RWANDA-MOZAMBIQUE : L’intervention militaire rwandaise au Mozambique continue de semer le scepticisme

Par Erasme Rugemintwaza

Le Mozambique, réduit aux abois par une rébellion insurectionnelle qui se donna au départ le nom de « Shebabs » aux principes islamiques, fit appel à ses amis pour l’aider à contenir cette situation qui perdurait. Il fait d’abord recours à la Communauté de Développement d’Afrique Australe (CDAA ou SADC en anglais), dont il est membre sans oublier d’autres amis dont le Rwanda. Le Rwanda, prompt, n’a pas hésité à envoyer immédiatement un contingent de ses forces spéciales des Forces Rwandaises de Défense (RDF) et de la Police Nationale Rwandaise (RNP) pour secourir son ami, le Mozambique. Mais cette intervention militaire n’a pas été vue d’un même oeil par la communauté internationale. La CDAA/SADC a émis des réticences, certains citoyens Mozambicains et même Rwandais ont eu des doutes envers leurs gouvernements. Bref, l’intervention rwandaise a soulevé beaucoup de questions, à commencer par savoir si cette intervention militaire a été menée de manière transparente et respectueuse des lois, ensuite ce que veut le Rwanda dans un pays aussi loin que le Mozambique, sans oublier l’épineux problème du financement coûteux d’une pareille opération pour un un pays aussi pauvre que le Rwanda. Où en arrive-t-on avec ce questionnement, après 6 mois d’opérations militaires dont les victoires quotidiennes sont retentissantes?

C’était le vendredi 9 juillet 2021, lorsque le Gouvernement Rwandais a publié un communiqué disant que « Le Gouvernement Rwandais, à la demande du Gouvernement Mozambicain, commence aujourd’hui à envoyer une équipe de 1.000 membres des Forces de Défense Rwandaises (RDF) et la Police Nationale Rwansaise (RNP), dans la province de Cabo Delgado, au Mozambique, actuellememt confronté à l’insécurité. »

Brièvement, depuis 2017, la province de Cabo Delgado au nord du Mozambique, une province riche en ressources naturelles est tombée aux mains des insurgés islamistes, qui ont pris le contrôle d’une grande partie de son territoire, tuant trois mille personnes et poussant des centaines de milliers à fuir leurs terres.

Les rebelles affirment collaborer avec le groupe terroriste État Islamique, et ce dernier dit également avoir l’intention de travailler avec eux.

Certains critiques, cependant, disent qu’il n’y a pas d’interaction directe entre les rebelles, qui sont principalement composés de jeunes locaux, et l’État Islamique autre que d’avoir le dénominateur commun d’être des organisations terroristes.

Peu de temps après leur arrivée, les Forces de Défense Rwandaises (RDF) conjointement avec les Forces Armées de Défense du Mozambique (FADM), ainsi que les forces de la SADC, elles aussi présentes, les populations déplacées qui avaient fui, regagnent leurs foyers. Ces populations disent qu’à voir ces rebelles, on peut facilement conclure qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.

Hamiss Juma, 18 ans, est revenu avec sa famille d’accueil, ainsi que des milliers d’autres qui avaient fui. « Nous étions en perpétuelle fuite sans répit, quand ils nous attrapaient, ils nous frappaient, nous frappaient très fort; ils ont tué tant de gens? Ainsi nous avons continué à fuir », a déclaré le jeune Juma.

« Nos maisons ont été démolies, des églises ont été démolies. Nous ne comprenons toujours pas ce qu’ils veulent. »

D’aucuns disent que cette guerre est très coûteuse parce qu’à voir l’arsenal militaire exhibé par le Rwanda on a les yeux écarquillés d’étonnement. Le Rwanda utilise les chars blindés que peu ou pas de pays Africans possèdent ainsi que les « drônes » très chers qu’il a achetés en Turquie. Mais cette guerre a également commencé à faire des victimes dans les rangs des soldats rwandais. Selon le Colonel Ronald Rwivanga, porte-parole des Forces de Défense Rwandaises, l’armée rwandaise a tué plus de 100 rebelles depuis leur arrivée.

« L’ennemi a perdu plus de 100 personnes, ce sont celles que nous avons vues de nos yeux mais il y a aussi des corps qui ont été évacués, donc on ne connaît pas le nombre exact de ceux qu’ils ont perdu ». « Malheureusement, nous avons, nous aussi, perdu quatre personnes depuis notre engagement », a poursuivi Rwivanga.

Pourquoi le Rwanda est-il allé là-bas?

Le déploiement de troupes rwandaises au Mozambique a fait l’objet de nombreuses spéculations et un peu de remue-ménages au sein de la CDAA/SADC; certains se demandaient comment le Rwanda s’ingère dans un conflict dans un pays à des milliers de kilomètres. Certaines sources rapportent que le Rwanda serait au Mozambique pour des raisons purement mercantiles, qu’il serait ainsi un proxy de la France au Mozambique pour protéger le site gazier du géant mondial pétrolier Français TotalEnergy qui a déjà investi des milliards d’euros dans la Province de Cabo Delago.

