“Safari Nyubaha”: Quand les autorités se battent avec la population!

Par RUGEMINTWAZA Erasme

Au début du mois d’août 2021, une petite vidéo a circulé sur les réseaux sociaux, suscitant ainsi l’indignation généralisée. En légitime défense, l’homme du nom de Safari  se débattait contre un agent de sécurité de  la milice de l’Etat, «DASSO». Mais la petite histoire est une partie visible de l’iceberg. 

L’histoire est devenue virale sur la toile, de telle sorte qu’elle est actuellement devenue une sorte de slogan ironique donnant lieu aux inscriptions sur les t-shirt et même sur les chaussures : « SAFARI NYUBAHA » (Safari, respectes-moi).

Qui est ce Safari qui va  défier l’autorité locale, la ridiculiser même pour susciter une compassion pour lui? La vidéo qui a circulé, montrer des scènes entrecoupées mais voici l’histoire.

Safari est un fermier du District de Nyagatare, dans la province de l’Est, dont l’élevage bovin représente près du tiers du pays. La zone d’élevage appelée communément Umutara est une savane avec des fermes très étendues. Cette zone, Umutara, d’éleveurs est principalement la partie du Parc National de l’Akagera, qui a été occupée après la guerre civile rwandaise, par le retour les réfugiés rwandais Tutsis venus de l’Ouganda, et qui sont des éleveurs par tradition. Ainsi le Parc National de l’Akagera a été détruit par cette occupation à plus de la moitié de sa superficie. Le Parc National de l’Akagera, à sa fondation en 1934 jusqu’en 1994 avait une superficie de 2500km2 juste plus de 10% de la superficie du Rwanda, pour rester avec seulement 1122 km2  après son occupation: une catastrophe écologique bien camouflée par l’Etat car ce qui va s’en suivre c’est l’extinction de la population des lions et des rhinos. On y introduira d’autres après 2015.

Dans l’Umutara, il y a un élevage des vaches de masse où un fermier peut avoir jusqu’à 200 têtes. Ceci permet souvent d’amener les vaches vers les barrages d’eau. Pour dire que les vaches d’Umutara font beaucoup de déplacements. Mais à part ces mouvements légaux à la recherche de l’eau, les éleveurs de l’Umutara ont cette tradition qu’ils ne parviennent pas à dépasser : ils aiment souvent amener des vaches brouter dans des abords de grandes routes contre toute restriction administrative. La fameuse histoire de Safari s’est déroulée dans le contexte où l’autorité de base faisait le contrôle pour punir et faire respecter les instructions et ordres emmenant d’en haut. Mais la transgression de ces ordres est presque de règle chez ces peuples d’éleveurs d’Umutara, dont la majorité sont venus de l’Ouganda et ipso facto se donne de l’importance dans la guerre de conquête du Rwanda. Sans mâcher les mots, les gens de cette contrée défient les autorités; dans ce cas d’espèce ils disent que sans la vache le Rwanda n’aurait jamais été reconquis, pour dire qu’il ne faut pas toucher à la vache!

Pour illustrer cet esprit de défiance envers l’autorité de cette population d’Umutara, en voici trois situations dont je fus témoin. En 2005, une histoire pareille à celle-ci s’est produite. Les Agents de la Défense Locale (LDF), la milice de l’Etat qui est devenue DASSO, ont repéré une dizaine de vaches dans les limites de la Ville d’Umutara (Nyagatare). Les  vaches ont été mises sous la garde de ces agents de sécurité, en attendant que l’éleveur vienne verser l’amende, très lourde de 10 mille francs par tète. Mais un ordre venant d’en haut a donné les injonctions au commandant régional de la police et au secrétaire exécutif de la province d’Umutara, de conduire, aussi vite que possible, les vaches chez le vieux éleveur. On a appris par après que les injonctions sont venues d’un Général de l’armée, de la famille du vieux éleveur. Une autre fois, toujours en 2005, le maire de la ville d’Umutara (Nyagatare) a fait presque la même  chose pour les chèvres qui sont venues errer en Ville d’Umutara qu’il dirigeait. Le Maire a ordonné qu’on les garde dans un conteneur ad hoc. Le lendemain on a été tous, présents là-bas, d’entendre le vieux fermier, propriétaire des chèvres demander au maire si par hasard il ne serait pas fou! Les chèvres ont été relâchées, sans sou d’amende. Le maire m’a un jour révélé que les injonctions lui ont été données. Et voici qu’un jour, le Président Paul Kagame, effectua, une visite à Nyagatare. Dans son discours, il voulut mobiliser la population d’Umutara de changer les mentalités, et d’adopter un élevage moderne d’utilité et non de prestige. Par un exemple Paul Kagame critiqua ces éleveurs qui ont même plus de 50 vaches qui demandent de l’argent à leurs enfants étudiant à l’université pour acheter par exemple le sel à lécher pour les vaches à la paie du prêt-bourse, alors qu’au contraire,  ces parents devraient aider leurs enfants, et pourquoi pas s’enrichir. Par ici Paul Kagame a dit que les vaches pareilles qui ne donnent pas de l’argent aux éleveurs sont comme des portraits sur papier. A ce moment là, presque toute la salle grouilla, comme pour huer le président.

