Vendredi de gratitude: Le peuple rwandais à l’Umuganda!

Par Ariane Mukundente

Il y a quelques jours, un ami a écrit un message sur Facebook remerciant ses parents pour avoir contribué au développement du Rwanda en effectuant des travaux communautaires « Umuganda ». Sur le coup, j’ai basculé et j’ai jeté un regard dans le rétroviseur du passé. Ce vendredi de gratitude est spécial car je ne le dédie pas qu’à une seule personne mais bien à un groupe tout entier : le peuple rwandais qui s’adonnait aux travaux communautaires d’intérêt collectif dit d’« Umuganda » depuis Février 1974 jusqu’à nos jours.

L’Umuganda est une invention du régime du Président Habyarimana, mais qui tire son origine dans la tradition Rwandaise où la population rwandaise s’entraidait au moment d’important travaux demandant beaucoup de main-d’œuvre comme la culture d’un champ au moment des semences, la construction d’une maison ou la réparation d’un enclos. D’où le dicton en langue locale ‘’kumuha umuganda’’, ce qui veut dire, ‘’lui prêter main forte’’. Pour seule récompense, après les travaux, la population se retrouvait autour de la bière de sorgho ou banane offerte par l’hôte. L’institutionnalisation de l’Umuganda en travaux communautaires d’intérêt collectif a commencé, donc, en 1974, ensuite banni en 1991 avec l’instauration du multipartisme, pour être réintroduit par le régime actuel en 2001 avec des travaux de toute autre nature.

Avant 1990, au Rwanda, l’« Umuganda » s’inscrivait dans une politique de décentralisation ou de villagisation portée par la volonté d’ériger en cellule de base du développement les structures administratives locales. L’Umuganda ne se voulait pas seulement la panacée du Rwanda: au Kenya, on retrouvait le système Harambee, le principe de Salongo dans l’ex-Zaïre, les chantiers bega kwa bega en Tanzanie et enfin, les travaux de développement communautaire au Burundi. L’objectif de l’Umuganda était la prise en charge par les citoyens de travaux d’installation et d’entretien d’infrastructures pour le développement du pays.

Depuis février 1974 à 1991, la période allant de 8h00 à 12h00 dans la journée de chaque samedi était réservée à l’Umuganda à travers tout le pays, et ce tant dans les compagnes que dans les villes. Chacun adulte en âge de contribuer à l’Umuganda apportait son propre outil de travail et se dirigeait à l’endroit désigné selon son groupe (quartier, travail, localité etc.). Il y avait toujours un environnement bon enfant et gai où les gens riaient tout en travaillant. Ces citoyens ont contribué au développement du pays de façon très significative en changeant les campagnes rwandaises. C’est grâce à l’Umuganda que bien des écoles ont été construites, surtout les écoles de la réforme scolaire couvrant la 7ième et la 8ième année ainsi que les établissements de CERAI (écoles de métier). L’État fournissait le matériel de construction et le reste était l’affaire des citoyens. À part ces écoles, c’est durant l’Umuganda qu’on a construit certains centres de santé, centres nutritionnels, hôpitaux, etc…

Pour la ville de Kigali par exemple, c’est pendant l’Umuganda que les vallées de Nyandungu et de Nyarutarama ont été aménagés ainsi que le lac artificiel de Nyarutarama. Ce n’est pas tout! Sur les montagnes de Jali, Nyarurama et du Mont-Kigali, les citoyens ont planté des arbres pour lutter contre l’érosion, un fléau problématique au Rwanda. Pour les mêmes raisons, on ne saurait oublier l’aménagement des terrasses au flanc des « milles » collines Rwandaises et la plantation d’arbres et d’arbustes pour soutenir les sols, toujours dans le cadre de l’Umuganda.

Ces travaux se faisaient dans un climat cordial et sans pression avec ce sentiment de contribuer véritablement à quelque chose d’utile pour sa communauté. Cette gaieté ne se terminait pas avec l’Umuganda car le samedi en général était une journée relaxe. Après l’Umuganda, les gens continuaient à socialiser en après-midi, les hommes dans les cabarets, les femmes chez leurs voisines, et les jeunes sur les terrains de sports ou s’organisant des rencontres entre amis. Même dans les internats des écoles secondaires, c’était le jour alloué à toutes sortes de travaux: lessive, nettoyage et achats de provisions. Tout était mis en place pour la journée du repos du lendemain, le dimanche, pour être fin prêt pour la semaine à venir.

Comme mentionné en haut, lié au pouvoir du Président Habyalimana, Umuganda fut banni en 1991 pour revenir en 2001 avec quelques changements. C’est seulement le dernier Samedi du mois que l’Umuganda est fait par toute la population à partir de 18 ans. La nature des travaux change aussi, c’est plus les travaux de nettoyage, de réparation des routes et des ponts etc. Cependant, le côté convivial de l’activité est toujours au rendez-vous mélangé avec ce sentiment d’être un bon citoyen qui participe au développement de son pays.

C’est avec grand respect que je rends hommage à tous ces citoyens des villes et des campagnes rwandaises qui participaient chaque samedi à l’Umuganda et à ceux d’aujourd’hui pour chaque dernier Samedi du mois. Grâce aux premiers nous avons eu des écoles pour nos enfants, des lieux de soins pour nos malades, et bien d’autres infrastructures dont nous avons pu bénéficier en tant que citoyens. Grâce à ceux d’aujourd’hui, nous avons des villes propres et les gestes d’éco-citoyen pour un quotidien durable s’installent petit à petit grâce à ce nettoyage collectif. Pour ce geste de solidarité collectif, de devoir civique et pour les services rendus au pays grâce à l’Umuganda :

Umunyarwanda Niyubahwe!

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