RWANDA: UNE INDEPENDANCE DEVENUE TABOU!

Par RUGEMINTWAZA Erasme

Le 1er juillet 2021,  c’est le jour  de l’indépendance du Rwanda. Voici déjà 59 ans que le Rwanda est plus que jamais entre les mains de ses propres filles et fils. Sous d’autres cieux,  le jour de l’indépendance, appelée jour de «Fête Nationale », est un jour de grande pompe : les villes sont parées et décorées comme la maison des fiancées ; les guirlandes autours des jardins biens tondus, les drapeaux et fanions dans les places publiques invitent tout chacun d’exulter de joie! Les cannons peuvent  retentir pour rappeler cette lutte pour l’autodétermination. Dans les campagnes, ont fait des kermesses! Au Rwanda, le 1er juillet est depuis 1994 une journée, morose, de silence et de précautions ensemble. Le jour est devenu tabou aux dépens de 4 juillet, journée que le régime en place appelle « Journée de libération ». Tout le monde se le demande, pourquoi on ne fête plus, l’indépendance, mais tout le monde se tait. Essayons d’interroger  l’Histoire.

Le 1er Juillet 1962, le Rwanda est le Burundi, furent proclamés, pays indépendants. C’est une Indépendance octroyée sans aucune forme de lutte, contre les colons belges. Mais c’est une indépendance qui va radicaliser le plus grand Malin, toujours latent, de nos deux nations sœurs : le problème Hutu-Tutsi. Le Burundi par une heureuse alchimie de  Nelson Mandela, après maints affrontements et massacres interethniques, est parvenu à construire une société dont  l’identité ethnique est devenue, par un sublime dépassement, la mesure même de la maturité politique, car on en tient compte dans ces 3 dernières décennies. Au contraire au Rwanda, le problème fut mal abordé de travers, sans vérité ni considération de l’Histoire et constitue un virus incurable de la société rwandaise, une termitière qui ronge, sous terre, l’arbre pour un jour l’abattre. Voici l’essence de ce statu quo, qui dure plus de 70 ans.

  • L’ivraie semée dans les années 50

Les années 50 marquent, pour toute l’Afrique, le réveil des nationalismes et l’essor des mouvements indépendantistes. Le mot d’ordre semblait être divinement donné : il fallait obliger le colon Blanc de  remettre les rênes du pouvoir au souverain peuple. Dans certaines nations, le sang fut versé pour arracher ce bien mondial qu’est l’indépendance! Dans les Grands lacs d’Afrique, le Belge totalement rassasié par les richesses du Grand Congo belge, et fatigué par les rivalités ethniques des ces pauvres pays le Rwanda et le Burundi, préféra le paternalisme et octroya l’indépendance. Les Congolais ont dansé de joie, mais dans le pays de milles collines on a entendu les « Abanyuramatwi », chanter à tue-tête, leur trophée, la « La République », à côté des cris de ressentiment, de crispation, de frustration, difficilement feutres. Les cris très stridents dont, 59 ans après, les échos retentissent toujours. La version réelle de l’Histoire du Rwanda nous révèle qu’à ce moment précis  et opportun où les Rwandais devraient se mettre ensemble et parler de la même voix au colon belge, le Roi KIGELI IV Ndahindurwa, ses acolytes et courtisans  rassemblés dans Le Conseil Supérieur du Pays, une sorte de Gouvernement et presque tous d’ethnie Tutsi, ont pris un mauvais tournant face à la une intelligentsia Hutu, rassemblés dans un mouvement socio-politique pour réclamer l’égalité des citoyens. Les deux groupes vont se lancer la guerre par voies des fameux opuscules, deux projets de sociétés diamétralement différents : La Manifeste des Tutsi pour les Tutsis et Le Manifeste des Bahutu, pour les Hutus. Qu’en est-il au vrai?

Le 24 mars 1957 est publie Le Manifeste des Bahutu dont le titre original est Note sur l’aspect social du problème racial indigène au Rwanda. Cet opuscule d’une dizaine de pages, rédigé par neuf intellectuels hutus et adresse au Vice-Gouverneur Général du Rwanda, dénonce « l’exploitation » dont sont victimes les Hutu, en réponse au Manifeste des Tutsi dont le titre original est Mise au point  du 22  février 1957 et qui était adressé à la Mission de Visite de l’ONU de passage au Rwanda. Ce Manifeste des Bahutu est publié, dans un contexte très précis et très opportun où les Tutsi, 14% de la population du Rwanda, exercent une domination politique et économique sur les Hutu, une masse de 83% de la population. Ce qui était pire était que cette domination était permise par la simple croyance que les Tutsi seraient les Ibimanuka « Les Envoyés du Ciel », avec la mission de civiliser les Hutu « roturiers », « Trouvés sur place ». Ainsi sous l’impulsion de l’Eglise catholique romaine qui connaissait bien le pays et l’esprit des Tutsi de maintenir une monarchie féodale, et surtout en la personne de Monseigneur André Perraudin, les élites hutues vont bénéficier d’un travail progressif de conscientisation  qui déclencha l’esprit de se penser comme égaux de Tutsi, leurs maitres, et vouloir ainsi s’émanciper de la tutelle de ces derniers qui les maintenaient dans un système pourri de clientélisme ou servage pastoral dit « Ubuhake ». La monarchie va faire la sourde oreille aux réformes socio-économiques proposées dont la suppression de l’Ubuhake. C’est cette résistance aux changements proposes par le colon belge, ceci  va donner aux Hutu  la prise de conscience de leur infériorité sociale.. C’est dans ce contexte qu’est publié Le Manifeste des Bahutu qui ainsi apparaît comme le point de départ de la vraie action politique des Hutus. Les revendications sont donc, sociale, économique et politique. Mais Le Manifeste des Bahutu ne s’abstient jamais de parler de la domination Tutsi avec certes des termes acerbes considérant le Tutsi comme le vrai et pire colonialiste que le belge. 

