RWANDA-RDC: Quand Kagamé défie et nargue les Congolais et la communauté internationale!

Par RUGEMINTWAZA Erasme 

Dans l’exclusif accordé aux media les plus prisés par la communauté francophone, France 24 et RFI, dans la soirée du 17/05/2021, lors de sa visite en pompe  à Paris, le Président Paul Kagamé a plus que nargué les Congolais tout en défiant la communauté internationale. Ses positions vis-à-vis des crimes perpétrés en RDC, sa vantardise pernicieuse à l’égard de la Mission de l’Onu au Congo (Monusco) ont provoqué un vague tollé qui risque de ternir l’image de l’homme fort de Kigali qui dans ces derniers jours est en perte de vitesse et devient de plus en plus isolé par ces voisins. Que s’est-il passé? Comment le monde réagit-il à ses propos?

Tout commence à Paris, cette soirée du 17/05/2021, devant les cameras et les micros des medias les plus prisés par la communauté francophone, France 24 et RFI. L’homme fort de Kigali avec  hargne et dédain, va faire des propos qui vont devenir un boomerang qui risque de le terrasser et le transformer en héros de «Le lion et le moucheron»

Les journalistes Marc Perelman de France 24 et Alexandra Brangeon de RFI, ont bien choisi le moment, Kagamé était dans l’ivresse de sa visite à Paris non seulement parce que  Paris semble accepter de se mettre à genoux et demander pardon de ses « lourdes et accablantes responsabilités » dans le Génocide contre les Tutsis de 1994,  mais surtout Kagamé était à Paris pour étaler son luxe. Qu’est- ce qu’on peut dire  en fait d’un homme qui mobilise trois jets de luxe pour une visite, officielle soit-elle, alors que la population meurt de faim, dans son pays où personne ne sort plus! Pour les journalistes c’était un moment très propice de faire danser Kagamé en extase. N’est-ce pas que « in vino veritas! »

Kagamé rejette catégoriquement le « Rapport Mapping »

A côté des interrogations relatives à la négociation du pardon pour le rôle de Paris  dans le Génocide contre les Tutsis de 1994, Kagamé a aussi répondu aux questions,  qui mettent en cause le Rwanda dans les problèmes plus graves que ceux qui le poussent à demander Paris de se mettre à genoux voici déjà 27 ans. Une sorte d’attrape-nigaud, bien tissé par des journalistes Marc Perelman et Alexandra Brangeon! Ces problèmes  sont en fait des crimes contre l’humanité dans  lesquels l’armée de Kagamé a pris part au Congo de 1996-2003, crimes  contenus dans le rapport onusien du nom de « Rapport Mapping» ; les journalistes voulaient savoir surtout si Kagamé  accepterait le jugement de ses officiers pour ces crimes et la responsabilité  dont le rapport fait état. 

Avec hargne et dédain, Kagamé a répondu que «  Le rapport du projet Mapping a été extrêmement controversé. Et en réalité, il est hautement contesté par les des gens que ce soit en RDC ou dans les pays voisins. Il a été politisé. Mukwege devient un symbole, un outil de ces forces qu’on n’aperçoit pas et il reçoit le prix Nobel donc, on lui dit quoi dire et j’ajouterai qu’il y a d’autres rapports qui sont sortis et qui contestent en disant tout à fait l’inverse. Il n’y a pas eu de crimes. Même en RDC. Absolument pas. Que ce soit par les personnes soient évoquées ou les pays cités. Si vous voulez, c’est la théorie du double génocide  qui est à l’œuvre. »

Depuis ces déclarations, les réactions fusent de partout pour dénoncer ces propos de Kagamé.

Ainsi Martin Fayulu, membre du présidium Lamuka est monté au créneau pour déplorer et décrier ces propos de Kagamé et les rapprocher ainsi au manque d’un leadership légitime, fort à la tète du pays. Il dit « Nous n’accepterons pas les propos négationnistes de qui que ce soit sur les crimes en RDC »

Alors que pour Muzito, coordinateur de la coalition Lamuka «  Aucun révisionnisme déclaratoire de l’occupant ne pourra effacer les crimes commis à Makobola, Mwenga, Kasika, Kisangani lors de la guerre de six jours et ailleurs à l’Est de la RDC. Le rapport Mapping doit être exhumé et un tribunal pénal international pour la RDC, constitué »

Seth Kikuni candidat à la présidentielle de 2018, voit l’humiliation dans les propos de Kagamé et déclare que «la diplomatie, ce n’est pas seulement sourire et  fraterniser. C’est aussi dire qu’on n’est pas d’accord, faire la guerre quand les mots ne suffisent plus, corriger les bêtises qui touchent à la dignité nationale. Macron et Kagamé nous humilient, on se contente des photos»

