Rwanda : Mme IRYAMUGWIZA IDAMANGE Yvonne harcelée, insultée, menacée de mort et arrêtée pour sa liberté d’opinion.

Paris le 16 février 2021

Déclaration N°2/2021 – communiqué sur la liberté d’opinion 

Selon le communiqué de la police rwandaise signé ce 15 février 2021, Mme IRYAMUGWIZA IDAMANGE, une mère de quatre enfants vient d’être arrêtée à Kigali autour de 14H00 pour crimes graves  incluant le désordre public, la résistance à une arrestation légale   et voies de fait graves. Le même communiqué précise au début que Mme IRYAMUGWIZA IDAMANGE Yvonne « a exposé un comportement mêlant politique, criminalité et folies sur différentes plateformes médiatiques ».

Selon certains média rwandais de Kigali (RIB yataye muri yombi Idamange – Kigali Today), le Rwanda Investigation Bureau (RIB) aurait confirmé qu’elle serait en détention à la station de police de Remera.

Par ailleurs et selon les médias de Kigali (Idamange yatawe muri yombi – IGIHE.com), RIB a informé les médias que Mme IRYAMUGWIZA IDAMANGE a été arrêté pour incitation au soulèvement populaire et à la subversion.

A la suite de l’interpellation des autorités rwandaises par  Mme IRYAMUGWIZA IDAMANGE  Yvonne publiée sur Youtube et les réseaux sociaux  depuis le 31 janvier 2021 sur la mauvaise gestion du pays et sur les violations des droits de l’homme et en fustigeant les dirigeants  sur  les mesures prises pour endiguer la pandémie de covid 19, elle a reçu des menaces, des harcèlement et des intimidations des personnalités diverses et pro-gouvernementales.

Elle a été traitée de tous les noms ignobles et indignes qu’une personne respectueuse de la dignité humaine ne peut prononcer contre une dame ou toute autre personne au simple motif qu’elle ne partage pas votre point de vue. Elle a été vertement critiquée et insultée sur les médias sociaux par des personnes  que le monde pensait être respectable. Elle vient d’être arrêtée ce lundi 15 février 2021 pour avoir exprimé ses opinions sur la gestion du pays. 

L’ODHR constate qu’avant son arrestation  ((15) Accueil / Twitter ) ce lundi  15 février 2021 dans l’après-midi par le RIB et la police rwandaise dans des conditions brutales, elle avait posté une vidéo clarifiant ses propos critiqués par la Commission Nationale de lutte contre le  Génocide (CNLG) et par d’autres personnalités du régime de Kigali.

Elle a souligné que suite aux menaces d’arrestations et ou d’assassinat dont elle faisait l’objet, elle tenait à clarifier qu’elle ne niait pas le génocide étant elle-même  une rescapée du génocide des Tutsi, qu’elle dénonçait plutôt l’utilisation du génocide par un groupe de dirigeants du pays pour  acquérir  des privilèges ou en priver à d’autres. Elle a dénoncé les mauvaises conditions, des assassinats et des disparitions de plusieurs rescapés du génocide des Tutsi parmi lesquels Kizito MIHIGO, RWIGARA Assinapol, Assiel KABERA, la disparition de l’artiste Innocent en février 2021  Bamporiki  et bien d’autres pour souligner la menace qui pèse sur les rescapés.

Elle a appelé les rwandais à se mobiliser partout dans le pays pacifiquement, bible ou autres instruments de prière à la main pour marcher vers la présidence rwandaise pour réclamer leurs droits d’être tenu au courant sur la gouvernance du pays, sur la vie de leur président, leurs droits à la démocratie, à la sécurité  et au respect des droits des personnes. Elle a rappelé à certains responsables de l’armée de prendre leurs responsabilités. Elle a demandé une mobilisation générale et engagée  des rwandais de l’intérieur et de l’étranger pour se lever pour leurs droits ; elle a insisté sur l’importance de ce moment. Elle a aussi demandé aux forces de sécurité et de police de protéger les citoyens dans leur marche de ce mardi 16 février 2021 à 9H00. 

Elle a souligné qu’avant cette clarification, un membre du gouvernement appelé BAMPORIKI a été envoyé pour acheter son silence mais qu’elle avait refusé et qu’elle avait été menacée de mort ((1) Facebook :voir extrait de son témoignage dans l’audio partiellement reproduit ci-après): « ..You will shut up, and if you don’t, you will be killed. Your death will be spoken about for just one week and you will be forgotten ; the Minister told me. I have an audio recording of the conversation I had the Rwandan Minister BAMPORIKI Eduard, who came over to my house on February 11th and 14th, 2011 »- (notre traduction : Le Ministre m’a dit :  tu te tairas et,  sinon, tu seras tuée. On parlera de ta mort juste une semaine et  on n’en parlera plus. J’ai un audio enregistré de la conversation  que j’ai eu avec le Ministre rwandais BAMPORIKI Eduard qui est venu chez moi à la maison le 11et le 14 février 2021). A la fin de son message elle indique qu’elle ne pourra plus  transmettre ses messages et que de toutes les façons elle s’attendait aux conséquences de ses actes.  L’ODHR dénonce une arrestation purement liée aux restrictions de la liberté d’expression et d’opinion dénoncées par les rapports dans l’Examen périodique universels (EPU) lors de l’examen de la situation des droits de l’homme par le Conseil des droits de l’homme à Genève le 25 janvier 2021. Lors de cet examen, plusieurs pays ont exprimé leurs préoccupations sur les restrictions de la liberté d’opinion, des exécutions sommaires et des disparitions.

La police veut faire passer cette liberté d’opinion à la fois pour un crime et une folie pendant que le RIB la qualifie d’incitation au soulèvement populaire et subversion. Ce qui indique que la police rwandaise et le RIB ont déjà pris position dans cette affaire et rentrent dans la ligne des détracteurs d’IRYAMUGWIZA IDAMANGE Yvonne en ignorant le principe de présomption d’innocence pourtant enregistré dans les dispositions constitutionnelles et les conventions ratifiés sur les droits de l’homme. Mme IRYAMUGWIZA IDAMANGE Yvonne insiste dans son message sur une manifestation pacifique, bible ou autre instrument de prière à la main.  

L’ODHR demande au Gouvernement rwandais de garantir la vie et la sécurité de Mme IRYAMUGWIZA IDAMANGE Yvonne, de la libérer  immédiatement et de respecter ses engagements de respects des droits de l’homme exprimés à travers la constitution rwandaise, la Déclaration Universelle des droits de l’homme et d’autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme.

L’ODHR demande aux citoyens rwandais et à la communauté internationale d’exiger que le Gouvernement rwandais respecte le droit à la vie, à la sécurité et aux autres libertés fondamentales pour ses citoyens parmi lesquelles la liberté d’opinion et le droit de participer à la gestion de son propre pays et d’être informé sur les conditions de cette gestion y compris sur la vie et la santé du gestionnaire suprême du pays. C’est un droit à l’accès à l’information et une question de transparence sur la vie publique du président.

Pour l’ODHR

Laurent MUNYANDILIKIRWA, Président

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