Une croissante répression au Rwanda

By The Rwandan Lawyer

Introduction

Avril 2021 a marqué la 27e année depuis que les événements du génocide rwandais ont eu lieu, faisant environ 800 000 morts et le monde était choqué par de telles atrocités commises au 20ème siècle et malgré l’adoption de la convention internationale contre le génocide de 1948 et d’autres traités consacrant les droits humains. Au lendemain du génocide rwandais, le monde s’est engagé à ne plus jamais se détourner pour que des crimes similaires contre l’humanité ne puissent plus se reproduire. Dans le même cadre, Le régime FPR qui a pris le pouvoir au Rwanda bénéficia de la sympathie et de la compassion envers un peuple si meurtri et les aides de toutes sortes affluèrent. Malgré cette situation favorable au rebond socio-économique, les nouveaux maitres du pays se sont retenus et se sont livrés aux massacres de civils innocents d’ethnie hutue et à la répression d’opposants politiques de l’intérieur et de l’extérieur du pays au point que l’ancienne victime est finalement devenu le bourreau de façon que la communauté internationale reste consternée de voir une augmentation constante du niveau d’atrocités, de répression et de mépris effronté pour la vie humaine manifesté par le Gouvernement du Rwanda. En effet, des événements récents révèlent que le président Paul Kagame et le Front patriotique rwandais au pouvoir continuent de cibler ceux qui sont perçus comme une menace pour le gouvernement. Plusieurs critiques de haut niveau du gouvernement sont arrêtés ou menacés. La détention arbitraire, les mauvais traitements et la torture dans les centres de détention officiels et non officiels se poursuivent. Les normes d’équité des procès sont régulièrement bafouées dans de nombreuses affaires politiques sensibles, dans lesquelles des accusations liées à la sécurité sont souvent utilisées pour détenir et poursuivre d’éminents détracteurs du gouvernement. Il importe ici de soulignant des cas particulièrement alarmants parmi tant d’autres.

1.Enlèvement, transfert illégal, détention, procès du héros du film Hôtel Rwanda — Paul Rusesabagina

Le 28 août 2020, Paul Rusesabagina, un héros de renommée mondiale, reconnu pour ses efforts pour sauver plus de 1200 personnes lors du génocide de 1994 au Rwanda, a été enlevé des Émirats arabes unis et extradé à Kigali, au Rwanda, où il a été remis au Bureau Rwandais chargé des Investigations. Son dossier en cours témoigne des violations du droit au procès équitable dans une cour où tous ses droits de défense sont tous rejetés à telle enseigne qu’il a dû volontairement se déporter des audiences desquelles il n’attend aucune justice impartiale. Pour cause, le parquet a récemment requis la prison à vie à son encontre.  

2.Arrestation arbitraire et détention illégale d’Idamange

Le 15 février 2021, Idamange Iryamugwiza Yvonne connue sous le nom d’Idamange, mère de 4 enfants, rescapée du génocide, icône des réseaux sociaux et critique virulente du gouvernement rwandais, a été arrêtée par les forces de sécurité rwandaises. Son crime : avoir le courage de dénoncer le régime de Kagame sur sa chaîne YouTube, et son commentaire acerbe sur la fermeture de l’espace politique au Rwanda, les détentions extrajudiciaires, la torture et l’enlèvement de citoyens rwandais. Elle a affirmé qu’elle avait été menottée et enchaînée pendant sa détention et que la torture était allée jusqu’à ne pas lui permettre de prendre soin d’elle-même ou de relâcher les menottes pendant son cycle menstruel.

3.Assassinat extrajudiciaire d’Abdallah Seif Bamporiki en Afrique du Sud

Le 21 février 2021, Abdallah Seif Bamporiki, président de la branche sud-africaine du Congrès national du Rwanda, a été tué par balle au Cap. L’assassinat d’un leader de l’opposition rwandaise en Afrique du Sud était le dernier d’une série d’attaques violentes contre des dissidents en exil. Une semaine avant son assassinat, M. Bamporiki avait dirigé un service commémoratif pour les militants de l’opposition rwandaise qui ont été tués dans le monde entier, y compris un autre chef du RNC, l’ancien chef du renseignement rwandais Patrick Karegeya, qui avait été tué en Afrique du Sud en 2013. Un autre chef du RNC , l’ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise Kayumba Nyamwasa, a échappé de justesse à la mort en 2010 lorsqu’il a été abattu à Johannesburg.