Noel Tsiani, un autre candidat à la présidentielle de 2018,  reconnaît que cette prise de position de Kagame choque en disant  « Les propos de Paul Kagamé en niant l’existence des massacrés congolais tels que relevés par le Rapport Mapping sont choquants. Ce monsieur vend le génocide rwandais (de 800 milles victimes seulement ndlr), mais crache sur les 10 millions de congolais tués du fait de ses aventures en RDC. Dégoutant! ». Quant à Bienvenue Matumo activiste du Mouvement  Lutte pour le Changement (Lucha)  dit « Les propos de Paul Kagamé sur la rapport Mapping et sur le prix Nobel de la Paix Denis Mukwege sont négationnistes et graves qui méritent une réaction publique des autorités congolaises. Cracher sur nos millions de morts est une déclaration de guerre contre la République ». Le mouvement citoyen Filimbi quant à lui dit que « ces propos du Président Paul Kagamé sont une insulte à la mémoire de nos morts, une insulte à tout le peuple congolais. Nos autorités ne peuvent en aucun cas rester aphones! Non au négationnisme!»

Le président  Felix Tshisekedi n’a pas attendu, les cris de colère de ses compatriotes pour  réagir. Il dit qu’il ne  veut pas faire la polémique et de surcroît dans les medias, il entend plutôt la promotion de la justice. Dans une interview accordée aux media internationaux,  il déclare prudemment : «Je n’ai pas de polémique à faire avec  le président Kagamé, je n’ai pas à utiliser les media pour répondre au président Kagamé, j’ai d’autres voies et je les utiliserai pour lui parler. J’insiste ici sur le fait que le Rapport Mapping n’est pas un  rapport congolais, il a été fait par les experts onusiens. C’est le Rapport Mapping. Nous, ce que nous avons à faire c’est de ramener l’ordre, la sécurité et la paix à l’est du pays, de mettre fin à ce cycle de la mort de nos compatriotes et après aussi d’ouvrir une page de justice qui ira dans tous les sens transitionnel ou pénal,  peut importe. Le but c’est de rendre hommage à toutes ces victimes injustement abattues. Et donc, moi je m’inscris plutôt  dans la logique de la paix, la paix dans mon pays, la paix avec mes voisins, et je ne fais pas attention à ces genres de déclarations qui, peut-être, peuvent mettre le feu à la région, car ne sert à rien, donc je n’ai vraiment pas l’intention à répliquer à cela ». Il continue que « ce serait plutôt une attitude positive que le président Kagamé aurait de collaborer. Si les gens qu’il défend sont innocents, la justice va les innocenter […] S’il y a au FPR des gens qui ont commis des crimes, ils doivent être attrapés par la justice. Et c’est dans l’intérêt du président Kagamé de les livrer à la justice, parce que qu’il y va de l’honneur de son pays aussi.»

Alors que le 30 Avril 2021, dans le Congrès du FPR, Kagamé se targuait d’avoir d’excellentes relations avec la RDC, voici que son attitude arrogante déterre la hache de la haine. Maintenant, tout le Congo est mobilisé contre Kagamé. Ainsi une cinquantaine de personnalités congolaises, scientifiques, politiques, activistes, artistes signe une tribune réagissant  à ces propos de Kagamé qu’ils traitent de négationnistes. Ces personnalités disent que nos seulement les faits sont là et sont têtus mais qu’il y a aussi une jurisprudence  de la Cour Internationale de justice qui a reconnu les responsabilités de Kampala dans les exactions commises par son armée entre 1997 et 2003, dans la partie Nord-Est de la RDC. On pense ipso facto à la ville de Kisangani, qui a été, comme vous le savez, le théâtre d’affrontements sanglants dans la «  guerre des six jours » (du 5 au 10 juin 2000), entre les forces rwandaises et ougandaises. Dans leur tribune ils déclarent : «Avec force nous disons non au négationnisme ! Il s’agit ici d‘une évidence que les propos blessants de M. Kagamé, truffés de déni, ne peuvent rien changer. Face à cette ignominie, se battre pour que justice soit rendue un jour au nom des victimes doit devenir désormais une cause nationale. Cette tribune, c’est  pour que nul ne l’ignore et pour la postérité. Qui d’autres que nous, si ce n’est pas à nous de nous indigner contre les mensonges du président Kagamé. Qui d’autres que nous, si ce n’est pas à nous d’appeler les autorités congolaises à rompre le silence et à réagir. Notre indignation comme celle de ces Congolaises et Congolais qui fourmillent d’une colère légitime marque une nouvelle page dans la prise de conscience, dans la lutte contre la falsification de l’histoire et sa réécriture au gré de sentiments et non de la vérité historique. Les faits et la vérité sont têtus et nous sommes confiants qu’un jour les responsables des crimes et massacres des citoyens congolais répondront de leurs actes. Ce jour arrivera. Le Congo n’oubliera pas. Nous n’oublierons jamais le sang de nos frères et sœurs qui continue à crier en nous et qui criera pour nos enfants. Vingt ans  de silence coupable, de mensonge, de pillage, de vol et de viol ne disparaitront pas du fait de quelques mots prononcés devant les journalistes. Nos morts sont présents en nous et alimentent chaque jour notre soif de justice et de vérité. Nous en sommes convaincus, un jour face à l’Histoire, mort ou vivant, chacun rendra compte de ses crimes n’en déplaise à M. Kagamé. Car la dignité, la justice et l’honneur d’un peuple n’ont pas de prix». 