Ainsi, continuer à se demander qui va payer l’intervention serait un secret de polichinelle. Aussi, il s’avère vain de continuer des spéculations d’autant plus que le président français Emmanuel Macron, en visite au Rwanda, a clairement déclaré qu’il a, avec le Rwanda, 3 grands projets à savoir celui de la République centrafricaine, celui du Congo Kinshasa et celui du Mozambique. Alors personne ne serait surpris de voir que 2 mois après les rencontres incessantes de Kagame, Nyusi et Macron à Kigali et Paris, le Rwanda est en Mozambique.

Mais sur le point du financement, le Rwanda a constamment répété que « Le déploiement est basé sur de bonnes relations entre la République du Rwanda et le Mozambique, suite à la signature d’un accord de coopération bilatérale en 2018 et est basé sur la volonté du Rwanda sur les principes de protection (R2P ) et la Convention de Kigali de 2015 sur la protection des civiles », indique le communiqué du Rwanda

C’est ce qu’affirme le porte-parole des Forces Rwandaises de Défense, le Colonel. Rwivanga. « Nous avons promis d’aller protéger les civils là où il n’y a pas de paix, c’est quelque chose en quoi nous croyons, c’est quelque chose que nous avons vécu, nous pensons que nous devrions être impliqués dans toutes les activités qui apportent la sécurité aux gens partout où nous sommes appelés », déclara-t-il.

Mais certains citoyens au Mozambique, ainsi qu’au Rwanda, ont critiqué cette alliance militaire. Plus d’un ont exprimé leur inquiétude quant à l’implication « suspecte » des Forces Rwandaises de Défense dans cette guerre, à côté d’autres qui ont exprimé leur satisfaction.

Certains y voient un acte d’ingérence de Kigali pour des mobiles officiellement cachés mais déjà connus car ce n’est autre que le pillage des richesses dont Kigali est déjà championne. Il y en a aussi d’autres qui trouvent dans cette intervention rwandaise une bonne étape pour les Africains de se rassembler et trouver des solutions à leurs problèmes, mais ces deniers ne manquent pas de souligner que l’Afrique peut être handicappée par les problèmes tant financiers que logistiques car ces opérations coûtent très cher.
Concernant la légalité,. certains pensent que la loi a été violée tant du côté rwandais que du côté mozambicain.

Dr. Christopher Kayumba, le chef du RPD actuellement emprisonné au Rwanda, a déclaré que les termes de l’accord militaire du Rwanda avec le Mozambique n’étaient pas clairifiés.

La Plateforme rwandaise pour la démocratie (RPD) -qui n’est pas légalement enregistrée- a demandé au Parlement rwandais s’il connaissait les termes de l’accord militaire, s’il avait été expliqué aux Rwandais. Le Parlement n’a pas répondu, cela signifie qu’il n’a pas de réponse parce qu’il ne sait rien de cette alliance militaire.

Sur la question de savoir ce que prévoit la législation rwandaise si la coopération militaire serait prévue dans les accords signés, et surtout sur l’envoi de troupes dans un autre pays? L’historien Faustin Murangwa Bismarck dit que « les accords entre pays s’avèrent généralement être du droit international ». Ceux-ci doivent être respectés.

On rappelle qu’en juillet 2018 lors de la visite du président Filipe Nyusi à Kigali, les deux pays ont signé les accords de coopération. Lors d’une conférence de presse les autorités ont parlé de cinq accords. Ils comprennent la facilitation du commerce et des investissements (1), les voyages aériens (2), les visas diplomatiques (3), l’échange de connaissances en science et technologie et la formation (4) et l’ouverture des ambassades (5).

L’on voit clairement ici que les deux pays ne sont pas encore parvenus à un accord d’assistance militaire!

Mettre les choses en ordre

Dans le cadre de la rectification des erreurs commises dans cette opération militaire conjointe -on dit en coulisses que les Forces Rwandaises de Défense (RDF), est devenue une milice individuelle de Paul Kagame, qu’il utilise pour affermir son empire financier, sans en informer aucune institution-, 9 janvier 2022, à Kigali s’est tenue une réunion de haut niveau réunissant les hauts responsables de la sécurité du Rwanda et du Mozambique pour examiner la situation sécuritaire dans la province de Cabo Delgado au Mozambique et l’état des activités antiterroristes dans la province, en mettant l’accent sur ce qu’il faut faire à l’avenir.

La réunion a réuni de hauts responsables de la sécurité du Rwanda et du Mozambique, dont les commandants en chef des forces armées des deux pays, le Général Jean Bosco Kazura et son homologue, l’Amiral Joachim Rivas Mangrasse, le chef de la police du Rwanda et celui du Mozambique et le Directeur du service national de sécurité.

