de son épreuve. Elle a déclaré que les personnes qui la détenaient étaient des forces de sécurité rwandaises. La vidéo virale et les faits qui l’accompagnent concernant Shyaka n’ont suscité aucune réponse de la part du  gouvernement.

Vers le 29 septembre, d’autres histoires de disparition de Dushimirimana sont apparues, principalement diffusées par des réfugiés rwandais. Ils ont dit qu’elle avait été kidnappée une fois de plus, tout comme son mari. Leur situation a également fait l’objet d’une campagne sur les réseaux sociaux.

Des représentants du gouvernement ont annoncé aujourd’hui dans les médias locaux que Dushimirimana était détenue et qu’elle serait bientôt traduite devant un tribunal pour y être poursuivie. Le bureau du procureur général prévoit de poursuivre Dushimirimana pour violations de l’immigration en vertu de l’article 44 de la législation sur l’immigration, selon la Direction de l’immigration. Elle pourrait être condamnée à six mois de prison et à une amende de 1 million de francs rwandais. Dushimirimana a été appréhendée le 29 septembre avec deux hommes qui l’aidaient à transiter du Rwanda vers l’Ouganda à un endroit poreux de la frontière désormais fermée, selon les rapports du gouvernement. Dushimirimana tentait apparemment de retrouver son époux, qui, selon la police, s’était échappé avec succès en Ouganda le 23 août. Le 22 août, les deux (mari et femme) seraient arrivés en voiture au principal poste frontière de Gatuna vers l’Ouganda, mais ont été renvoyés. L’époux a traversé la frontière le lendemain à un endroit non répertorié sur la frontière fortement gardée. Selon des sources officielles, Dushimirimana l’épouse a été appréhendée le même jour que son mari est entré en Ouganda. Il semble que ce soient les jours où elle a été détenue, au cours desquels elle raconte les abus dont elle a été victime dans la célèbre vidéo YouTube. Elle avait également tenté d’entrer illégalement à la frontière, selon des responsables.

ANALYSE

L’ingérence d’igihe.com un média pro-gouvernemental dans le cas de Shyaka Gilbert pousse tout analyste à croire qu’il y a anguille sous  roche et à penser que le pire est arrivé.

Une contradiction sur le poste qu’il a traversé

Pour Igihe qui est un média pro-gouvernemental, Shyaka Gilbert a réussi à fuir en Ouganda grâce à des fraudeurs opérant au niveau de Cyanika et a identifié leurs noms alors qu’il est dit qu’il s’est échappé de la police en même temps tentant de traverser le poste frontière de Gatuna. Quiconque connaît le Rwanda y verrait une contradiction car les deux postes frontières ne sont pas du tout proches, l’un étant dans le district de Musanze l’autre situé dans le district de Gicumbi de sorte qu’au moins 200 kilomètres séparent les deux localités.

On se demanderait alors comment sous piste policière impliquant le GPS et d’autres outils sophistiqués, Shyaka Gilbert a réussi à atteindre le poste frontière de Cyanika après avoir traversé cet espace sans se faire repérer.

En outre, il faudrait se demander comment ce journal gouvernemental igihe a obtenu toutes ces informations en remplaçant apparemment les organes d’enquête et de poursuite ; cela nous incite à considérer que ces services ont dicté à Igihe de quoi publier pour couvrir donc la version réelle des faits selon lesquels l’intéressé est soit retenu en lieu sûr pour être torturé ou tué sans aucune localisation d’une telle victime dans une sorte de disparition.

Probablement kidnappé ou assassiné

Comme Shyaka Gilbert était sous piste policière, il y a peu de chance qu’il ait réussi à échapper aux policiers qui ont utilisé toutes les technologies pour le localiser et cette version of ce journal pro Kigali sert à couvrir ces crimes; raison pour laquelle ils étaient pressés de dire qu’il serait en Ouganda sans preuve tangible. En effet, ils avaient commencé à traquer son téléphone d’autant plus qu’ils avaient sa femme entre les mains et lui ont ordonné d’appeler son mari comme elle l’a révélé après avoir été relâchée par la brigade de Remera.

Motifs de poursuivre Dushimirimana Antoinette

Aux termes de l’article 44 de la loi n°57/2018 du 13/08/2018 relative à l’immigration et à l’émigration au Rwanda portant dispositions générales sur les infractions de non-respect des lois sur l’immigration et l’émigration, toute personne qui assiste un étranger lorsqu’elle connaît ou doit savoir qu’un tel étranger est un immigré irrégulier au Rwanda ; invite un étranger ou le couvre lorsqu’il sait qu’un tel étranger enfreint la présente loi ; empêche un agent d’immigration de remplir ses fonctions ; les causes de franchissement ou les tentatives de franchissement du poste frontière ou de tout autre lieu autorisé sans autorisation d’un agent d’immigration ; fait traverser ou tente de traverser un endroit non autorisé ; aide une autre personne à obtenir ce à quoi elle n’a pas droit en vertu de la présente loi ; couvre toute infraction prévue au présent article, commet une infraction. En cas de condamnation, il est passible d’une peine d’emprisonnement d’au moins trente (30) jours et d’au plus six (6) mois ou d’une amende d’au moins cinq cent mille francs rwandais (500 000 FRW) et de plus d’un million de francs rwandais (1000000 FRW) ou les deux. L’étranger reconnu coupable de l’infraction prévue au premier alinéa du présent article peut se voir ordonner par la Direction générale de l’immigration et de l’émigration du Rwanda de quitter le Rwanda après avoir purgé sa peine ou payé l’amende qui lui a été infligée par le tribunal.

Avec cette disposition, les citoyens rwandais deviennent sans le savoir prisonniers de leur pays. En effet, le RIB a déclaré que cette dame s’échappait du pays comme si nous étions obligés de rester à l’intérieur sans liberté de mouvement. On a comparé à tort le cas de feu Kizito Mihigo fuyant le pays avec le cas de Dushimirimana Antoinette qui aurait été surprise en train de passer la frontière de Cyanika. Les deux cas sont pratiquement différents car le défunt était sous contrôle judiciaire selon la grâce présidentielle dont il avait bénéficié alors que cette dame n’était pas en état d’arrestation et que comme  les autres citoyens elle avait le droit de quitter le pays et d’y revenir comme bon lui semble.

Conclusion

Shyaka Gilbert a osé demander des comptes aux bourreaux de son père et cela lui a probablement coûté la vie. En effet, la persécution contre quiconque soulève le cas de crimes commis par l’APR est une réponse appropriée d’autant plus que cela risque de susciter les accusations de double génocide redoutées par le régime qui deviendrait alors l’arrosé alors qu’il reste l’arroseur dans les crimes commis. Le régime évite toujours cette accusation depuis que l’ancienne procureure du TPIR Mme Carla Del Ponte avait tenté d’ ouvrir ce dossier et il en échappa de justesse grâce aux Etats-Unis qui exigèrent son exclusion du TPIR ; La résolution de ce défi appartient au Conseil de Sécurité des Nations Unies et aux autres superpuissances de ce monde et non à de simples citoyens qui sont automatiquement réprimés par le régime dictatorial de Kigali.