Signalons que parmi les réactions rapides, on compte une excuse à peine voilée du Ministre des Affaires Etrangères. Dr Vincent BIRUTA qui écrit sur son compte Twitter : «  Il y a confusion sur ce que le Prés. Kagamé a dit sur le rapport Mapping lorsqu’il a été interrompu par Alexandra Brangeon. Il a fait valoir que le rapport est utilisé pour accuser à tort certains individus/pays afin de faire avancer la théorie du «  double génocide ». Cette excuse n’a non plus de sens car elle vient au contraire confirmer combien le pouvoir de Kigali est totalement obnubilé par le Génocide contre Tutsis, qui est devenu la mesure de tout. C’est un tribalisme pernicieux de prendre que seuls les massacres des Tutsis peuvent être qualifiés de génocide aux mépris des autres, d’ailleurs plus important en nombre! L’attitude de Kagamé trahit aussi la justice rwandaise, seule sa parole fait tomber le verdict. Comment se proposer d’innocenter les gens qui ne sont même pas encore devant les juges. Veut-il négocier une amnistie pour ses hommes qui ont écumé les villages et contrées entiers? Pourquoi le fait-il en brandissant un chantage tribal ?

Quant au prix Nobel de la paix congolais, Docteur Denis Mukwege que Kagamé blâme en lui reprochant d’être une marionnette à la solde de ceux qui l’ont couronné, le président Felix Tshisekedi encore une fois tranche : « Par rapport au Docteur Mukwege  je le dis, j’insiste ici, c’est une fierté nationale. D’ailleurs il tarde qu’on lui décerne une décoration valorisant son combat pour la réparation des femmes, son combat pour la restauration de la paix à l’est, et il a toute ma confiance et toute mon affection. Ce n’est sûrement pas quelqu’un qu’on peut manipuler. Il est originaire de ce coin là, il vit là-bas près des victimes. Je crois que c’est quelqu’un  qui est bien placé pour parler de nos populations. Donc il a toute mon affection et mon soutien.» Voilà, les dés sont jetés!

Kagamé méprise la Monusco

Kagamé a aussi nié la présence de ses troupes sur le sol congolais dans l’est de la RDC dont le rapport, encore une fois des experts de l’ONU fait état. Dans son arrogance inégalable Kagamé méprise l’ONU et lui demande au contraire de dire ce qu’elle a fait pendant les 20 ans passés en RDC, « Je demande aux Nations Unies d’aller plus loin et de se poser la question de savoir pourquoi le Rwanda devait se rendre en RDC alors que ce sont eux les responsables de cette situation. Si nous y étions, ça ne serait pas un échec. Ça, je peux vous assurer qu’on n’échouerait pas à régler le problème des groupes armes » et d’imputer à la Monusco l’échec du règlement de la crise dans l’est du Congo, en l’interpellant : « Qu’avez-vous fait là pendant 24 ans ? Vous y allez pour régler un problème, que s’est-il passé ? C’est un énorme échec, c’est peu de le dire!»

Si Kagamé a des solutions pour l’insécurité de l’est de la RDC, la logique est qu’il en est aussi la cause car l’assurance avec laquelle il jeta la honte sur la Monusco est révélatrice d’autant plus que ses troupes sont dans la région non sous une quelconque coopération plutôt comme des mercenaires payés. Ainsi l’on soupçonne Kagamé de former les milices qui peuvent être utilisés à déstabiliser la région par ce que seule l’insécurité de cette région lui procure le couvert de piller les richesses du Congo. Ainsi au Rwanda les gens rapportent qu’il y a des dépôts souterrains des produits miniers du Congo, or, uranium, coltan….

