L’épouse de Gilbert Shyaka interpellée à la place de son mari

By The Rwandan Lawyer

Shyaka Gilbert, propriétaire de la chaîne youtube « ijwi ry’imfubyi » qui est critique vis-à-vis du régime de Kigali car elle dénonce les crimes de meurtres commis par les soldats du FPR depuis 1990 impliquant par ailleurs une sorte de génocide contre les Hutu, est porté disparu et sa femme Dushimirimana Antoinette a été arrêtée dans une sorte de chantage pour sans doute pousser son mari à réapparaître. Le présent article analyse la mésaventure subie par cette jeune femme de 27 ans pendant toute une semaine entre les mains de la police.

Qui est Shyaka Gilbert ?

Shyaka Gilbert originaire de l’ex-commune Giti réputée pour être une seule région où il n’y a pas eu de génocide commis contre les Tutsi mais au contraire où des soldats de l’APR ont massacré la population civile hutue, les plus connus étant les prêtres qui résidaient au petit séminaire de Rwesero. Comme il a révélé que son défunt père avait été assassiné en 1994 par l’APR; a fondé un blog YouTube appelé « ijwi ry’imfubyi » où il a accordé des interviews aux victimes du FPR depuis 1990 lorsque cette organisation a envahi le Rwanda. Pire, il a osé écrire au président de la république pour demander une enquête transparente sur les personnes disparues ou tuées par l’APR.

Tout a commencé lorsque Shyaka Gilbert et son épouse Dushimirimana Antoinette ont voyagé de Kigali vers Byumba pour participer à un enterrement dans le secteur de Mukono et ont été interceptés par des policiers qui s’habillaient en civils. Ils ont commencé à les intimider et il a réussi à leur échapper. Ils ont saisi sa femme Antoinette et l’ont giflée sérieusement au point que ses oreilles sont endommagées. Puis ils se sont rendus à la frontière de Katuna pour vérifier si l’individu recherché avait passé la frontière mais les agents qui y travaillaient ne l’ont pas aperçu dans la zone à part que certains d’entre eux ont déclaré l’avoir vu conduire un vélo. Pendant ce temps, sous la torture et l’intimidation, l’épouse Antoinette a réussi à lui parler par téléphone, ce qui a assuré aux policiers qu’il était toujours à l’intérieur du pays. Indépendamment de cette assurance, ils ont décidé de détenir pendant 5 jours sans aucun mandat cette mère de 2 enfants au commissariat de Remera où elle a été soumise à des interrogatoires sur ses antécédents, des informations sur son mari ; pourquoi son mari a critiqué le régime du Rwanda.

Analyse

Torture et chantage

La torture est tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne dans le but d’obtenir de lui ou d’un tiers des informations ou des aveux, la punissant pour un acte que lui ou un tiers a commis ou est soupçonné d’avoir commis, ou d’avoir intimidé ou contraint un tiers, ou pour tout motif fondé sur une discrimination de quelque nature que ce soit, lorsque cette douleur ou ces souffrances sont infligées par ou à l’instigation ou avec le consentement ou l’assentiment d’un agent public ou autre personne agissant à titre officiel. Cela n’inclut pas la douleur ou les souffrances résultant uniquement, inhérentes ou accessoires à une sanction légale. Même si le Rwanda fait partie de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains, la police et le renseignement les agents continuent d’exercer cette pratique en frappant les gens et en leur infligeant une douleur atroce pour obtenir d’eux des aveux ou des informations nécessaires qu’ils sont censés détenir. Antoinette a été victime de torture au cours de laquelle elle a été giflée et fouettée par un câble électrique et accablée par la douleur, elle a été obligée d’inventer que son mari fuyait en Ouganda.

En outre, le chantage est un acte de coercition utilisant la menace de révéler ou de publier des informations substantiellement vraies ou fausses sur une ou plusieurs personnes, à moins que certaines exigences ne soient satisfaites. Il s’agit souvent d’informations préjudiciables et peuvent être révélées aux membres de la famille ou aux associés plutôt qu’au grand public. Cela peut impliquer l’utilisation de menaces de préjudice physique, mental ou émotionnel, ou de poursuites pénales, contre la victime ou une personne proche de la victime. Il est normalement effectué pour un gain personnel, le plus souvent une position, de l’argent ou des biens.Il est également utilisé, parfois par des agences étatiques, pour exercer une influence ; c’était une pratique soviétique courante, à tel point que le terme ” kompromat “, translittéré du russe, est souvent utilisé pour compromettre le matériel utilisé pour exercer un contrôle. Le chantage peut également être considéré comme une forme d’extorsion. Bien que les deux soient généralement synonymes, l’extorsion est la prise de biens personnels par menace de préjudice futur. Le chantage est l’utilisation de la menace pour empêcher une autre personne d’exercer une occupation légale et d’écrire des lettres diffamatoires ou qui provoquent une violation de l’ordre public, ainsi que l’utilisation de l’intimidation dans le but de recouvrer une dette impayée.

Dans de nombreuses juridictions, le chantage est une infraction statutaire, souvent pénale, assortie de sanctions punitives pour les auteurs condamnés. Le chantage est le nom d’une infraction statutaire aux États-Unis, en Angleterre, au Pays de Galles et en Australie, et a été utilisé comme un moyen pratique de se référer à certaines autres infractions, mais n’était pas un terme utilisé dans le droit anglais jusqu’en 1968.

Le chantage était à l’origine un terme des Scottish Borders signifiant des paiements effectués en échange d’une protection contre les voleurs et les maraudeurs. La partie “courrier” du chantage vient du moyen anglais masculin signifiant “loyer ou tribut”. Ce tribut (mâle ou reditus) était payé en biens ou en travail (“nigri”); d’où reditus nigri, ou « chantage ». Alternativement, il peut être dérivé de deux mots gaéliques écossais blathaich – protéger ; et mal – hommage ou paiement.

Dans le cas précis d’Antoinette Dushimirimana, la police a décidé de la maintenir en garde à vue pour pousser son mari à comparaître et jusqu’à présent elle suppose qu’il a été capturé par la police étant donné qu’ils l’ont finalement relâchée.

Illégalité

Les personnes chargées de l’application de la loi enfreignent quotidiennement les lois. Cette dame a été torturée et arrêtée à la place du suspect qui est son mari et ces actes commis par les policiers contre Dushimirimana Antoinette sont ouvertement illégaux. En effet, la constitution du Rwanda en son article 15 stipule que toute personne a droit à l’intégrité physique et mentale. Nul ne sera soumis à la torture, à des sévices physiques ou à des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Selon l’article 17 du même texte, la responsabilité pénale est personnelle. La responsabilité civile est déterminée par la loi. Nul ne sera puni pour un crime qu’il n’a pas commis. Néanmoins, les peines sont applicables au contrevenant et non à sa famille ou à ses héritiers.

Conclusion

Gilbert Shyaka a écrit au chef de l’Etat au sujet des violations des droits fondamentaux commises par ses soldats de l’APR. Obtiendra-t-il la réponse ? Sans aucun doute, l’arrestation et les poursuites constituent la suite indirecte de sa lettre. Le régime rwandais s’est apparemment lancé à la chasse des moindres opposants et cette initiative pousse la police à l’exécuter en s’attaquant violemment à toute personne vers laquelle les rumeurs l’orientent sans esprit de discernement. Avec le temps, les citoyens rwandais las de ces violations de leurs droits fondamentaux osent demander justice et créer des blogs qui réveillent le public et l’Etat en est fâché et inquiet de ses effets. C’est le prix de la liberté de la presse et du droit d’expression.

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