4.Exécution extrajudiciaire de Kizito Mihigo

Chanteur de gospel et militant rwandais bien-aimé, Kizito Mihigo a été tué lors d’une mort suspecte en garde à vue en février 2020. Peu de temps avant sa mort, Kizito avait déclaré à Human Rights Watch qu’il était menacé et sommé de fournir de faux témoignages contre des opposants politiques, et qu’il voulait fuir le pays parce qu’il craignait pour sa sécurité.

Kizito Mihigo a purgé quatre ans de prison pour de fausses accusations et a finalement été libéré en octobre 2018, avant d’être de nouveau arrêté en février 2020 pour mourir en garde à vue dans les quatre jours suivant son arrestation. L’une des principales charges retenues contre lui était d’appartenir à un ou plusieurs groupes armés, entre autres charges. Comme le montrent les Rwandais accusés par le gouvernement, Kizito Mihigo a également “disparu” pendant dix jours avant d’être présenté, non pas devant un tribunal, mais en public où il a défilé devant des journalistes sans avocat en 2014. Il a été torturé pendant sa disparition de 10 jours ainsi que pendant sa peine de prison.

5.Disparition forcée de Bahati Innocent

Bahati Innocent est un poète, activiste et commentateur social rwandais bien-aimé. Il est porté disparu depuis le 7 février 2021 et est devenu un autre sombre exemple d’un flux constant de disparitions forcées de détracteurs de premier plan du gouvernement rwandais. On ignore où il se trouve depuis 2 mois maintenant, Bahati Innocent a été acclamé par le public en tant que jeune poète de 23 ans écrivant sur tout, de la pauvreté, la faim, l’accès inégal à l’éducation et les violations des droits humains. Les disparitions forcées de personnes comme Bahati Innocent sont un premier facteur de risque inquiétant indiquant l’espace politique fermé où le régime de Kagame intensifie ses efforts pour faire taire les critiques de haut niveau.

6.La disparition de Mitsindo Viateur

Mitsindo Viateur a disparu le 17 novembre 2020. Cette affaire est alarmante car Mitsindo Viateur n’a pas été vu en public, inculpé ou produit en justice depuis la mi-novembre. Il a quitté son domicile pour répondre à une convocation des autorités locales. Lorsque son épouse a demandé à l’autorité locale de convocation, l’autorité locale, nommée Geneviève Uwamahoro, a déclaré que Viateur avait été menotté par le Rwanda Investigation Bureau (RIB) et qu’elle n’avait plus de nouvelles. Cependant, malgré l’affirmation de Mme Uwamahoro de l’avoir vu menotté, le RIB a nié avoir détenu Mitsindo Viateur pendant une semaine entière. Après quelques pressions publiques, le RIB a signalé qu’ils l’avaient. Le RIB a affirmé sur les médias sociaux et les journaux de propagande du gouvernement diffusant en kinyarwanda que Mitsindo Viateur faisait l’objet d’une enquête pour implication dans des groupes armés ou terroristes – la même accusation qui a été portée contre Paul Rusesabagina.

L’accusation de Viateur est similaire non seulement à celle contre Paul Rusesabagina, mais aussi à des accusations contre d’autres personnalités de premier plan telles que les précédentes candidates à la présidentielle Victoire Ingabire, qui a purgé huit ans et Diane Rwigara, qui a purgé un an de prison pour cette même accusation de « » être impliqué dans des groupes armés ou des groupes terroristes ». Il y a une profonde inquiétude que Mitsindo Viateur ait été torturé et soit caché au public jusqu’à ce qu’il se rétablisse. Au lieu de le présenter au tribunal ou de le montrer au public, le gouvernement rwandais a plutôt lancé une campagne de diffamation l’accusant de « faire partie de groupes armés » et de « diffuser des messages haineux ».