Voilà l’Umutara de Safari George. Umutara des Généraux, Umutara des Libérateurs du Pays, Umutara qui hue le Président, Umutara, pays des vaches et des hommes, pays où la croyance populaire de ces éleveurs est que la vache est l’aînée de l’homme! Travailler dans cette partie du pays sans être natif, c’est une option qui n’a pas d’autre alternative. Beaucoup sont des gens qui préfèrent perdre leur travail au lieu d’être mutés dans l’Umutara!.

L’histoire de Safari, peut facilement se comprendre sous cette toile de fond. Alors dans l’opération contre ceux qui enfreignent aux instructions de ne pas laisser les bétail errer, ou les faire brouter aux abords de la route car c’est la cause de pas mal d’accidents mortels, ce secrétaire exécutif de cellule de Musenyi, dans le Secteur de Karangazi et un agent de DASSO, n’ont pas considère tout cela. Ils vont alors s’en prendre aux vaches de Safari. L’agent de DASSO, comme d’habitude, va violemment s’attaquer à un jeune berger et déchire ses habits. Safari  accouru et demanda au jeune berger d’obtempérer et de ne pas se bagarrer avec les autorités et s’éclipsa  pour aller conduire ses vaches. Mais le secrétaire exécutif, va demander à l’agent de sécurité et autres avec mots bien claires d’aller attaquer Safari, qui probablement s’en aller avec les vaches. L’agent de DASSO s’élança à sa poursuite pour l’arrêter. Mais une bagarre tourna mal pour le jeune de DASSO, Safari le mit KO, l’étouffa pour l’étrangler, celui-ci cria au secours. Accouru, le secrétaire exécutif de cellule de Musenyi, Mr. Twahirwa Gabriel, va implorer Safari de lâcher le DASSO en ces mots : «  SAFARI NYUBAHA », littéralement, « SAFARI RESPECTES-MOI ». Alors SAFARI lâcha prise et s’en alla. Un curieux avait suivi toute cette scène, et prenait une vidéo pour enfin la partager sur les réseaux sociaux. La vidéo alors va susciter un tollé l’indignation sur la toile. La question primordiale, était de savoir celui qui, des deux, SAFARI et le DASSO était répréhensible.

Beaucoup ont trouvé l’acte de Safari comme une légitime défense, car il venait de voir combien cet agent de sécurité est violent et surtout l’ordre du secrétaire exécutif venait d’être donné : «  Allez arrêter Safari » auquel s’ajoutent les voix : «  Allons, frapper ce vieux-là ». Mais Safari, un homme de 60 ans leur a montré de quel bois il se chauffe en neutralisant le jeune agent de sécurité. D’autres, mais trop peu, condamnent Safari en disant qu’il a poussé trop loin la témérité.   

Au départ Safari seul a été arrêté. Mais mais le Ministre de l’Administration Locale, GATABAZI Jean Marie Vianney, a directement condamné les autorités qui utilisent beaucoup de la force contre la population. Ceci va changer le cours du dossier. Et l’on ne peut s’en passer de remercier Mr. GATABAZI Jean Marie Vianney, de sa position avisée.

Ainsi le 25 août 2021, le District de Nyagatare a rejeté en bloc le comportement de ces agents, le secrétaire exécutif et l’agent de sécurité. On lit sur le compte tweeter du District de Nyagatare : « Même si le District mène des opérations contre l’errance du bétail, la façon dont l’opération  a été menée n’est pas normale. Les parties qui se sont bagarrées seront poursuivies par la justice.»

On apprendra par la suite que le secrétaire exécutif en question ainsi que l’agent de  DASSO ont été  démis de leur fonction.

En somme, la culture de la violence de l’autorité envers la population est bien encrée dans l’administration du pays des Milles Collines avec le régime du FPR. Elle est l’héritage de l’administration des rebelles où tout se fait par la violence pour semer la terreur et par là forcer l’adhésion et opprimer les velléités ; la justice étant une procédure longue et de seconde zone. On a même publiquement, dans les terrains de réunion, fusillé les gens, sans aucune forme de procès, pour montre aux gens comment on punit l’ennemi. Dans les années 1998 on assisté aux réunions pour la bastonnade publique des gens. On est témoin, a plusieurs reprises aux scènes où les autorités giflent ou frappent en public les gens. C’était monnaie courante de voir un général, gifler un maire civil de district par exemple, pour un simple mépris et arrogance envers lui. C’est toujours courant de voir un policier abattre une personne sans suite. Ainsi, il est très difficile de séparer le régime du FPR-Inkotanyi d’avec la violence car c’est le règne  de la terreur, pour faire taire le cafre. Le pouvoir du FRP-Inkotanyi est acquis par la terreur, elle ne peut se conserver que par cette même terreur. Les scènes comme celle où Safari incarne la légitime défense, constituent le lot quotidien dans chaque cellule ou chaque village du pays; seulement elles se font loin des cameras! On peut remercier le filmeur, car ensemble, avec tout moyen a la disposition on pourra combattre le mal et changer la société, car le silence devant un crime est une lâcheté, il est complicité!

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