La réunion a passé en revue les réalisations des six derniers mois au cours desquels le Rwanda a envoyé des troupes au Mozambique pour aider le gouvernement du pays à rétablir la sécurité à Cabo Delgado, en utilisant la force militaire pour combattre les groupes terroristes et maintenir la sécurité. La réunion s’est penchée sur les problèmes qui ont été identifiés et les stratégies pour l’avenir.

La réunion a révélé que la coopération entre les forces de sécurité des deux pays a donné des résultats significatifs en peu de temps et ony défait des groupes terroristes d’Ansar Al Sunnah.

Des groupes terroristes ont été vaincus dans certaines parties par des Forces de Défense Rwandaises, à Palma et Mocimboa Da Praia, à Cabo Delgado; elles se sont associées aux forces de sécurité mozambicaines pour rapatrier les déplacés, dont certains ont été évacués des camps où ils avaient pris refuge et sont retournés chez eux pour continuer leur vie normale.

La réunion a réaffirmé que la reprise de la vie normale dans la province a commencé avec la reprise des activités économiques et la réinstallation des populations qui avaient fui leurs foyers. Cela sera suivi d’une assistance aux services de sécurité mozambicains à travers la formation et le renforcement des capacités.

Le porte-parole des RDF, le colonel Rwivanga, a déclaré : « Ce dont nous avons discuté aujourd’hui, c’est de savoir comment commencer l’entraînement, nos troupes entraînent les leurs, car nous sommes déterminés à combattre les rebelles mais aussi à construire leurs propres forces de sécurité. Nous sommes maintenant en train de nous associer à eux pour construire leurs propres forces de sécurité afin qu’ils aient, dans les années à venir, la capacité de faire face à ce problème par eux-mêmes. »

L’amiral Joachim Rivas Mangrasse a déclaré : « Le but de notre visite au Rwanda est de remercier le gouvernement rwandais et de voir ensemble comment nous pouvons continuer à travailler ensemble dans la lutte contre le terrorisme dans notre pays, en particulier dans la province de Cabo Delgado. [. ..] Maintenant il y a la sécurité, les gens sont retournés dans leurs propriétés et les activités commerciales ont repris, il y a la paix. »

A l’issue de la réunion, un accord conjoint a été signé le lundi 10 janvier 2022. Ce nouvel accord a été signé lundi à Kigali, entre le commandant en chef mozambicain L’Amiral Joachim Rivas Mangrasse et le commandant en chef des Forces de Défense Rwandaises (RDF), le général Jean Bosco Kazura.

Les troupes rwandaises ont été déployées au Mozambique en juillet 2021, initialement 1.000, ayant déjà atteint 2.000, selon Paul KAGAME. Le nouvel accord permet aux Forces de Défense Rwandaises rester au Mozambique tant qu’elles voudront!

* Conclusion *

Et alors? Cette intervention militaire presque forcée du Rwanda a révélé beaucoup des sacro-saints traits des interventions. La première chose est que ces interventions ne sont que des résultats d’une bonne partie où se jouent les combines. Et souvent ce sont des formalités officielles pour faire les razzias. Secundo, les grandes puissances poussent les faibles à croiser les fers pour souvent protéger leurs intérêts et profiter de ce chaos pour faire des pillages. En soi la France pousse les rwandais et mozambicains d’aller chasser de chez eux leurs frères de sang pour protéger leurs intérêts, pour que TotalEnergy puisse fonctionner.

Pourtant, les analystes soulignent que cette force excessive ne devrait pas être utilisée contre ces jeunes gens qui s’insurgent centre le pillage des richesses de leur pays, par les puissances alors qu’ils croupissent dans la misère!

L’autre chose est que sans se soucier de quoi que ce soit, les Africains prennent toujours l’option « Z » sans avoir essayé les autres. Et enfin, cette intervention a révélé aux rwandais la vraie image de leur champion interventionniste Paul Kagame. Kagame veut juste être puissant, il se fiche des Rwandais parce que prendre des milliards de dollars pour acheter des chard blindés, acheter des avions de combat, partir en guerre à l’étranger et prétendre qu’il n’y aura aucun profit, alors que vous vous demandez vous-même pourquoi 40 % des enfants Rwandais sont malnutris, cela relève du pire cynisme! Que les Mozambicains se préparent au pire avec l’intervention de Paul Kagame à Cabo Delgado.

Voici plus de 25 ans que sa rage machiavélique écume Dan’s le Nord-Kivu en pillant coltan et or mais pire encore en y plantant la machine de la mort avec ses milices. Que Nyusi sache qu’en invitant Kagame au Mozambique, il creuse sa propre tombe. La famille de Kabila en est un exemple, où Kagame tue une père pour introniserun enfant qui a encore la morve ne sachant ni d’où il vient ni où il va. Pourtant la CDAA/SADC l’a mis en garde. Un home averti, en vaut deux !

Et enfin: le Rwanda s’installe indéfiniment au Mozambique!

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