7.Arrestation prolongée de Cyuma Hassan

En avril 2020, un journaliste rwandais qui a rapporté que des membres de l’armée rwandaise violaient des femmes sous couvert de « faire respecter les règles du coronavirus » a été arrêté. Il avait également rendu compte des effets de la destruction par l’armée gouvernementale des maisons de centaines de citadins. L’accusation portée contre lui était une «violation des mesures contre le coronavirus», qui entraîne normalement une détention pendant la nuit dans un stade. Au lieu de cela, il a été détenu pendant près d’un an, puis libéré à la mi-mars 2021. Il a rapporté avoir été torturé pendant sa détention et que les autorités ont tenté de le soudoyer pour le faire taire.

8.Arrestation et détention de Karasira Aimable

Karasira Aimable, rescapé du génocide, ancien enseignant d’informatique à l’université du Rwanda fut demis de ses fonctions pour ses opinions politiques contre le FPR qui assassina ses parents les soupçonnant de rapporter les massacres que l’APR commit âpres la prise du pouvoir. Dans le but de stopper ses émissions critiques à l’encontre du régime, l’office rwandais chargé des investigations l’a arrêté et il reste détenu pour des crimes d’idéologie du génocide et d’enrichissement illicite mais réellement le pouvoir veut punir sa position politique et stopper ses déclarations qui semblaient désillusionner le public à l’égard du régime FPR. 

Conclusion

Il s’avère urgent pour les Nations Unies spécifiquement le conseil de sécurité ; l’Union européenne, le Commonwealth, l’Organisation internationale de la Francophonie, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et la communauté internationale dans son ensemble, d’exhorter le gouvernement rwandais à libérer immédiatement et sans condition Paul Rusesabagina et à lui garantir un retour sain et sauf dans son foyer et sa famille ; la libération de tous les prisonniers politiques et mettre fin au climat d’impunité dans lequel le Gouvernement rwandais opère dans toute la région. Spécifiquement, la direction du Commonwealth devrait changer le lieu du Sommet annuel du Commonwealth actuellement prévu au Rwanda en juin 2021. Le Rwanda ne doit pas être récompensé car il bafoue le droit international, les droits de l’homme et la dignité humaine. Le Commonwealth ne devrait pas détourner le regard, créant ainsi un climat d’impunité pour les États voyous. Par contre, il devrait exiger une enquête indépendante sur les meurtres de Kizito Mihigo, Bahati Innocent ;Joseph Harelimana et d’autres cas de dissidents politiques disparus de force. La communauté internationale doit condamner fermement la violation par le Rwanda des lois internationales  et exiger de toute urgence la cessation des extraditions illégales ainsi que le recours aux assassinats et enlèvements sanctionnés par l’État de défenseurs des droits humains, de dirigeants de l’opposition ou d’autres critiques ciblés par le gouvernement rwandais.Des puissances tels que le Royaume-Uni, les États-Unis et la Belgique devraient suspendre toutes les ventes militaires, la formation, l’équipement et l’assistance au Rwanda sous réserve du respect des droits de l’homme, y compris la libération de tous les prisonniers politiques tels que Rusesabagina, Deo Mushayidi, Dr Niyitegeka Théoneste et d’autres soulignés ci-dessus, et des centaines d’autres prisonniers d’opinion.

1 COMMENT

  1. Au regard de ce constat macabre, se pose la question de savoir ce qu’il faut ou comment faire pour mettre hors d’état de nuire les bourreaux. Etant précisé que ceux-ci sont notoirement connu du public Rwandais.
    Il me semble qu’il serait judicieux de lister ces bourreaux en positionnant Kagame, garant de la sécurité des Rwandais, ses collaborateurs à savoir les ministres de l’intérieur et de la justice aux trois premiers places, le tout avec leurs noms, prénoms et fonctions.
    Dans un second temps, il faudra publier leurs photos sur la toile pour que le monde entier intéressé par le drame rwandais puisse se faire une opinion sur les individus qui prétendent être dirigeants du Rwanda.
    Y a-t-il des conséquences? Aucune.

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