Les Tutsi vont faire la sourde oreille à ces revendications et s’enferment dans un esprit de domination. Surtout qu’ils disaient qu’il n’y avait pas de problème entre le Mututsi et Muhutu. Ils mettent de l’houille sur le feu, quand ils disent qu’ils ne comprennent pas comment ce roturiers Hutu peuvent prétendre participer à la gestion du pays qui leur a été ravi : «  Puisque donc nos rois ont conquis les pays des Bahutu en tuant leurs roitelets et ont ainsi asservi les Bahutus, comment maintenant ceux-ci peuvent-ils prétendre être nos frères?». Voici le hic !

Cette atmosphère de tension a créé la divergence de programmes politiques. Ainsi les Hutus demandaient d’abord la démocratie, alors que les Tutsis misant sur le statu quo –garder ou sauvegarder la monarchie et leurs avantages-, demandaient  l’indépendance immédiate. De toutes ces divergences devant le pays qui s’offrait, il était impossible d’éviter des affrontements. Ainsi l’événement qui marque la vague de violences interethniques de 1959 est l’attaque de la jeunesse du parti monarchique tutsie UNAR, en attaquant un chef  Hutu de Ndiza,  Mbonyumutwa Dominique ; les Hutus du PARMEHUTU répliquent en brûlant les maisons des Tutsis et en les chassant. Cette vague de violence est appelée Toussaint Rwandaise. Les chiffres avancés des victimes Tutsis dans ces violences est de 200 personnes tandis que le nombre de refugiés avancé est de 10 mille personnes. Ce processus d’émancipation de la masse hutue, de promotion de l’égalité sociale de tous les Rwandais, de l’égalité économique concrétisé par le droit de la propriété foncière individuelle (la terre était la propriété du Roi et pouvait en disposait comme il le voulait),  ce processus politique, bien qu’émaillé des violences qui vont contribuer à ce que les Rwandais voient actuellement  le 1er juillet, fut appelé à juste titre, la Révolution sociale. De ces buts, il faut noter l’abolition de la monarchie tutsie et la naissance de la République le 28 janvier 1960 et fin des fins l’indépendance le 1er juillet 1962. Voici ce qui fait tout ce qui est lie à l’abolition de la monarchie, à la Révolution sociale de 1959, et a l’indépendance est tabou au Rwanda. 

Somme toute, ne pas fêter l’indépendance par le régime du FRP-Inkotanyi, bien que cela montre une attitude sauvage, est bel et bien justifiable. L’atmosphère dans la quelle le Rwanda a acquis l’indépendance constitue pour le régime du FPR, le rejeton première génération de la monarchie Tutsi, une plaie non encore fermée. L’indépendance marque la victoire des Hutu sur les Tutsi, d’où l’on ne peut fêter la date qui a vu ses parents châtiés. Toutefois, ceci marque l’esprit sauvage du régime du FPR, car au Burundi, les autorités hutues ont bel et bien  continué de fêter l’Independence qui est l’œuvre des Tutsi et que tout le monde sait très bien qu’il y a eu les massacres des Hutu au Burundi. Et cet esprit de rancœur se trouve chez tous Tutsis parce qu’ils ne veulent pas reconnaitre leur défaite années 50, surtout la victoire des Hutu, leurs serfs. Les tutsi ont une rancœur contre les Hutus et tout ce qu’ils ont de valeur. Pasteur RUTAYISIRE Antoine, qui bénéficia de la bourse d’études du régime hutu, a déclaré qu’il ne pouvait pas chanter quelques passages de l’ancienne  l’hymne national d’antan. Imaginez alors ce qu’un Kagame qui a été obligé de quitter le pays à moins de 5 ans, peut faire de cette date fatidique pour sa race et lui-même ! Ainsi le régime de Kagame, qui n’a pas su traiter le problème Hutu-Tutsi s’enferme dans le traitement de façade comme l’UNAR de 1959, en voulant proposer la suppression des ethnies dans les cartes d’identités. Voice que 59 après, la population rwandaise, revient dans des reformes agraires pour déshériter le Rwandais de son sol. Et nous constatons qu’après 27 ans nous restons avec nos ethnies que nous prétendons avoir supprimé. Et de surcroît les Rwandais ont des fêtes pour les uns et pour les autres : Bonne fête d’indépendance chers Hutu, et Bonne Journée de Libération chers Tutsis !

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