Ce mépris envers la Monusco a finalement brisé le silence de celle-ci. Ainsi le porte parole de la Monusco va faire un  point de la presse comme réponse aux propos de mépris de Kagamé, « En  ce qui concerne l’analyse du président Paul Kagamé sur le bilan de la Monusco, vous le savez, chacun est libre de son analyse, chacun est libre de son opinion. Pour nous,  ce qui est important est de rappeler que nous avons trouvé un pays qui était au bord de l’implosion il y a 20 ans. Avec les efforts conjoints de la Monusco et les autorités congolaises, nous  sommes parvenus à préserver les frontières héritées de la colonisation, à avancer petit à petit l’autorité de l’Etat sur la totalité du territoire national », a affirmé le porte parole de la Monusco, Mathias Gillam, au cours d’un point de presse à Kinshasa. «  Il y a un travail qui reste à finaliser et je ne suis pas en train d’essayer de minimiser les difficultés ou les reculs qu’on a pu connaître. Mais il y a eu des progrès. Il faut bien se souvenir que la Monusco n’a jamais eu pour vocation de se substituer à l’Etat. Nous avons toujours eu à travailler dans une dynamique nationale qui n’a pas toujours été facile et une dynamique régionale également qui n’a toujours pas été positive, donc cet ensemble de facteurs qui rentrent en compte pour l’analyse du bilan de la Monusco.»

Kagamé n’a pas manqué de critiquer la décision de son homologue congolais de décréter un état de  siège dans les provinces du Nord Kivu et Ituri. Il dit :  «  c’est une chose que de décréter l’état de siège, pour ma part, je le ferais aussi, mais je suivrais ça par des actions bien réfléchies et planifiées pour mener des actions concrètes et ne pas avoir le même problème au bout de cinq ans ou même un problème plus important  ”. Il est très bien visible que Kagamé critique l’armée congolaise qui a été depuis longtemps traités de Kigali d’une bande de couards. Mais il insinue aussi que la situation peut dégénérer dans la situation qu’a connue le Congo aux  temps de ces guerres dans lesquelles le Congo invita une dizaine de pays amis. Et plus curieusement on signale déjà les armées ougandaises et kenyanes sous le sol congolais, sans oublier, certainement les troupes de Kagamé officieusement opérationnelles. Ainsi le Congo court le grand risque, encore une fois, de voir les armées étrangère s’affronter sur son sol pour son sous sol! Si le Rwanda et l’Ouganda se sont affrontés à Kisangani en 2000, alors qu’ils étaient amis, que pourront-ils faire dans le moment actuel où ils se regardent comme les chiens de faïence?

A l’heure qu’il est Kigali s’active pour essayer de calmer le feu allumé par  la hargne et le mépris que son Kagamé nourrit pour les autres. Ces propos sont devenus comme une trainée de poudre, une goute d’eau qui fait déborder le vase! D’aucuns  se demandent si un jour le Rwanda aura une diplomatie bénéfique à son peuple et qui n’est pas l’apanage d’un individu, une diplomatie qui leur permette de sortir de leur pays et d’aller chez les pays voisins dans lesquels les Rwandais ont des amis et des frères de sang sans se faire lyncher comme des agents secrets de Kagamé. Les pays voisins restent solidaires et ont conclus de grands projets pour isoler le pays des milles collines. Des routes contournent le pays, les projets d’oléoducs et les lignes électriques de grandes tensions avortent, et il semble que le projet de train ne verra jamais le jour sous le règne de Kagamé. Le comble dans tout cela est que les Rwandais ne savent pas qu’ils ont un virus qui ronge les liens amicaux avec ses voisins. Ce n’est autre que l’arrogance, le soif de la grandeur de son président! Comment peut-on cracher sur la mémoire de celui qu’on déclare être son meilleur ami ? Le Rapport Mapping a plus que jamais mis à nu la vraie image de Kagamé : un homme rongé par les remords  et obnubilé par cataclysme dans lequel il a plongé son pays et la région entière à telle enseigne qu’il oublie les malheurs des autres! Si Kagamé demande à la France de se mettre à genoux pour des « responsabilités lourdes et accablantes », sans « complicité» dans le génocide qu’il a lui-même provoqué avec des rapports commandés et taillés à mesure, est-il prêt de faire autant devant le peuple congolais dont les crimes sont consignés dans les annales de l’ONU? Kagamé croit-il que tous les rwandais ont de jets pour aller s’approvisionner en France, en Israël ou dans les Emirats? La sagesse rwandaise nous dicte pourtant qu’ «Un bon voisin est plus important qu’un frère ou ami éloigné ».  Il est grand temps que les vrais fils et filles du Rwanda se lèvent pour libérer les Rwandais de la prison où Kagamé les a verrouillés et asseoir une diplomatie de bon voisinage. Mais une diplomatie qui se construit sur le mensonge, sur l’arrogance, une diplomatie sans respect mutuel et respect des valeurs  et l’histoire d’autrui, une diplomatie sans vérité est  un arbre pour lequel tout zéphyr est un ouragan!

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